Gare aux flèches acérées d’Antoine Larcher, l’Indien du Quartier !

Antoine “show devant” à “L’Osmoz Café” (photo Alain Guédon)

Antoine Larcher et Les Indiens du Quartier s’apprêtent à sortir d’ici quelques petites semaines un album vinyle de onze chansons – également disponibles sur Spotify (cliquez ici) pour ceux qui n’ont pas de sioux !

11 chansons 100% 14ème !

La première fois que j’ai rencontré Antoine Larcher, le chef Indien de notre cher Quartier Pernety, je me suis présenté à lui comme le shérif de L’Osmoz Café“On ne va pas être copain, alors !”, m’a-t-il répondu d’un ton glaçant. C’était pourtant cousu de fil blanc puisque ça s’est passé pas loin de chez nous rue de l’Ouest ! Mais je sais qu’au fond je m’en suis bien sorti : rue des Lombards, j’aurais déjà pris son sax en pleine poire (Rue des Lombards). Sur ce coup heureusement, l’archer a tout de suite vu qu’il n’avait pas à faire à une flèche… Tant mieux car il ne faut vraiment pas le chauffer, l’Antoine ! Ne pas le chouffer d’ailleurs non plus (Chouff pas ton portable) – sinon il vous colle direct une tatane (Tatane) sur le parking de l’hôtel (Le Parking)… Le 14ème, c’est son territoire à lui ! Egalement celui de sa tribu d’Indiens qui, pour de très très obscures raisons, le fait chanter depuis des années (sur des rythmes jazz, blues, reggae et biguine). Depuis tout ce temps, il a bien sûr eu le loisir (J’ai le temps) d’en explorer toutes les rues à pied mais surtout à vélo puisque “la bicyclette, c’est pour les artistes” (Le Vélibiste). Du parc Montsouris à la gare Montparnasse, sans oublier de passer boire un kawa (surtout pour lire le journal…) au troquet de Denfert (Panique Générale) ni bien sûr non plus de faire un saut chez les potes de la rue de la Gaîté (Hugette et Roger), le chef indien a en réalité déjà fait dix mille fois le tour de l’arrondissement. Alors ce n’est certainement pas un shérif de carnaval qui va commencer à faire la loi ! On a déjà donné avec Ronnie (Ronnie et Fanfan) et quand Tonton Larcher se fâche (Tonton), il n’y a pas d’homme aux P’tits Pois qui vaille (L’homme aux P’tits Pois). Fort heureusement, Tonton sait encore tenir ses nerfs. Pas comme l’autre Grand Bob qui m’aurait déjà dégommé – en épargnant quand même mon adjoint. Mon adjoint ? Mais il est en Bretagne, mon adjoint ! La Bretagne, ouais bof… Antoine et les Indiens du Quartier préfèrent passer leur mois d’août à Marciac, là où tout se transforme en chansons – et pas en article, ça non !

Cliquez ici pour l’excellent reportage de Figures du XIVè arr. sur les Indiens du Quartier.

Photo Alain Guédon
JeaNo Bertrand, Danièle Kitantou, José Babeu, Phil Demoor, Sega Sickout, Antoine Larcher et Anatole Dumas-Primbault à l’Osmoz Café le 26 février 2026 (photo Alain Guédon)

Jacopo Leone, le forçat des fleurs du bien de la rue du Château

Jacopo devant son atelier-boutique de la rue du Château (Copyright 2000 – 2026 IABI)

Qui ne connait pas Jacopo Leone, alias IABI, ne connait pas le Quartier Pernety ! Plusieurs reportages lui ont déjà été consacrés qui n’en finissent pas de faire le tour de cet authentique artiste total : peintre “anarchiviste” pour les uns (cliquez ici), “collectionneur de mémoire” pour les autres (cliquez ici) ; éternel glaneur et chineur d’objets, brocanteur quand ça lui chante et permanent “architecte du désordre” de son atelier de la rue du Château ; poète enfin et aussi écrivain à ses heures perdues – ou gagnées. Plutôt que lui refaire une nouvelle fois le portrait, devisons aujourd’hui avec lui des choses vraiment importantes de la vie : la liberté et le parfum des fleurs.

La liberté et son chaos associé…

“Je suis un peu claustrophobe de ma vie”, affirme Jacopo qui a été architecte en Sicile avant de s’installer à Paris. Cet homme “au 150 vies” a fait le choix de renoncer au confort pour rester libre. “J’espère ne jamais devenir riche pour ne pas devenir plus fragile”, avance-t-il hardiment – quand d’autres, qui n’ont rien compris à la vie ni sans doute rien à rien, prétendent au contraire que l’argent c’est la liberté. “J’adore le chaos” soutient également celui qui vit avec grand plaisir dans l’univers en apparence très “bordélique” de son atelier Aussi Paris du 119 de la rue du Château. Il en sort chaque jour quelques objets destinés à la vente pour financer son projet d’homme libre. “Les objets sont de petites étoiles dans le grand ciel de la mémoire”, croit-il savoir. Il les mélange à sa guise dans son atelier-foutoir selon son intuition et son instinct pour en faire des structures – complètement déstructurées – et les vend dehors sur le trottoir qui est “sa vraie boutique”.

Jacopo au boulot (Copyright 2000 – 2026 IABI)

… pour mieux respirer le parfum des fleurs.

Jacopo est aussi fleuriste à l’occasion puisqu’il vend celles qu’il peint à jet continu au premier étage de son atelier ou même à l’extérieur lorsque le temps le permet. “Ce projet de fleurs bleues est le projet clef d’un certain moment de ma vie”, confie-t-il. J’ai spontanément choisi les fleurs comme thématique sans vraiment en avoir le choix. Cela fait six ans que je travaille sur le même sujet tous les jours mais de manière totalement différente et jamais pareil.” Plus de 1000 toiles s’entassent au 119 de la rue du château. “Parmi ces 1000 toiles, il y en a 100 qui sont de qualité et 10 que j’adore”, dit-il. Par ces “abstractions figuratives” destinées “à rendre vrai l’imaginaire et imaginaire le vrai”, il cherche “à rendre visuel le parfum des fleurs”. Pour cela, il travaille selon les fulgurances de l’instant et de l’instinct : “Je réalise toutes mes toiles à grande vitesse. Il ne faut ni réfléchir ni chercher à faire des choses jolies, mais juste laisser parler son inspiration pour laisser une trace du Beau”. Une parole d’artiste assurément !

Cliquer ici pour accéder au très beau site en construction de Jacopo Leone.

Dites-le avec des fleurs ! (photo YB)

Maÿlis de Bascher, les couleurs de la (vraie) vie

Maÿlis aux belles couleurs de l’été

“Je serais très heureuse aussi que tu écrives un article sur moi et mon travail. Mais je voudrais ne te donner aucune information et que tu le fasses au feeling telle que j’apparais”. Je me suis levé au milieu de la nuit pour prendre connaissance de son courriel de 23h28 hier soir, et me voilà déjà au travail. Car les désirs de Maÿlis de Bascher sont des ordres et je ne suis que trop heureux de les exécuter…

Le contraire de moi

Maÿlis de Bascher, telle qu’elle m’apparait, c’est un peu le contraire de moi. Elle aime la chaleur émolliente du sud de la France, moi la douceur tonique du climat breton. Elle boit du café en plein été à la terrasse de La Liberté quand je bois un Monaco pour me désaltérer. Elle est toute en couleurs quand, fidèle à moi-même et à mes origines, je continue à m’accrocher, entre gris clair et gris foncé, au Gwenn ha Du de la Bretagne. Maÿlis de Bascher, telle qu’elle m’est apparue vêtue de jaune et de rose il y a un peu plus de quinze jours (un vendredi 13…), c’est une très belle artiste avec suffisamment de classe et d’entregent pour s’intéresser à ceux qui exposaient ce soir-là rue Sainte-Apolline – alors que l’art pictural me laisse souvent assez perplexe. Pour couronner le tout, Maÿlis habite le 6ème arrondissement de Paris, moi le 14ème arrondissement ! Certes nous nous partageons le boulevard du Montparnasse et donc l’âme des montparnos, ces peintres et ces écrivains qui, il y a tout juste cent ans, éclairaient le monde culturel et artistique de leur vibrionnante activité. Vibrionnante comme celle qui vit à mille à l’heure et pour qui les journées sont trop courtes pour faire tout ce qu’elle aime faire – alors que moi je me lève la nuit pour écrire et pour tuer le temps… Très logiquement, je devrais la détester. Et bien non, figurez vous ! J’aime d’autant plus Maÿlis qu’on admire toujours ce qu’on n’a pas et ce qu’on n’est pas. Je la trouve aussi inspirante qu’elle trouve inspirantes les photos des petits ports de Bretagne que je lui envoie sur son téléphone portable. Puissent-elles un jour être le prétexte de tableaux flamboyants et éclatants de couleurs dont elle s’est faite la spécialité !

“Gourmandises”. Acrylique sur toile. 160 x 110 cm. Mai 2025. (Photo Maÿlis de Bascher)

Lumineuses associations de couleurs 

Et puis, nous avons à la vérité la passion en commun. A ma passion pour les mots et les textes correspond sa passion pour la peinture et les couleurs. Maÿlis me demande de parler de son travail alors que je ne suis pas critique d’art pour un sou. Comment faire pour ne pas écrire de bêtises ? Recopier des extraits de la notice biographique affichée en vitrine de chez Adam, le marchand de couleurs, où six de ses oeuvres sont actuellement exposées ? Pas sûr que cela lui plaise… Commençons par nous diriger vers sa page Instagram (cliquez ici) et exprimer ce que voient nos yeux. On y voit beaucoup de grands formats, qui sont des réminiscences des premières années de sa vie passées en Afrique, et beaucoup de couleurs dont les lumineuses associations sont sa marque. Des fleurs mais aussi des paysages parfois étrangement stylisés à nos yeux de béotien. Le maître italien Francesco Giuliari a observé chez notre artiste peintre internationale, dès ses jeunes années bolognaises, une étonnante capacité à structurer ses oeuvres et à les parsemer de petits détails qui dissimulent une histoire dans chaque toile. C’est en 2008 qu’elle se fixe à Paris pour se consacrer à la peinture et à en étudier les mouvements et les styles qui entre en résonnance avec son inconscient. Avant-gardisme russe des années 20, cubisme, pointillisme, impressionnisme, street art, autant d’influences qui nourrissent son inspiration actuelle qu’elle aime développer dans son atelier du sud de la France ou partager avec ses élèves de l’école Notre Dame de l’Assomption Lübeck dans le 16ème arrondissement de Paris. Bien sûr, l’artiste expose également. Son travail a fait l’objet d’une exposition exclusive organisée par la maison Christie’s en 2023, qui pour la toute première fois présente et sponsorise un peintre de son vivant. Sans oublier le 6ème arrondissement auquel elle reste très attachée et où elle a présenté ces dernières années plusieurs fois son travail dont la dernière à l’occasion de l’exposition Décalage horaire qui réunissait cet hiver une cinquantaine d’oeuvres de nature à faire anticiper aux visiteurs l’arrivée des floraisons de printemps et de la lumière de l’été sous une abondance de gaité colorée. “Je rêve de couleurs, je rêve de lumière”, disait Vincent Van Gogh du fond de sa souffrance et de sa solitude. Maÿlis de Bascher n’est que le rêve de Van Gogh devenu réalité… C’est quand même déjà beaucoup !

Cliquez ici pour accéder à la page Instagram de Maÿlis de Bascher.

“Poésies”. Acrylique sur toile. 150 x 120 cm. Mai 2025. (Photo Maÿlis de Bascher)

Les invitations au voyage de Cyril Réguerre

Bateau en partance pour la Bretagne (photo C. Réguerre)

Mon enfant, ma sœur, / Songe à la douceur / D’aller là-bas vivre ensemble! / Aimer à loisir, / Aimer et mourir / Au pays qui te ressemble!” Est-ce à la Bretagne que pense Charles Baudelaire lorsqu’il écrit L’invitation au voyage publié en 1857 dans le recueil Les Fleurs du mal Près de deux siècles plus tard, les Bretons du 14ème arrondissement et d’ailleurs sont toujours là pour faire rêver celles et ceux qui aspirent à d’autres horizons. Cyril Réguerre en fait partie, qui expose ses dessins sur cartes et partitions chaque dimanche au Marché de la Création Edgar Quinet.

Des voyages à la carte

Cyril Réguerre n’est certes pas le premier artiste à utiliser des cartes géographiques comme support de ses oeuvres picturales. Pierre Alechinsky, membre fondateur du mouvement Cobra, a notamment déjà expérimenté le procédé en utilisant de semblables cartes sur lesquelles il trace des figures qui dialoguent avec elles. C’est pourtant un peu par hasard que le dessinateur breton a décidé de prolonger l’idée à sa façon. “Je puisais mon inspiration sur des modèles vivants dans mon atelier de Belleville quand je me suis mis à dessiner sur un atlas qui m’avait été donné, se rappelle-t-il. Au début, je dessinais des nus et des chevaux avant de tenter de relier les pages d’atlas à des thèmes qui leur correspondaient bien”. Toutes sortes de moyens de locomotion qui permettent le voyage (bateaux, avions, voitures, vélos) viennent ainsi agrémenter les cartes du recueil, mais également des animaux sauvages pour illustrer telle ou telle région du monde (des félins d’Afrique aux ours polaires en passant par les bovidés de nos campagnes). Les cartes géographiques interrogent la figuration parce qu’elles sont planes et représentent un espace plus grand qu’elles. Elles deviennent ainsi un voyage pour l’œil mais aussi pour l’esprit qui nourrit tous les rêves d’aventures du dessinateur. D’autres fois, ce sont des plans d’architecte dessinés à la main au début du siècle dernier qui lui permettent, grâce à son formidable coup de crayon (ou plutôt de calame), de resusciter un univers urbain ancien.

4×4 Discovery pour voyage au Gabon (photo C. Réguerre)

Des oeuvres qui dénotent un goût prononcé pour le beau

Le calame est le roseau taillé en pointe dont Cyril se sert pour dessiner, à l’encre de chine ou de couleurs, sur les papiers anciens qui sont donc ses supports de prédilection. Il a également jeté son dévolu sur les partitions musicales depuis qu’il en a récupéré une pile énorme auprès de connaissances qui se sont longtemps occupées d’archiver la musique du 19ème siècle au sein d’une fondation spécialement dédiée à ce travail. Les ballades et fugues musicales du dessinateur nous conduisent, sur ce très beau support écru, dans des contrées moins exotiques que les cartes de géographie – assez souvent (mais pas que !) au café du coin. “Je suis à la fois amoureux de Paris et très attaché à la beauté qui est une dimension aujourd’hui moins valorisée dans l’art conceptuel contemporain, nous précise l’artiste. J’aime, dans mes dessins de cafés, de danseuses ou bien encore de chevaux, exprimer le mouvement – et les notes qui figurent sur les partitions contribuent aussi à impulser du mouvement à mes toiles.” Pour autant, une partie plus confidentielle de son oeuvre est également constituée d’abstractions sur papier qui explorent “la magie de l’encre” et exploitent l’ensemble des possibilités offertes par les encres de chine et de couleurs fusionnant entre elles (cliquer ici). Le peintre expose tous les dimanches au Marché de la Création Edgar Quinet et également en galerie avec Art Génération au n° 67 de la rue de la Verrerie dans le 4ème arrondissement de Paris. Il partage avec tous ses talents de peintre et de dessinateur à l’occasion de cours pour adultes dispensés au Pré-Saint-Gervais en Seine-Saint-Denis où il a sa résidence, et de stages organisés l’été à Plougasnou, la ville de Bretagne dont il est originaire. Alors, prêts pour le début du voyage ? “Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes, / L’univers est égal à son vaste appétit.” (Charles Baudelaire, Le Voyage in Les Fleurs du mal, 1857).

Cliquez ici pour accéder au site internet de l’artiste et ici pour sa page Instagram.

Choeur (photo Cyril Réguerre)
Café Odessa (photo Cyril Réguerre)

Vincent Marshall, interview dans les règles de l’art

Le challenge aujourd’hui pour un journaliste ou pour un modeste blogueur de Quartier, c’est d’essayer de faire mieux – à défaut de faire plus vite – que ChatGPT ! Pour tenter de relever le défi, nous nous sommes munis de notre petit magnétophone numérique de poche et sommes allés à la rencontre de Vincent Marshall, alias Artiste75 Paris, qui expose à la Galerie du Montparnasse jusqu’au 10 avril prochain. Interview dans les règles de l’art.

Art has no boundaries (l’art n’a pas de frontières)

C’est sans doute parce que l’art n’a pas de règles comme le proclame le Quatorzien Vincent Marshall sur l’affiche de son exposition que l’on peut librement et impunément en transgresser les frontières à partir du moment où l’on a du talent (oui, c’est quand même recommandé !). Il y a aujourd’hui cinq ans que Vincent a décidé de tourner la page de sa carrière bien remplie de musicien et de producteur musical pour se consacrer à la peinture. “J’ai commencé à peindre pour m’amuser parce que j’avais un peu de matériel chez moi, se rappelle-t-il. J’ai réalisé un premier petit format que j’ai offert à ma femme Vilayvone, qui est ma muse depuis l’âge de 18 ans et qui n’a jamais voulu se départir de ce présent qui a pour elle une grande valeur sentimentale. Quand mon fils l’a aperçu, il m’a demandé de réaliser pour lui un plus grand format qu’il a montré à ses amis. Le père de l’un d’entre eux, qui est propriétaire de plusieurs galeries d’art à Genève, a eu un coup de coeur pour le tableau et c’est lui qui m’a lancé en tant qu’artiste peintre.” Que ce soit à Genève, à Saint-Ouen ou à Paris, le succès est quasi immédiat et les toiles de Vincent rencontrent facilement et rapidement amateurs et acquéreurs. Comme s’il avait une nouvelle fois réussi à capter l’air du temps dans ses nouvelles réalisations de peintre après l’avoir fait pendant des années sur les instruments de musique de ses studios d’enregistrement. Et comme si ses compositions picturales vibrantes, dynamiques et expressives étaient un efficace antidote à la sourde inquiétude et à la morosité qui gagnent nos contemporains. L’artiste parvient avec succès à livrer à travers le nouveau média de la peinture une énergie positive brute et spontanée qui évoque la musique. “Il y a beaucoup de gens qui me parlent de musique quand ils regardent mes tableaux”, témoigne Vincent. Je les réalise de fait très spontanément dans la mesure où je suis complètement autodidacte. Il n’y a absolument jamais rien de préparé, de construit ou de prémédité. C’est un jet sur le néant de la toile, un peu comme on prendrait une photo. D’ailleurs, je photographie mentalement la toile sur laquelle je travaille pour décider le moment de m’arrêter.” L’artiste ne consacre jamais plus d’une heure à chacune de ses oeuvres après qu’il a commencé à y travailler vers dix heures du matin. Musique, peinture, photo… Art has no boundaries.

Le message, by Vincent Marshall, Paris.

Entre art urbain et néo-expressionnisme

Faut-il être élu des dieux ou inspirée par sa muse pour aussi bien parvenir à transmettre sur une toile, de façon totalement autodidacte, toute la joie, la vitalité et l’énergie positive qui habitent notre artiste – de la même manière qu’il a pu le faire jadis en grattant les cordes d’une guitare, en tapant sur les touches d’un piano ou en frappant sur les tambours et les cymbales d’une batterie ? Vincent Marshall, qui ne le sait sans doute pas lui-même, se contente de constater que ses toiles plaisent beaucoup. “Je me réjouis énormément de ce succès car je me sens en réalité bien plus exposé en tant que peintre que je ne l’étais en tant que musicien-technicien dans mes studios d’enregistrement”, nous confie-t-il. Le créateur a, semble-t-il, trouvé sa (nouvelle) voie pour exprimer tout son potentiel artistique et ne regrette pas du tout son choix d’avoir arrêté sa trop dévorante vie de producteur musical. Si ses premières tentatives picturales touchaient plutôt à l’art abstrait contemporain, son style est aujourd’hui plus proche de l’art urbain et du néo-expressionisme. C’est en tout cas ce que nous assure ChatGPT qui sait sans doute de quoi il parle – contrairement à nous qui ne sommes pas critique d’art… Vincent, qui lui a soumis une de ses toiles, n’a rien à ajouter aux verdicts de notre ami robot dopé à l’intelligence artificielle. Il les a d’ailleurs fièrement affichés sur les murs de la Galerie du 55 de la rue du Montparnasse. Evidemment, ChatGPT écrit quand même moins bien que nous et ne pratique pour l’instant pas encore beaucoup l’humour… Mais sait-on vraiment ce que nous réserve l’avenir ? En attendant, écoutons le nous parler d’Artist75 Paris : “Ses oeuvres se caractérisent par des compositions dynamiques et une utilisation audacieuses des couleurs […]. Sa technique est l’utilisation des traits gestuels, d’éclaboussures et de superpositions. Une texture riche et une profondeur visuelle”. Nous ne saurions mieux dire… Il est pourtant sans doute préférable d’aller le vérifier sur place pendant encore cinq jours dans la grande galerie aimablement mise à disposition de l’artiste par la Mairie du 14ème arrondissement. Vincent tient d’ailleurs à chaleureusement remercier la municipalité pour son concours. “Quand je pense à tous les grands peintres qui ont pu exposer dans ce même lieu…”. nous souffle-t-il avec gratitude et modestie. En attendant peut-être les robots qui auront un jour définitivement pris la place de l’homme ?

Vous pouvez également vous dirigez vers le site Instagram de Vincent Marshall (cliquez ici) pour un premier aperçu de son oeuvre.

L’artiste contemplant son oeuvre

Nadette Barbosa Perrin, entre collages et amoureux de papier

Il y a des années déjà que nous avons repéré sa flamboyante chevelure rousse à la terrasse du Moulin à Café. Nadette Barbosa Perrin exposait le mois dernier au café associatif ses créations d’artiste collagiste dans le cadre d’un Marché des Créatrices qui y était organisé. L’exposition d’une partie de ses oeuvres s’est depuis mue au P’tit Café au 68 de la rue des Plantes sur le site de l’hôpital Notre-Dame de Bon Secours. Nous sommes allés y jeter un oeil avant de rencontrer Nadette au Losserand Café pour tenter de percer le mystère de sa récente et très prolifique créativité.

L’art comme exutoire à de douloureuses absences

Rien ne prédisposait Nadette Barbosa Perrin à la création artistique. Cette Vosgienne d’Epinal qui est complétement autodidacte s’est découverte artiste en 2018 au chevet de sa mère malade qui vivait les derniers mois de son existence. “J’ai commencé à créer des patchworks en tissu, des coeurs brodés principalement ; ce n’était pas encore des collages”, se rappelle-t-elle. Je tenais absolument à rester auprès de ma mère que j’adorais, et c’est dans ces circonstances un peu funèbres que mon talent artistique a éclos – même si j’ai toujours eu un certain goût pour les travaux manuels.” Un autre “drame” de sa vie, le départ de son fils unique pour l’Australie, va être le second catalyseur de sa créativité : “Je me suis mis à faire des collages il y a de cela aujourd’hui un an à mon retour d’Australie où j’étais allé lui rendre visite. Quand je suis rentré à Paris, j’avais vraiment le moral dans les chaussettes et ces créations ont contribué à me remettre d’aplomb”. Nadette n’a aucun doute sur le fait que l’art soit une thérapie pour les bobos de l’âme : “Je pense qu’il y a très souvent, pour ne pas dire toujours, une souffrance à l’origine de la création artistique. C’est d’ailleurs très souvent ce qui en fait la beauté”.

Une inspiration qui traverse les époques et les continents

Pour exprimer sa créativité dans ses collages, Nadette s’inspire de son enfance et des nombreux voyages qu’elle a réalisés autour du monde notamment à Tahiti où elle a résidé trois ans et au Japon où elle s’est rendu une dizaine de fois, mais aussi de ses rêves ou bien d’expositions et de films de cinéma. Son oeuvre qui est empreinte d’une grande nostalgie d’une époque révolue peut aussi bien faire référence à l’Antiquité, au Moyen-Age et à la Belle Epoque qu’aux plus récentes années 50 ou 60 qui sont celles de son enfance. Le climat général est doux et apaisé. “L’art floral et le relief sont toujours présents, précise Nadette dans sa mini-présentation affichée au P’tit Café. J’aime mêler à mes collages différentes matières, principalement le papier, le textile ou même les végétaux, dans une harmonie de formes et de couleurs. Dans chacun de mes tableaux, construits comme des histoires, tout visiteur est invité à en imaginer la trame, au gré de son humeur et de sa sensibilité”. Rien ne vaut bien sûr un détour sur son site (cliquer ici) pour se faire une idée définitive de la question. Pour se détendre un peu de la réalisation de ses collages qui lui demandent beaucoup de concentration car ils nécessitent énormément de petits découpages, Nadette confectionne des “Amoureux de papier” qui sont, avec ses “roses éternelles” également réalisées en papier, les cadeaux idoines pour célébrer la Saint-Valentin ou faire un petit présent à l’élu(e) de son coeur. “J’ai beaucoup aimé réaliser ces petits personnages réalisés à partir de fil de fer recouvert de papier kraft car c’est une activité beaucoup moins prenante qu’un collage”, nous confie la créatrice. Le succès est au rendez-vous puisque trois oeuvres ont déjà trouvé preneurs. Puissent-elles porter chance à leurs acquéreurs !

Couples d’amoureux de papier

Pour accéder au site de collages de Nadette Barbosa Perrin, cliquez ici.

Bouquet de roses éternelles

Ibrahima Kone, sans Tabou à Paris 14ème

Ibrahima au boulot

Ibrahima Kone aura 70 ans au début février 2025. Il ne les fait vraiment pas et c’est une nouvelle preuve que la musique est sans doute le plus court chemin qui conduit à la jeunesse éternelle. Le batteur percussionniste ne tape pas que sur des bambous, mais il ne joue certainement pas les requins. Vous l’avez forcément croisé à l’occasion des nombreux concerts qu’il a donnés avec son complice Pierre-Yves Lamy dans le Quartier Pernety, notamment à L’Osmoz Café, au Laurier, à L’Imprévu, à L’Ephémère ou ailleurs autour de l’avenue du Maine. Il a bien voulu retracer pour nous son riche parcours de musicien qui l’a mené de Dakar à Paris.

Du Sénégal à Paris 14ème

Dans l’édition du 16 novembre 1990 du journal sénégalais Le Soleil, un article consacré au chanteur Souleymane Faye nous révèle l’existence d’Ibrahima Kone, dit Rocky (!), “maître-batteur” au sein du populaire groupe de variétés africaines Le Tabou. Aussi loin que remontent les souvenirs du percussionniste autodidacte, c’est la première mention dans la presse de sa carrière de musicien professionnel qui l’a déjà amené à participer à quelques émissions de télévision et à de très nombreuses animations musicales dans les mariages et les kermesses organisés autour de sa ville natale de Rufisque près de Dakar ou bien encore dans les hôtels ou le Club Med de la région de Casamance. Deux ans plus tard, il accompagne l’Ensemble instrumental à vent de Paris lors de sa tournée au Sénégal avant de rejoindre la France où il anime de nombreux concerts dans les clubs parisiens. Il devient professeur de percussions au centre d’animation Pierre Curial dans le 19ème arrondissement tout en s’investissant dans l’association Fleur de Peau comme accompagnateur de danse africaine. Il croise également sur sa route musicale quelques artistes de premier plan dont Clémentine Celarié dont il créera les percussions sur l’album Pas l’âme d’une dame. En septembre 1996, il participe à l’émission Taratata animée par Nagui pour accompagner aux percussions le groupe Chase’n Laszlo dans l’interprétation de la chanson Made About Scars (cliquer ici). Il vogue d’enregistrements pour la chaîne musicale MCM en concerts avec Amidou Touré (ex Touré Kunda) pour finir par se stabiliser en 1996 comme musicien percussionniste à DisneyLand Paris. En 1998, il crée à l’instinct les percussions du film Les Randonneurs de Philippe Harel tout en continuant à donner des concerts. Ibrahima se souvient tout particulièrement de celui qui l’a vu accompagner aux percussions Ticky Olgado en 2003 place du Capitole à Toulouse car Claude Nougaro en fut l’invité surprise. Il a depuis continué à s’investir en tant qu’accompagnateur de danse africaine dans l’association Danses du Monde à Malakoff en plus d’animer des spectacles en école primaire à Chatenay Malabry. Rien ne fait vraiment peur à notre musicien percussionniste qui a suffisamment roulé sa bosse pour pouvoir s’adapter à tous les styles de musique comme la rumba ou la salsa en passant par la variété pop ou rock – même s’il est également resté fidèle à ses racines africaines qui l’amènent à souvent interpréter de la musique sénégalaise, congolaise ou bien encore camerounaise à l’occasion de concerts réalisés dans les cafés du 14ème avec son ami musicien Jack qui a lui aussi longtemps été un pilier de la Jam Session de L’Imprévu. Mais pour rien au monde il ne manquerait sa répétition hebdomadaire à l’université Montsouris avec Pierre-Yves Lamy qui est le premier musicien qu’il a rencontré en France et à qui il tient à rester fidèle pour former un duo qui continuera sans nul doute à très longtemps rythmer la vie trépidante des Quatorziens.

Le duo Kone-Lamy
“Rocky” Kone, avec Tabou au Sénégal.

Meksa Yadadene entre le 3ème art et “Le 7ème Art”

Meksa, derrière le bar du “7ème Art”

A Pernety 14, nous avons un flair infaillible pour repérer les plus sympathiques habitants et usagers du Quartier. Meksa Yadadene en fait définitivement partie. Il nous accueille toujours avec le sourire au café Le 7ème Art qui fait l’angle de la rue Raymond Losserand et de la rue Francis de Pressensé où se situe L’Entrepôt bien connu des cinéphiles du 14ème. Un matin, entre deux cafés, le jeune kabyle à peine trentenaire nous a appris qu’il était en réalité bien plus branché peinture que cinéma.

Une formation à la peinture totalement algérienne

A une centaine de mètres à vol d’oiseau du kiosque-atelier de Sedigheh Farhrat se cache donc sous les apparences les plus ordinaires d’un serveur de bar un autre spécimen d’artiste qui fait honneur à la tradition artistique centenaire de Montparnasse. Meksa Yadadene a rencontré le 3ème art (la peinture) dans sa Kabylie natale en peignant sur les tables du collège au grand désespoir de ses profs. Son désir de création s’est également exprimé en sculptant des figurines animalières sur les bouts de bois qu’il ramasse au hasard de ses promenades. Meksa est à cette époque complètement autodidacte car il ne peut bénéficier d’aucune structure d’éveil à l’art dans son village d’Azeffoun en Kabylie, une région artistiquement beaucoup plus volontiers tournée vers la musique. Ses rêves de jeunesse le poussent de toute façon plutôt vers le football et Meksa n’hésite pas à faire deux heures de route à pied pour se rendre aux entrainements de son club jusqu’au jour où une blessure ne vienne malheureusement faire le deuil de ses ambitions sportives. Après le bac, il s’inscrit à la fois à la faculté de sciences et technologies de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou et à l’école régionale des beaux-arts d’Azazga qu’il fréquente pendant un an en devenant major de promo. Puis il s’ouvre à d’autres horizons artistiques à l’école supérieure des beaux-arts d’Alger dont il suivra les cours pendant cinq années supplémentaires. Il y entretient de très bonnes relations avec ses professeurs qui sont pour la plupart tous des artistes qui repèrent rapidement son talent de peintre. Certains d’entre eux deviennent des amis comme Karim Sergoua ou encore Smaïl Ouchène qui sera par la suite son directeur de recherches. A Alger, il s’initie par ailleurs avec beaucoup d’enthousiasme aux différentes techniques de gravure. S’il connait bien sûr les oeuvres de M’hamed Issiakhem, le célèbre peintre algérien également originaire de Kabylie, Meksa développe une vision universaliste de l’art qui va le conduire à s’intéresser tout particulièrement aux peintres expressionnistes allemands. Il finira par décrocher son diplôme de Master 1 en présentant un projet artistique comprenant plus de cinquante tableaux sur la thématique de l’expression du cri contemporain.

Phosphoresé, 120x100cm, huile sur toile (photo MY)

En quête d’un second souffle parisien

Arrivé en France en 2022 avec le statut d’étudiant, Meksa s’inscrit en Master Art contemporain et sciences humaines à l’Université de Paris 8. Pour financer ses études, il travaille d’abord comme garçon de café à La Brouette, le bar de l’avenue du Maine, puis au 7ème Art grâce à l’aimable entremise de Mourad qui travaille au Losserand Café. Les obstacles rencontrés sur sa route pour s’installer et se stabiliser à Paris ont un peu brisé son allant et sa créativité alors qu’il était devenu un peintre très prolifique en Algérie. Il continue néanmoins à dessiner et à fixer certaines de ses nouvelles idées en réalisant des petits croquis. Cette rupture dans son parcours artistique lui a fait prendre du recul par rapport à l’enseignement qu’il a reçu et qu’il continue de recevoir à Paris 8. Il ne trouve en effet plus aujourd’hui son inspiration dans les peintres classiques et académiques qui étaient les références de sa jeunesse et est maintenant bien plus sensible aux travaux des expressionnistes qu’il avait commencé à découvrir avant de quitter l’Algérie pour la France. “Ce sont des peintres qui utilisent des couleurs violentes et des lignes acérées pour soumettre la réalité aux états d’âme de l’artiste, analyse Meksa. Ils travaillent dans la spontanéité et la fulgurance des idées, mais leur geste est à la fois spontané et réfléchi, ce qui peut paraître contradictoire à première vue. En réalité, ils réussissent à force de travail à acquérir une maîtrise de la gestuelle qui leur permet d’exprimer leurs émotions sur leurs toiles et qui m’impressionne personnellement beaucoup”. Quand je lui demande quels sont ses peintres favoris, le nom du peintre autodidacte britannique Francis Bacon est celui qui lui vient le premier à l’esprit : “J’aime beaucoup la violence et la colère qu’expriment les toiles de Bacon qu’on pourrait qualifier de néo-expressionniste puisqu’il en est en réalité le dernier représentant de ce courant de peinture. J’apprécie aussi le norvégien Edvar Munch et l’allemand Otto Dix”. Meksa en vient aujourd’hui à douter de l’utilité d’entreprendre des études d’art avant de se jeter à corps perdu dans la création picturale : “Je suis maintenant convaincu qu’il n’est pas nécessaire d’avoir étudié pour se mettre à peindre. Il faut juste en avoir la volonté, travailler très dur, et guetter le moment propice à la création”. Ce moment privilégié reviendra-t-il à Paris pour Meksa ? Il est en tout cas émerveillé de constater à quel point les nombreuses structures présentes dans notre pays (écoles d’art, galeries d’exposition, etc.) favorisent l’éclosion des talents artistiques. Lui, qui n’a pour l’instant jamais exposé en France, aimerait retrouver sa pleine motivation pour également pouvoir en profiter. Puisse ce cri du coeur aider à faire évoluer les choses en sa faveur !

Nefiste, 170x120cm, huile sur bois (photo MY)
Inconnu 01, Eau-forte sur plaque de cuivre (Epreuve d’artiste), 20x30cm (Photo MY)

YKO, artiste total et sans frontières

Dialogue entre YKO et son Polaroïd (photo C. Degoutte)

Il cause, il cause, YKO. Et l’on se sent très vite perdu et dépassé, comme au beau milieu de la forêt amazonienne. Comment peut-on avoir fait autant de choses dans et de sa vie ? Comment peut-on parler plusieurs langues de façon articulée et nuancée tout en étant happé par les mille disciplines de l’art ? Comment peut-on être tout à la fois poète, musicien, acteur de théâtre (et de séries télé), photographe, artiste urbain et (ex-)trapéziste de cirque ? “Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur”. Suivons donc le conseil de Cocteau et écrivons notre article en trois parties à peu près égales sur Yesser Kaadi Oliveira, alias YKO.

Brésilien cosmopolite

Cet article n’est pas une iconographie. Car une heure et dix huit minutes d’interview n’ont pas fini d’épuiser le sujet YKO, artiste total et sans frontières. La profondeur de la connaissance des activités artistiques auxquelles il s’adonne nous empêche d’utiliser le terme de touche-à-tout qui pourrait suggérer la superficialité dans tous les domaines. YKO est bien plutôt un “multi-perfectionniste”, habité du même désir de profonde maîtrise quand il transfert une émulsion de Polaroïd, joue de son pandeiro ou pratique une langue étrangère. L’exigence est un fardeau qui empêche l’autosatisfaction mais aussi parfois la concrétisation d’une oeuvre ou d’un projet. Elle nous pousse à creuser autant qu’à avancer. C’est peut-être elle qui explique comment l’énergie créatrice d’YKO a pu jaillir en étoile dans autant de directions artistiques. Bien sûr, comme toujours, l’entourage familial a joué un rôle déterminant. Son père notamment, grand amateur de poèmes et de photographie, qui le laisse manipuler son appareil photo dès l’âge de 8 ans pendant sa jeunesse brésilienne, et lui offre un appareil personnel quelques années plus tard. Cette ouverture grand angle sur la vie et la culture va l’amener à détester les frontières géographiques et abolir celles artistiques susceptibles de freiner sa soif de découvertes. YKO nous a raconté par le menu son parcours personnel et artistique qui l’a mené du Brésil à la France en passant par les Etats-Unis, et du théâtre à la musique en passant par le cirque. Nous ne nous doutions pas un seul instant de l’extrême richesse de sa trajectoire lorsque nous l’avons rencontré pour la première fois à Belleville rue Dénoyez au moment où il opérait la jonction entre ses deux principales activités artistiques d’aujourd’hui : l’art urbain et la scène musicale.

Carreaux High Voltage d’YKO (photo C. Degoutte)

Des carreaux et des corps

YKO se produisait ce soir-là en concert solo à la galerie Friches_et_nous_la_paix de la rue Dénoyez bien connue de tous les street-artists parisiens. Dans ce qui fut le lieu de résidence du pochoiriste Pedrô!, il a interprété quelques unes de ses chansons avant d’aller poser alentours plusieurs carreaux qui sont les supports de prédilection de son travail photographique sur le nu. Pourquoi le nu ? “Une fois terminé mon travail sur la technique du transfert d’émulsion à partir de Polaroïds et sur les différents vernis permettant de préserver au mieux ce transfert sur un carreau, s’est posée la question du sujet, se souvient YKO. Je ne me sentais pas de mettre la tête des gens sur mes carreaux. Autant que des réminiscences de la culture du corps qui prévaut au Brésil, ma visite d’un camp naturiste à Montalivet avec un groupe d’amis a été le déclic qui m’a donné l’idée de mettre en relief les corps nus du commun en tant que représentation d’une sorte d’expression universelle du corps. J’ai proposé à mes amis de les prendre en photo, ce qu’ils ont accepté de très bonne grâce. Mais on ne voit bien sûr jamais leur visage sur mes carreaux pour préserver leur anonymat.” YKO pose depuis lors ses carreaux représentant des corps nus un peu partout dans le 20ème arrondissement ou à proximité des endroits où il se produit en tant que musicien. Il a récemment investi le 14ème en en collant quatre dans la rue des Thermopyles. Certaines de ses rues ou de ses impasses sans issue de prédilection deviennent pour lui de véritables rues-galeries. YKO continue pourtant à coller ses carreaux à la sauvette avec un peu d’appréhension de peur d’être interpellé par la maréchaussée et de devoir payer une amende qui viendrait s’ajouter aux coûts déjà importants occasionnés par son travail. Mais la motivation demeure et il n’est pas peu fier de voir nombre de ses oeuvres “validées” par les habitants des immeubles sur lesquelles il les a posées en constatant qu’elles n’ont pas été enlevées par eux ou sont même nettoyées par eux . “J’y vois la reconnaissance artistique de mon travail et cela me touche toujours énormément”, reconnait le street artist avec sincérité.

En flagrant délit de collage fluo rue des Thermopyles (photo C. Degoutte)

New Morning pour Next Frontrier

Mais la grande affaire du moment est la musique à laquelle il s’adonne depuis des années. A l’école du cirque, YKO jouait du saxophone. Contraint d’abandonner le métier de circassien, il est devenu musicien percussionniste professionnel spécialiste du pandeiro, le tambourin sur cadre et à cymbalettes qui est si central dans la musique brésilienne. Il a travaillé énormément de cet instrument avant de pouvoir en vivre en tant qu’intermittent du spectacle en accompagnant des musiciens de samba. Depuis 4 à 5 ans, YKO est devenu auteur-compositeur-interprète de ses chansons qu’il qualifie lui-même de poésie chantée subversive. Orphelin volontaire des grandes formations musicales au sein desquelles il jouait de son instrument de prédilection, il se retrouve aujourd’hui seul sur scène habillant de sons électro des textes scandés qui questionnent la société dans laquelle nous vivons. “Ma production musicale réunit toutes les influences cosmopolites que j’ai pu rencontrer en France depuis 20 ans, résume YKO. Je ne prétends pas du tout faire de la musique brésilienne. Mon style personnel se rapproche beaucoup plus du slam et de la musique urbaine comme le rap tout en restant mélodique. J’écris la plupart du temps mes textes avant la musique, mais ils restent des textes pour faire danser que je peux écrire aussi bien en français qu’en portugais”. Le challenge est aujourd’hui de surmonter son perfectionnisme congénital pour parvenir à réunir ses chansons en un album. Nul doute que son prochain concert du samedi 11 novembre au New Morning en première partie de Djonga, qui est l’un des rappeurs les plus importants de la scène brésilienne actuelle, lui apportera le surcroit de confiance nécessaire à la réalisation de ce projet qui représente à coup sûr pour notre artiste total the Next Frontier

Cliquer ici pour accéder au compte Instagram d’YKO.

YKO au New Morning

Anna Waisman renaît encore une fois en septembre 2023