Les Very Good PING (Pernety Inventive News Gags) de BADUS

2ème édition Very Bad Ping – Premier Set

Vingt-cinq ans après la publication des premières planches de la série Vert & Revers, le Pernetien Baptiste Dussart alias BADUS réinvente le tennis de table en bandes dessinées en sortant Very Bad Ping – Premier Set. Nul doute que l’album, qui vient juste d’être réédité, ne fera pas seulement rire les accros d’un sport qui reste assez peu médiatisé malgré les exploits des pongistes français tout récemment sacrés vice-champions du monde par équipe. Nous avons rencontré BADUS au bar-restaurant Le Laurier comme prélude à une fort sympathique plongée dans le très chaleureux univers du ping amateur.

Le long accouchement du projet de deux passionnés de ping

C’est avec une humilité toute bretonne que le brestois BADUS, aujourd’hui quarantenaire, nous conte l’histoire de Very Bad Ping des origines à aujourd’hui. Début 1998 à Brest, deux camarades de club, LAST (déjà au dessin) et LANO (au scénario), créent la série Vert et Revers dont une dizaine de planches sont publiées dans le Journal de Mickey ainsi que dans France Tennis de Table, le magazine de la Fédé, et dans Le Violon Dingue, une revue de bandes dessinées brestoise. Après dix-huit ans (!) de mise en sommeil, le projet d’album renait en avril 2016 à l’occasion des Championnats de France de tennis de table à Brest qui  permettent à BADUS de rencontrer LAST et de lui proposer une dizaine de nouveaux scénarios. “Même si l’ambiance générale et la plupart des personnages d’origine sont réutilisés, les décors, matériels, situations et autres dialogues ont été réactualisés et retravaillés”, nous précise BADUS dont les ancien et nouveaux  personnages forment “la fumeuse équipe de départementale 4 du club de Villemoizy Tennis de Table“. Tous les dessins des presque 50 planches, qui constituent autant de gags revisités ou imaginés par BADUS, sont réalisés par LAST qui participe également au storyboard de ces différentes planches mettant en scène les joyeux Gaston Lagaffe du ping-pong : Jean-Marque Sinque, le bourrin ultra-motivé ; Roland Titaupe, l’intello stratège relou ; Yann Zaka, le flemmard à haut potentiel ; Jérémie Hacotet, le nullos mais gentil ; Bertrand Wog, le vendeur bricolo-geek ; la pimpante Marcelle Leite, copine de Jean-Marc ; et enfin Raoul Plomb, le copain de personne.

BADUS (Baptiste Dussart) avec LAST (Stéphane Larreur)

Plongée dans l’univers des passionnés de ping

Nous n’imaginions pas qu’il pouvait se passer autant de choses autour d’une table de ping-pong. Nous pensions naïvement que le tennis de table, c’était avant tout remettre la balle sur la table (“Les bases”, page 10). Pas du tout ! Le ping, même amateur, c’est beaucoup de technique (“Effet rétro”, page 4 ; “Dans ma bulle”, page 5), du bon matériel aimablement fourni – contre espèces sonnantes et trébuchantes, bien sûr – par Betrand Wog, le vendeur attitré (“Du lourd”, page 15 ; “Shop-Ping”, page 27), mais aussi beaucoup de mental ( “Dans ma bulle”, page 5 ; “Exutoire”, page 34). Et puis, nous découvrons également que, comme au rugby, aucun tournoi de ping ne peut se concevoir sans une digne troisième mi-temps autour du PPVR (Pain-Pâté-Vin rouge) qui est le casse-croûte institutionnel d’après-match (“PPVR”, page 16 ; “Bon appétit”, page 23). Mais le ping ça reste avant tout une passion (“Romantique”, page 3 ; “Fifty-Fifty”, page 21) qui vous dévore au point parfois de vous faire faire des cauchemars (“Shoot’n Pong Ultimate Fight”, page 24) ou bien d’y consacrer toutes vos vacances (“Carpe Diem”, page 45 ; “Plagiste”, page 46). Pourtant, ce sport continue de souffrir d’un déficit d’image (“Son et image”, page 22) et les valeureux pongistes peinent toujours à faire rêver en faisant valoir leurs qualités et leurs exploits sportifs (“Midinette”, page 29). Gageons que BADUS et LAST sauront, tout autant que l’équipe de France par équipe aujourd’hui vice-championne du monde, retourner la tendance avec ce très sympathique album de bandes dessinées qui est leur bébé du début à la fin puisqu’ils en sont les éditeurs autant que les auteurs. Préfacé par Gilles Erb, Président de la Fédération Française de Tennis de Table et par les frères Alexis et Félix Lebrun, respectivement Champion et Vice-Champion de France 2023, il est une plongée humoristique dans l’univers très attachant des pongistes amateurs où les jurons volent autant que les raquettes.

Very Bad Ping – Premier Set (2ème édition) aux Editions Paris-Lambé, 15 euros. Cliquez ici pour commander votre album.

Le Ping Passion

Degré, la cave rock indé du 22 rue des Plantes

C’est le coup de coeur de Pernety 14 en ce début d’année 2024 ! Depuis 11 mois déjà, Sacha Rosenberg fait monter la température du 14ème arrondissement avec Degré, une nouvelle cave indépendante qui va donner un terrible coup de vieux à un gros paquet de ses concurrentes. Un îlot de neuf mètres carrés de liberté et de créativité au 22 rue des Plantes dans le Quartier Pernety : It’s Only Rock’n Roll (But We Like It).

Une cave méga-indépendante

A peine est-on entré dans la boutique qu’on est happé par l’esprit du lieu. Sacha Rosenberg ne le fait pas exprès : il est rock’n roll. L’ancien animateur radio a organisé pendant des années des concerts de groupes de rock français indépendants et est toujours aujourd’hui contributeur de Rock&folk, le magazine rock de référence. C’est cet esprit rock indé qu’il a transposé avec succès dans son petit local en décidant de promouvoir des producteurs exclusivement français et indépendants. “Comme je l’ai fait par le passé en organisant des concerts et comme je continue à le faire en produisant actuellement deux groupes sous mon propre label, mon but est de mettre en avant des créateurs qui ne sont pas soutenus par des grosses structures. Dans ma précédente vie de journaliste rock, j’ai vu des super groupes galérer par manque de soutien financier et donc de moyens pour se faire connaître. L’absence de reconnaissance peut malheureusement parfois conduire à perdre la passion pour ce que l’on fait passionnément.” Ce ne sera pas de la faute de Sacha si les petits producteurs français indépendants de vins, bières et spiritueux finissent par boire la tasse. Sa petite boutique est littéralement tapissée de bouteilles et de canettes multicolores qui reflètent leur très grande et constante créativité. Il va à leur rencontre dans les salons spécialisés ou bien se fait lui-même démarché par tous ceux qui sont à l’affut des ouvertures de caves indépendantes. “Ma sélection est vraiment très restreinte en raison du manque de place dans mon local, nous précise Sacha. Tout est vraiment choisi pour que cela colle à tous les styles. Je fais beaucoup de vins nature, quasiment que ça. Que des vins bio également. Mais mes clients réguliers pourront peut-être se sentir déstabilisés car ils n’y trouveront jamais les mêmes produits. Comme je m’ennuie très vite avec tout et que je commande toujours en petite quantité, le roulement est quasi permanent.” Conservateurs et amateurs d’habitudes un peu plan-plan s’abstenir ! Pour guider mon choix de néophyte en matière de bières, Sacha m’interroge sur mes préférences personnelles. Il y en a dans sa boutique pour tous les goûts selon le niveau d’amertume, le degré en fruits, etc. Une fois lancé, notre caviste est intarissable. Je ne fais définitivement pas le poids pour soutenir son niveau d’expertise sur ses produits dont il connait de surcroit en détails l’histoire du fait de sa proximité avec les producteurs. Mieux vaut passer à autre chose pour ne pas être saoulé avant d’avoir commencé à boire…

Fabricant de gin

Un lieu de convivialité et de rencontres

Mon regard s’attarde sur deux fûts disposés sur une petite table en face de moi. “L’autre particularité de la cave, c’est qu’on est également fabricant d’alcool, me précise Sacha en pointant le doigt vers un petit alambic situé sur le côté du local. Je fabrique mon propre gin à 100% sur place : je pars d’alcool à 96 degrés, je fais mes macérations, je le distille, je rajoute de l’eau et cela fait du gin que je stocke dans ces deux fûts, le gris qui est permanent et qui est fait pour la fête et le fût orange qui est lui plus destiné aux dégustations sur un thème qui change tous les trois mois en fonction des saisons. Cet hiver, je fais un gin au panettone.” Sacha veut faire de son petit local un lieu de rencontres où se croisent pas mal des gens qu’il a cotoyés quand il travaillait dans l’évènementiel. Il enregistre chaque mercredi un podcast à l’occasion de soirées qu’il organise et réserve le jeudi soir aux dégustations. Organiser des fêtes fait définitivement partie de l’ADN de celui qui a toujours gardé un pied dans le rock et quelques concerts ont également lieu le samedi soir. Au fond du local, un coin disquaire témoigne de son amour toujours inassouvi pour la musique rock indépendante : “De même que pour tout ici, on n’y trouve (en disques vinyles) que des groupes français et indépendants. La plupart du temps, j’explique aux gens ce que c’est car il s’agit de jeunes groupes qui ne sont pas encore très connus, comme cheap tin que j’ai produit sous mon propre label. Le principe reste de mettre en avant des jeunes artistes qui ont besoin de ce genre de lieu pour se faire connaître”. Les curieux intrigués par le concept de cave-disquaire pourront constater que Sacha ne se paie pas de mots : il a installé une platine vinyle à laquelle est relié un casque audio pour celles et ceux qui voudraient écouter quelques morceaux des groupes dont il a sélectionné les disques. Car, chez Degré, on déguste aussi la musique ! Cerise sur le gâteau, la cave est également un endroit qui permet à des artistes peintres ou de collage ou bien encore à des jeunes photographes de bénéficier pendant quelques semaines d’un lieu d’exposition. Combien de degrés sont-ils nécessaires pour faire entrer toutes ces disciplines artistiques en fusion ? Vous le saurez en rendant un de ces prochains jours visite à Sacha dans sa cave-bar du 22 rue des Plantes à la lisière de Pernety Village. For those about to rock, we salute you !

Assortiment de vins et de bières

Paris 14ème underground by Comte de Saint-Germain

Le Comte de Saint-Germain à la recherche des eaux souterraines dans les caves du 14ème…

Pernety 14 a l’honneur de vous présenter cette semaine un homme de très très grande qualité : le Comte de Saint-Germain himself, qui nous a littéralement bluffés en nous faisant découvrir, grâce à deux formidables balades audioguidées, un 14ème arrondissement que nous ne connaissions pas – sur les traces d’Arsène Lupin au dessus des Catacombes, puis autour du parc Montsouris. Suivez le guide, vous ne le regrettez pas et ne l’oublierez pas de sitôt !

Le choix du 14ème caché et secret

Vous le reconnaitrez facilement dans la rue coiffé de son haut de forme. Le Comte de Saint-Germain est un parisien immortel qui habite l’Esprit de Paris, une version imaginaire et théorique de la ville, et qui voyage incognito dans les couloirs du temps depuis 2200 ans. Sa curiosité tous azimuts le fait s’intéresser à tout ce qui bouge ou qui ne bouge pas dans la Ville Lumière qu’il a vue bien changer au cours des siècles. La bonne nouvelle, c’est qu’il a aujourd’hui décidé de nous faire profiter de son immense culture en réalisant des balades audioguidées accessibles à tous sur VoiceMap, et, pour le plus grand bonheur des Quatorziens, de choisir notre arrondissement pour écrire les premiers items d’entre elles. Car M. le Comte, comme tout aristocrate qui se respecte, est un peu excentrique et rebelle. Il aurait trouvé fort “commun” de commencer ses visites guidées de Paris en nous parlant de La Tour Eiffel ou bien du Quartier du Marais où accourent en masse les touristes du monde entier. Son souci est bien plutôt de nous faire découvrir la face cachée des choses, le Paris underground, secret et parfois disparu qui a depuis toujours sa préférence. D’où le 14ème arrondissement. “Comme un symbole, le monument le plus mythique du 14ème, celui que viennent visiter les touristes, n’est pas visible et est situé sous terre”, nous fait observer en riant le Comte pour illustrer sa démarche atypique. La balade intitulée Sur les pas de Lupin, au dessus des catacombes de Paris explore pendant environ une heure la partie nord de l’arrondissement et plaira tout particulièrement à ceux qui sont amateurs de mystères. Elle nous emmène, entre autres parties secrètes et mal connues du 14ème, autour des tunnels publics ou privés des Catacombes, creusés à vingt mètres sous Paris, et qui ont été les lieux du tournage d’un épisode très spécial de la série télévisée Lupin dont le principal interprète est Omar Sy. Ce fil rouge des Catacombes sert de prétexte à une très belle promenade au cours de laquelle le Comte de Saint-Germain nous entretient tout aussi aussi bien de science que de religion, de culture que d’histoire, en passant devant l’hôpital Cochin, le pied de la statue de François Arago, la Ferme de Montsouris ou bien encore la prison de La Santé, pour ne prendre que quelques exemples parmi une foultitude d’autres. La balade fourmille d’anecdotes truculentes et fort intéressantes qui sont très souvent soulignées et mises en valeur par de riches ambiances sonores et effets spéciaux. Littéralement bluffés par cette première performance, et puisque les bons Comtes font les bons amis, il ne nous restait plus qu’à nous laisser guider le weekend suivant par la deuxième balade audio intitulée Autour de Montsouris : eaux secrètes et villages cachés.

Si Paris 14 m’était Comté…

La vérité est que l’on se sent tout petit devant M. le Comte. Nous, qui nous nous efforçons très humblement de faire découvrir les acteurs et les lieux qui font vivre (et rendent beau) le 14ème arrondissement de Paris, avons pris une grosse et mémorable claque à l’écoute de cette deuxième balade audioguidée tant elle est riche d’informations et permet de splendides découvertes. Le Comte l’admet lui-même : “Cette balade est en fait la première que j’ai réalisée et j’ai vraiment voulu tout mettre dedans au risque de la rendre un peu trop dense, un peu comme on le fait lorsqu’on écrit son premier roman. J’étais d’autant plus motivé que le quartier Montsouris est un quartier un peu délaissé et peut-être même mal-aimé car aucune grande gloire ne vient véritablement l’illustrer”. Avec le thème de l’eau comme fil conducteur, la superbe promenade débute au pavillon d’Arcueil et se termine à la cité florale du 13ème arrondissement de Paris. C’est un véritable festival de découvertes dont nous laissons la surprise à tous les Quatorziens qui ne connaitraient pas bien leur arrondissement. Evoquons seulement entre autres le réservoir de Montsouris, le splendide square de Montsouris et la maison de Foujita, l’aqueduc de Lutèce, l’aqueduc Médicis, la maison de Coluche et la Petite Ceinture. La voix du Comte de Saint-Germain, qui se fait parfois légèrement théâtrale, anime très agréablement la promenade tout au long du parcours d’une heure et trente minutes. Le très grand plaisir que nous avons éprouvé à la faire sera-t-il un ferment de motivation suffisant pour que notre gentilhomme renouvelle l’exercice pour chacun des villages qui constituent le 14ème ? Rien n’est moins certain car M. le Comte a aujourd’hui d’autres projets en tête qui ne concernent pas directement notre arrondissement. “Chaque balade audioguidée correspond à un travail en français et en anglais de plusieurs semaines voire plusieurs mois qui est très scrupuleusement contrôlé par VoiceMap au plan technique, nous dit-il. Et j’aimerais aujourd’hui pouvoir me consacrer à un autre thème de promenade dans des quartiers de Paris un peu plus touristiquement fréquentés. Dans quelques années peut-être, je reviendrai dans le 14ème…”. Le meilleur moyen de l’encourager à continuer à enchanter les Quatorziens curieux de leur arrondissement est sans aucun doute de le suivre Sur les pas de Lupin et Autour de Montsouris. Il se dit très touché par les retours positifs qu’il reçoit. Eh oui, ça compte !

Cliquez ici pour accéder au site officiel du Comte de Saint-Germain qui inclut une petite biographie et des explications, ici pour accéder au réseau social où il est le plus actif et ici pour accéder à toutes ses balades sur le site de VoiceMap.

Le Comte de Saint Germain au pied de la statue François Arago

Le kiosque-atelier de Sedigheh Fahrat

Sedigheh Farhat, fidèle au kiosque (photo YB)

J’la croise tous les matins, 7h40″, aurait pu chanter Johnny. Quels destins et quels talents se cachent derrière les vies en apparence les plus banales ? Chaque jour de la semaine aux alentours de 7h45, Sedigheh Fahrat rejoint son kiosque à journaux situé devant la station de métro Pernety. N’était-ce la curiosité de quelques Pernétiens initiés (*), nul ne se douterait qu’une artiste peintre de très grand talent se cache derrière la kiosquière d’origine iranienne. Nous l’avons rencontrée ce samedi matin pour découvrir son parcours et nous familiariser avec son oeuvre.

“Le meilleur kiosque de Paris”

Le c.v. de vingt pages de Sedigheh Fahrat que nous a communiqué une amie Pernetienne est agrémenté de nombreuses oeuvres représentant des paysages, des portraits, des natures mortes ou bien encore des chevaux qui révèlent une technique picturale accomplie. Nous nous arrêtons sur la première page sur laquelle figurent les informations clés relatives à notre artiste peintre. Sedigheh est kiosquière à Paris depuis aujourd’hui 18 ans. Elle  a exercé ses fonctions dans des kiosques à journaux à Saint-Lazare, à Saint-Germain-des-Près, place Clichy, au Champs de Mars avant d’arriver rue Pernety en 2021. “Le kiosque de la rue Pernety est entre tous celui que je préfère car j’y ai sans doute l’occasion de rencontrer et de sympathiser avec des gens dont le niveau intellectuel est un peu supérieur”, nous confie Sedigheh dont l’inextinguible goût des autres la pousse à exercer cette activité avec bonheur malgré son âge avancé. Elle est née en 1946 dans le nord de l’Iran et y développe dès l’âge de 14 ans une passion pour la peinture qu’elle pratique au quotidien. C’est donc tout naturellement qu’elle s’oriente dans son pays natal vers le métier d’enseignante en arts plastiques, tout d’abord dans une école primaire à Téhéran, puis, après avoir obtenu une licence universitaire dans cette matière, dans un collège, dans un lycée et finalement à la faculté des enseignants de la capitale iranienne. La révolution islamique interrompt cette très belle progression, qui la conduit à suivre son mari architecte en France où il est réfugié politique. Malgré une maîtrise d’Esthétique obtenue à la Sorbonne, trop d’obstacles empêcheront cette diplômée des Beaux Art de Paris d’exercer le métier d’enseignante en France. Sedigheh doit en effet d’abord s’occuper de sa famille de quatre enfants et perfectionner sa pratique de la langue française. Grâce à une amie, elle apprend à faire des crêpes et exerce pendant sept ans le métier de crêpière boulevard Sébastopol au centre de Paris avant de devenir kiosquière à journaux.

Portrait d’Abbas Moyaeri, huile sur toile (photo S. Fahrat)

Sur les traces d’Abbas Moyaeri

Mais les contraintes de sa vie mouvementée ne l’ont jamais éloignée de la peinture et, dès avant de se fixer définitivement dans notre pays, elle a l’occasion d’exposer en Iran (à l’Hôtel Continental de Téhéran en 1982) et en France (par exemples, au Grand Palais et au Musée de la Femme de Paris en 1972) lors de séjours qu’elle y effectue avec son mari. Les expositions s’enchaînent dans son nouveau pays d’adoption à partir de 1990 : à Paris bien sûr (à l’occasion de ventes aux enchères à la salle Drouot entre 1990 et 1993 et à la salle Bonhams Cornette de Saint-Cyr en 2010), mais aussi dans le Val-d’Oise à Herblay où elle réside et où elle collectionne les prix, de même qu’à Cergy, à Cormeilles-en-Parisis ou bien encore dans les Yvelines à Conflans-Sainte-Honorine. Le succès est au rendez-vous puisqu’elle réussit l’exploit de vendre près de 80 (!) de ses oeuvres lors d’une exposition organisée en 2015 à la Mairie du 7ème arrondissement de Paris. “C’est le fruit d’un travail que je poursuis depuis quarante ans en empruntant différents styles : impressionnisme, abstrait, figuratif, portrait, et en utilisant différentes techniques : aquarelle, pastel, huile, gouache, stylo à bille, nous précise l’artiste qui réalise également de la peinture sur porcelaine et de la sculpture à l’argile depuis deux ans. Sedigheh a eu le privilège de suivre pendant plus de cinq ans l’enseignement d’Abbas Moyaeri (**), le grand maître franco-iranien spécialiste des miniatures persanes qui a lui aussi longtemps hanté le Quartier Pernety non loin du kiosque à journaux puisqu’il résidait rue Losserand avant d’être emporté en 2020 par la pandémie de Covid. Elle a par ailleurs pu se voir enseigner la calligraphie par Abdollah Kiaïe, un autre très grand artiste graphiste et calligraphe d’origine iranienne dont nous venons de déplorer le décès en mai dernier. Ces deux illustres prédécesseurs continuent bien sûr à nourrir son inspiration pour réaliser les natures mortes, les paysages, les portraits et les nus qui constituent l’essentiel de son oeuvre. Mais Sedigheh la trouve également sur place dans son kiosque au cours des longues heures qu’elle y passe, en compulsant par exemple les principaux titres de la presse hippique qu’elle vend aux amateurs. Elle réalise justement actuellement une série sur les chevaux. Voyez plutôt ce qu’elle sait réaliser munie d’un seul stylo à bille BIC qu’elle vend un euro dans sa boutique ! Cela se passe juste de commentaires… Puissions-nous très bientôt admirer ses oeuvres dans le 14ème arrondissement de Paris !

Cheval attelé, stylo à bille noir sur feuille, 2022 (30 x 40 cm) (photo S. Fahrat)

(*) Lire notamment l’article d’Arnaud Boland dans La Page du 14ème daté d’Avril-Juin 2023.

(**) Ne manquez pas l’actuelle exposition organisée autour de l’oeuvre d’Abbas Moayeri jusqu’au 4 septembre 2023 au Sénat (flyer ci-dessous) !

Les 40 ans de vraie vie de Château de Daniel Chenot, photographe

Au café Le Cadran (photo Daniel Chenot)

Ancien pilier du Quartier Pernety, Daniel Chenot en a conservé par devers lui l’âme en plus de la mémoire. Il a habité à Pernety dès ses plus jeunes années et a eu pendant 40 ans son atelier de photographe-illustrateur-publicitaire au 130 de la rue du Château. Avec le soutien de Dominique Mazuet qui dirige La Librairie des Tropiques, il a publié en 2014 un beau livre de photographies intitulé rue du Château qui est un témoignage de la rénovation immobilière opérée dans notre Quartier au début des années 80 et qui finira par le contraindre à quitter son atelier. Il écrit dans la préface de son livre : “Dès mon arrivée dans ce petit coin retiré du XIVème, je fus touché par la chaleur humaine de mes nouveaux voisins : une petite communauté vivant dans la cour du 130 grâce à des loyers modérés. Je me souviendrai toujours de leur gentillesse et de leur intérêt à mon égard”. Faut-il croire aux forces de l’esprit pour prétendre que rien n’a changé ?

Les “règles du Quartier”

Cela fait aujourd’hui dix ans que Daniel Chenot a laissé son atelier derrière lui, le 130 de la rue du Château laissant la place à un énigmatique 130 bis. Mais la nostalgie des habitants du Quartier semble toujours habiter le photographe alors que nous nous escrimons à l’interroger sur son métier de créateur et d’artiste du 14ème: “La vraie création, ça reste quand même les gens qui font partie du Quartier”, nous recadre-t-il gentiment dès le début de notre interview. Elle naît des relations nouées entre les différentes personnalités de chacun”. D’ailleurs, le premier chapitre de rue du Château se passe au bistrot Le Cadran, l’ancien nom des Tontons qui fait l’angle de la rue du Château et de la rue Raymond Losserand. “La nostalgie est derrière le comptoir”, nous certifient dans un autre beau livre de photos Pierre Josse et Bernard Pouchèle (*). Et effectivement, les souvenirs du Cadran se bousculent dans la tête de Daniel : “Ce café était un point de rencontre très important du Quartier, se rappelle-t-il. Il servait aussi de distributeur de billets à une époque où il n’y avait pas encore de carte bleue, car c’est Nono, la gérante et propriétaire, qui bien souvent nous prêtait de l’argent pour le week-end. Nous avions également pour règles du Quartier de ne jamais payer notre café car nous étions toujours invités par une personne qui se trouvait au bar et c’était à chacun son tour sa tournée. Il y avait pas mal de gens qui venaient de très loin pour venir prendre leur café à cet endroit”. Daniel se souvient qu’à son époque tout le monde se saluait en se souhaitant le bonjour dans l’artère du Village Pernety où il avait son atelier. Avant la rénovation urbaine qui a en réalité été entamée dès les années soixante, la rue du Château abritait des imprimeurs, des photographes, bon nombre d’artistes désargentés, et même un théâtre comme en témoigne le livre de photos du vétéran du Quartier. Seules quelques petites maisons  – dont l’atelier d’Anna Waisman – ont survécu. “Adieu, charmantes courettes jouxtant ces petites maisons simples de deux étages au plus, et qui faisaient la magie de ce coin de Paris populaire !”, écrit Daniel en préface de rue du Château. Un coin de Paris populaire qui vaut bien toutes les vies de château…

Les habitués du Cadran et le flipper des années 80 (photo Daniel Chenot)

De la rue Vercingétorix à la rue du Château

Oui, rue du Château est un livre nostalgique, et alors ? Daniel Chenot est profondément humaniste et assume totalement son amour du Village Pernety et son attachement à tous les souvenirs qui continuent à le relier à lui. Il nous raconte comment, quelque temps après sa rencontre avec Robert Doisneau qui lui permet en 1964 de devenir reporter-photographe pour l’agence de communication Synergie, il est hébergé dans l’ancien atelier de Gauguin du 6 rue Vercingétorix par Pierre Jamet, un ami qui en plus d’être photographe est également chanteur puisqu’il est l’un des membres du groupe vocal Les Quatre Barbus très en vogue à l’époque. Appuyé par son père imprimeur qui le guide vers ses premiers clients, Daniel finira par installer son atelier de photographe-illustrateur-publicitaire au 130 rue du Chateau en 1974. C’est un grand atelier de plus de 80 m2 qui s’étale sur trois étages et qui comprend un labo au sous-sol, un espace photo au rez-de-chaussée et des bureaux au premier étage. Il va y rester quarante ans pour exercer son art tout en étant témoin de la démolition de nombreux bâtiments de son voisinage qu’il décidera d’immortaliser dans son ouvrage paru en 2014. Pendant que les pelleteuses s’activent, il ne perd pas une miette de l’humanité qui se manifeste autour de lui. Il se souvient comment, après avoir installé un piano dans son atelier à l’invitation de sa professeure de musique, il intriguait beaucoup le balayeur qui l’écoutait répéter toujours les mêmes morceaux à travers la vitre du rez-de-chaussée… Il se souvient également comment il a été aidé dans son activité de photographe par le fils de sa voisine grecque qui exerçait à l’époque le métier de coiffeur près de son atelier et qui s’est révélé être un renfort très précieux. Il se souvient enfin de ses multiples expositions au café Le Cadran dont la salle du restaurant accueillait des habitués venant tout aussi bien de Paris que de la campagne. Toute cette chaleureuse ambiance de la rue du Château et alentours est illustrée par de nombreuses photos du livre du photographe qui est toujours bien plus prompt à parler humain qu’à parler technique.

Les pelleteuses à l’assaut du 112 rue du Château (Anna Waisman à la fenêtre du 110) (photo Daniel Chenot)

Un métier relié au temps

Daniel se décide quand même à nous entretenir de son métier de professionnel de la photographie, mais sans jamais se départir d’une certaine hauteur de vue. “Mon métier est infiniment relié au temps car une bonne photo d’il y a dix ou vingt ans n’est pas toujours une bonne photo aujourd’hui, nous explique-t-il. Quand j’ai commencé mon travail, la conception de l’image n’était pas du tout la même et chaque époque a sa propre manière de voir. Les photographes, de même que les publicitaires qui sont souvent les commanditaires de leur travail, peuvent d’ailleurs très facilement reconnaître la période ou même l’année à laquelle une photographie se rapporte. Cela ne veut nullement dire que les photos anciennes sont mauvaises, cela veut seulement dire que notre appréhension de l’image est sujette au temps, autrement dit que ce que l’on ressent d’une image dépend de l’époque où elle a été prise. Cartier Bresson disait des photos qu’elles étaient des coupures dans l’univers du temps.” Les grands photographes de leur temps ont permis à cet art longtemps considéré comme un art populaire d’acquérir ses lettres de noblesse. Cela fait à peine trente ans que l’on expose des oeuvres photographiques, la première exposition de photos en couleur de Daniel datant de 1995. La révolution numérique des années 1990-2000 a encore rebattu les cartes et achevé de démocratiser l’accès de tous à la photographie au point que chacun peut aujourd’hui s’improviser photographe muni d’un simple téléphone portable. A-t-on d’ailleurs encore aujourd’hui besoin de cours pour réaliser des bonnes photos ? Sans prétendre pouvoir définir ce qu’est une bonne photo après nous avoir longuement expliqué que cette notion était très évolutive dans le temps et éminemment personnelle dans la mesure où elle fait intervenir les subjectivités du preneur d’images et de de ceux qui contemplent son travail, Daniel n’en continue pas moins à enseigner l’art de la photo le samedi à 10h30 à l’association ENAC (Enseignement Art et Culture) qui est basée au… 104 de la rue du Château ! “J’essaie très humblement d’apprendre à mes élèves à regarder en leur permettant d’affiner et d’enrichir leur regard et en tentant de leur faire prendre conscience de ce qu’ils regardent”, nous dit-il. La meilleure façon de vous convaincre de l’utilité de pouvoir bénéficier de l’oeil du photographe est sans doute d’acquérir son prochain ouvrage à paraître, fruit de ses promenades dominicales à Saint-Germain.

Une habitante de la rue du Château (photo Daniel Chenot)

(*) La nostalgie est derrière le comptoir, par Pierre Josse et Bernard Pouchèle, préface d’Alphonse Boudard, éditions Critérion.

Cliquez ici pour accéder au site de Daniel Chenot, Photographe.

Les habits neufs du Conseil de Quartier Pernety

Une assistance concentrée…

Finis les déguisements de Père Noël de François Van Zon ! Le Conseil de Quartier Pernety a enfilé ses habits neufs en cette rentrée de septembre en renouvelant le genre et en proposant à une assistance attentive d’une petite soixantaine de personnes de très nombreux projets qui seront autant d’occasions d’adresser des voeux à l’équipe municipale. Pernety 14 était présent à cette réunion plénière de rentrée qui marque le point de départ d’un nouveau cycle de rencontres habitées par une nouvelle énergie avec, espérons-le, des résultats à la clef pour les Pernetiens et les Quatorziens.

Des nouvelles règles de fonctionnement

Il serait faux de dire que la réunion plénière du 28 septembre 2022 a levé tous les points de blocage qui grippent le fonctionnement du Conseil de Quartier Pernety. Certaines tensions demeurent qui empêchent toujours les réunions de se dérouler dans une atmosphère complètement apaisée et propice aux échanges constructifs d’idées. Mais l’équipe renouvelée du Comité d’Animation a récemment adopté de nouvelles règles de fonctionnement qui, conjuguées à celles contenues dans la nouvelle Charte 2022 des Conseils de Quartier du 14ème arrondissement de Paris, seront peut-être de nature a lever les dernières réticences de celles et de ceux qui continuent à contester la légitimité citoyenne de cette structure associant les habitants du Quartier Pernety à la gestion municipale. La coanimation tournante des réunions plénières et de Comité d’Animation est sans doute la clef qui va ouvrir de nouveaux horizons à tous les habitants soucieux de continuer à s’impliquer dans leur vie de quartier. Rappelons qu’en vertu de la Charte 2022 des Conseils de Quartier du 14ème arrondissement de Paris, tous les Quatorziens sont membres de droit de leur Conseil de Quartier (article 3 de la Charte), mais que ne peuvent voter aux réunions plénières que celles et ceux qui sont inscrits depuis au moins six semaines sur la liste des conseillers de quartier tenue par le Service Démocratie Locale de la Mairie du 14ème (article 14 in fine). Précipitez-vous donc sur le site internet de la Mairie très pertinemment dénommé le14participe.paris (cliquez ici) pour vous inscrire comme votant potentiel à vos futures réunions plénières ou même candidater pour intégrer le Comité d’Animation de votre Conseil de Quartier ! Plus on est de fous, plus on rit – à condition bien sûr de respecter les règles élémentaires de courtoisie entre participants aux réunions et en évitant autant que possible d’y venir habité d’un esprit guerrier et obstructionniste. La nouvelle mouture de la Charte des Conseils de Quartier et surtout les nouvelles règles de fonctionnement du Conseil de Quartier Pernety ont justement été décidées pour favoriser un état d’esprit résolument constructif susceptible de faire progresser tous les habitants et leur environnement vers le mieux et vers le Beau.

Dominique Mazuet évoquant le sort des librairies indépendantes

Une réunion plénière de rentrée placée sous le signe de la Culture

Ce 28 septembre 2022, c’est le nouveau groupe de travail Arts et Culture du Conseil de Quartier Pernety qui précisément menait la danse. Jean-Pierre Charpentrat et surtout Yann Boutouiller ont coanimé avec brio la première plénière de rentrée qui s’est déroulée en présence d’Elliot de Faramond, l’adjoint à la Mairie en charge de la vie associative et de la participation citoyenne, et de Mélody Tonolli en charge notamment de la culture auprès de Madame la Maire Carine Petit. Quoi de plus normal pour un arrondissement de Paris dont l’identité artistique et culturelle est aussi affirmée ? Les plus gros poids lourds du Quartier en matière de Culture (Dominique Mazuet, le patron de La Librairie des Tropiques, Jean-Pierre Charpentrat et Michèle Weber qui pendant des années ont animé la Commission Culture du Conseil de Quartier Pernety, et Rémy-Pierre Pêtre qui est un autre animateur bien connu de la vie culturelle du Quartier) ont répondu présents à ce rendez-vous à l’occasion duquel plusieurs projets culturels ont été évoqués dont celui de la pose d’une plaque mémorielle au 54 rue du Chateau qui est une adresse mythique de l’histoire de l’art en ce qu’elle a été le rendez-vous des plus grands artistes surréalistes (André Breton, Yves Tanguy, Jacques Prévert, Robert Desnos, etc.). Mais les questions culturelles n’ont pas été les seules abordées pendant cette réunion de deux heures qui a également vu intervenir plusieurs autres conseillers de quartier soucieux de propreté et de sécurité de leur environnement. Olivia Fdida a même eu l’occasion de faire part du projet qu’il lui tient très à coeur visant à permettre un accès aux squares pour les toutous dans le but de favoriser le lien social. La prochaine réunion plénière du Conseil de Quartier Pernety qui aura pour thème la sécurité aura lieu le 20 octobre prochain. Elle sera animée par Christine Vial Kaiser et Andreas Westerwinter qui, avec Eliane Kamel, travaillent déjà d’arrache-pied à sa préparation en rencontrant des acteurs de la sécurité du Quartier et également des habitants de Pernety qui se plaignent des problèmes d’insécurité qu’ils peuvent rencontrer au quotidien. C’est un sujet qui concerne tout le monde et qui est susceptible d’intéresser jusqu’à celles et ceux qui continuent à bouder les réunions du Conseil de Quartier Pernety… Notez donc sur vos tablettes la date du 20 octobre 2022 qui réunira à nouveau à l’école élémentaire Severo (12 rue Severo) les Pernetiens qui pratiquent l’engagement citoyen au bénéfice de tous les habitants du Quartier Pernety !

Rémy-Pierre Pêtre porteur du projet de rue Patrick Dewaere

 

La Maire et la Mairie de Paris bientôt taillées en pièce !

Après son mémorable score à l’élection présidentielle de 2022, beaucoup lui ont déjà taillé un costard, mais la pièce se faisait un peu attendre… Il a fallu qu’Attilio Maggiulli, le fondateur et directeur de la Comédie italienne, se fâche tout rouge à l’occasion du dernier coup dur qui a frappé son petit théâtre situé rue de la Gaité dans le 14ème arrondissement de Paris, pour que justice soit enfin rendue à Madame la Maire de Paris Anne Hidalgo qui sera dès début octobre prochain enfin à l’affiche dans la pièce intitulée Anne Hidalgo, reine des Bobos ! créée par le tempétueux homme de théâtre. Il nous a reçu dans son joli petit théâtre trois semaines avant la première de ce qui ne manquera pas d’être le succès de la rentrée pour les Quatorziens et tous les Parisiens amateurs de satire politique.

La démolition d’une jolie façade rococo bleu cyan et or

Cela fait des années que le théâtre de la Comédie italienne connait de graves difficultés financières consécutives à la disparition progressive des subventions qu’il recevait du ministère de la Culture, de la région Île-de-France, puis de la Ville de Paris. Evidemment, cela finit par taper un peu sur les nerfs… Gare à ceux qui se risquent à contrarier Attilio Maggiulli, le directeur du seul théâtre italien en France dédié, depuis 1974, à la commedia dell’arte ! L’enquiquineuse du moment est la société immobilière qui gère le syndic de copropriété de l’immeuble abritant le théâtre. Suite à une banale demande de ravalement, elle lui impose de démolir une partie de sa jolie façade qui existe depuis 1993 (primée en 1995 par Jacques Chirac alors Maire de Paris) au motif que les travaux de son installation auraient été réalisés sans autorisation préalable, ce que conteste l’homme de théâtre qui prétend avoir bénéficié d’un accord oral de la propriétaire de l’époque à son entrée dans les lieux. Et la Mairie de Paris cautionne cette démolition en ordonnant que la partie du premier étage décorée et louée par le théâtre revienne à son état d’origine. “Bien que la Mairie de Paris ait choisi notre façade pour illustrer La rue des Théâtres sur le site officiel de l’office du tourisme de Paris et ce depuis des années, elle a donné son accord pour sa destruction”, déplore Attilio. “Comment ne pas voir dans cette décision une volonté de nuire à notre professionnalisme en nous privant de sa visibilité ?, poursuit-il sur le site internet de la Comédie italienne. Les Théâtres de la rue sont indignés ainsi que les Associations de spectateurs et plusieurs artistes de premier plan qui suivent depuis longtemps notre travail avec amitié et bienveillance.” Une pétition circule d’ailleurs (cliquez ici pour la signer), qui a en effet déjà réuni presque 25.000 signatures dont certaines sont des plus prestigieuses. De nombreux Quatorziens se sont de fait émus de cette démolition forcée et pas seulement au sein du conseil de quartier Montparnasse-Raspail qui est le conseil de quartier concerné par la rue de la Gaité. Pour enfoncer le couteau dans la plaie, le metteur en scène napolitain a beau jeu de rappeler que la rue des théâtres constitue un îlot culturel protégé en raison de la classification comme monuments historiques des tous proches Théâtre du Montparnasse et Théâtre de la Gaité. Même les membres du Comité d’Animation du Conseil de Quartier Pernety voisin se sont saisis de l’affaire en sollicitant l’avis éclairé (?) de l’élu de la Mairie du 14ème qui est l’élu référent du Quartier Montparnasse-Raspail. Ils n’ont à ce jour reçu aucune réponse à leur demande collective.

“Un pamphlet sur et non contre Hidalgo”

Mais depuis fort longtemps déjà, la Mairie de Paris ne répond plus de rien. Comment pourrait-il en être autrement avec le fantasque Attilio Maggiulli ? “Hidalgo détruit un théâtre…”, “Touche pas Arlequin !”, “Ah Hidalgo ! Saccager un Théâtre dans la rue des Théâtres : il fallait le faire !, Ce n’est pas un crime, c’est une faute…”, dénoncent pêle-mêle les affiches actuellement placardées sur la façade du théâtre du 19 rue de la Gaité. “Elle se fout de tout !, mais bientôt la pièce”, peut-on également lire au-dessus d’une photo de Madame la Maire de Paris. Il fallait en effet nécessairement un exutoire à la rancoeur du metteur en scène formé à Turin par le grand Giorgio Strehler, qui soit à la hauteur de son talent. Alors il a écrit une pièce libératrice pour lui-même et dévastatrice pour mesdames Hidalgo et Petit qu’il tient pour responsables de ses déboires actuels.  “Pendant longtemps, nous avons monté des pièces qui n’allaient pas dans la direction qui convenait à la municipalité en place, nous affirme Attilio. Et c’est pourquoi on nous embête avec cette histoire de façade. La Mairie du 14ème, qui souhaiterait visiblement nous voir disparaître puisque qu’elle omet depuis au moins dix ans de mentionner dans son guide la Comédie italienne sur la liste des théâtres de la rue de la Gaité, est plus que ravie de l’aubaine… La seule façon pour Harlequin de se venger de ces vilénies était de créer un pamphlet sur Hidalgo”. C’est désormais chose faite ! “C’est un pamphlet sur et non contre Hidalgo”, nous précise l’homme de théâtre. Car nous ne sommes nullement contre cette dame mais contre ses agissements et les idées farfelues et complètement anachroniques qu’elle peut défendre et qui touchent à la dimension historique de la ville de Paris. Lorsque l’on veut faire disparaître les fontaines Wallace, le marché aux fleurs de l’Île de la cité et les bouquinistes, c’est qu’il y a vraiment un problème. Sans parler de la saleté et de l’insécurité de plus en plus prégnantes et de l’inévitable hausse des impôts consécutive à l’accroissement considérable de la dette municipale qu’il faudra bien un jour rembourser en payant  pour les bêtises de cette dame et pour les décisions absurdes qu’elle a prises qui reflètent l’incompétence – ou parfois même l’ignorance – de son équipe. Dans notre 14ème arrondissement, poursuit Attilio, on a fait disparaître la Fondation Cartier-Bresson, bientôt la Fondation Cartier pour ne voir en contrepartie apparaître que les 30.000 m3 de béton sous l’avenue du Maine sur lesquels prospèreront Darty et Leclerc, sans mentionner la menace de bétonisation qui pèse sur l’ancien hôpital de La Rochefoucauld. Nous ferons donc également dans notre pièce une place d’honneur à Madame Petit, Maire du 14ème, qui d’ailleurs nous ignore complètement alors que M. Cherki avec lequel nous entretenions de cordiales relations nous avait très généreusement fait bénéficier d’une partie de son indemnité de parlementaire”. Nous n’en saurons pas beaucoup plus sur la pièce satirique sinon qu’elle est actuellement très activement répétée avant d’être jouée à partir du début du mois prochain sur la scène de la Comédie italienne. On espère quand même qu’elle ne fera pas trop bobo !

Cliquez ici pour accéder au site de la Comédie italienne et ici pour accéder à sa page Facebook.

Constance Malan : “J’écris bien quand je suis malheureuse ou amoureuse”

Constance au Square Alberto-Giacometti

Les poètes ne sont-ils que des plaisantins ? C’est ce que semble me suggérer Constance Malan qui a placé bien en évidence, au début de la pile de ses presque cinquante poèmes soigneusement imprimés sur format A4 et rangés dans une chemise cartonnée, un email envoyé par une amie intitulé “Jeux de mots” : “On  ne dit pas mon corridor, mais mon corps se repose. […] On ne dit pas jerrycan, mais je m’bidonne […] On ne dit pas un poète, mais un klaxon” […]”. A mi-chemin entre l’artiste revendiqué et le klaxon se trouve Constance qui habite la rue Léonidas dans le 14ème arrondissement de Paris depuis des années et qui écrit des poèmes depuis toujours au gré de ses humeurs et au fil de ses ruptures et de ses emballements sentimentaux. Rencontre au bar-restaurant Le Laurier.

Un journal intime et des poèmes retraçant la vie d’une grande amoureuse

Tous les textes qu’a écrits Constance Malan trouvent leur source dans son vécu personnel. Vers l’âge de treize ans, elle se décide à tenir un journal intime – qu’elle n’a jamais lâché depuis lors – pour exprimer son sentiment de solitude et raconter ses premiers émois amoureux contrariés par son jeune âge. “C’est en poursuivant ce projet de journal intime que je me suis arrêtée sur des phrases qui ressemblaient à des vers, se rappelle Constance. Son père, qui a créé une petite société d’édition en Irlande pour éditer ses propres nouvelles et traductions de Mark Twain et O. Henry, partage cet amour des mots et va lui mettre entre les mains de nombreux livres de poésie dont ceux de Supervielle qu’elle apprécie entre tous. Très bonne élève jusqu’en troisième avant de se laisser distraire par les garçons, elle apprend bien sûr aussi à l’école les poèmes de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud dont elle approfondit un peu les oeuvres par elle-même. C’est en première année de faculté de sciences naturelles à Orsay, alors qu’elle n’arrive plus à suivre les cours de mathématiques en amphi, qu’elle écrit ses premiers poèmes sentimentaux inspirés par un jeune homme dont elle est amoureuse et qui seront plus tard édités par son père dans un recueil très sobrement intitulé Poèmes. “Je crois que je n’écris bien que lorsque je suis malheureuse ou lorsque je suis amoureuse, nous confie Constance. D’ailleurs, le reste du temps, je n’écris pas…”. En froid avec sa mère qui n’accepte pas qu’elle veuille assumer son désir physique d’amour, Constance se retrouve livrée à elle-même dès l’âge de dix-huit ans. Elle enchaine les expériences professionnelles en intérim à Palaiseau avant de trouver refuge rue de la Gaîté dans le 14ème arrondissement de Paris alors qu’elle travaille pour une agence de location de voitures Gare de Lyon. Mais ce ne sont jamais ses aventures professionnelles qui lui inspirent ses créations littéraires. “J’ai surtout écrit pour raconter mes ruptures sentimentales ou bien les premiers émois d’une relation amoureuse, nous dit Constance. Car quand on est amoureux, on n’a pas le temps de s’arrêter pour écrire, on vit ce qu’on est en train de vivre. C’est quand l’autre est parti et que l’on se retrouve seule qu’on essaie un peu de se consoler en se disant ses quatre vérités.” C’est donc plus de quarante ans de poésie écrite entre 1976 qui est l’année de ses dix-sept ans et 2020, des textes “lus et relus à la virgule près” et “tous retravaillés à peu près bien”, qu’elle nous met aujourd’hui entre les mains (*). Un éditeur potentiel qui lui aussi les a parcourus a pu prétendre qu’ils correspondaient plus à des chansons (!) qu’à des poèmes. Jugez plutôt !  Voici le poème préféré de Constance :

Continue reading Constance Malan : “J’écris bien quand je suis malheureuse ou amoureuse”

Evelyne Bouëtel, amoureuse passionnée des mots

Evelyne, pilote d’avion : “Souvent, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot” (Balzac)

D’Evelyne Bouëtel et moi, qui est le plus amoureux ? Des mots, bien sûr ! Car Evelyne est en réalité pour moi une seconde maman, une marraine du Quartier à tout le moins. Elle repère les fautes d’orthographe et de syntaxe de mes articles et me permet de les corriger, elle me présente à de nouveaux personnages du Quartier pour les interviewer, elle me mâche le travail de rédaction de cet article en écrivant un texte bien plus intéressant dont vous ne pourrez bénéficier ici que de morceaux choisis, et elle va même jusqu’à m’affubler d’un nouveau nom : Tonneau Brouilly qui est l’anagramme exacte de Yann Boutouiller. Décidemment, on n’échappe pas à son destin ! Interview très poussée chez notre cher ami commun, Yves Marius André dit Gallas.

Itinéraire du dictionnaire Larousse à la page Facebook

Déjà toute petite, Evelyne Bouëtel aime les mots : la poésie, les dictées, l’orthographe et la grammaire. Elle n’est pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche et aucun livre ne traine à la maison, juste un quotidien ça et là dont le peu enviable sort sera de finir dans les toilettes au fond du jardin. Les distractions sont rares : la radio qui diffuse ses feuilletons à l’heure du dîner, des airs d’accordéon le dimanche matin et, les jours de chance, les sketchs de Pierre Dac et de Francis Blanche. Internet n’existe pas encore quand on lui offre son premier dictionnaire Larousse à l’âge de dix ans pour son entrée en 6ème. Evelyne décide d’arrêter ses études très tôt. Après la mort de son père, le BEPC en poche, elle prépare un BEP de sténo-dactylo correspondancière qui lui fait saisir l’essence commune des mots et des signes. Elle quitte son village d’Echouboulains en Seine-et-Marne à l’âge de 17 ans aspirée par Paris qui offre du travail. La radio toujours lui fait découvrir Pierre Desproges et Raymond Devos, deux magiciens des mots et des jeux de mots. Après 20 ans passés dans le 20ème arrondissement, Evelyne atterrit un peu par hasard dans le 14ème où elle réside depuis aujourd’hui 30 ans quelque part entre l’impasse Florimont, la rue Hippolyte Maindron et la rue du Château, des lieux hantés par le souvenir de Georges Brassens, de Giacometti et des artistes surréalistes. Baignant dans le 14ème artistique, elle se familiarise bientôt avec les livres et se tourne naturellement vers les poètes, les linguistes et les lexicologues, mais aussi les photographes, les sculpteurs et les peintres. Elle écume les expositions et les concerts, et suscite des rencontres – y compris sur les réseaux sociaux par la grâce desquels Claude Duneton, le célèbre auteur de Parler Croquant et de La Puce à l’oreille, va entrer dans sa vie. Ayant lu plusieurs de ses ouvrages et s’étant régalée de ses chroniques dans Le Figaro, elle décide en effet de lui consacrer une page Facebook après en avoir obtenu son accord par l’entremise d’un de ses amis ardennais chroniqueur à L’Avenir. L’écrivain et historien du langage, qui est totalement étranger à l’univers de l’informatique et du numérique, est à la fois très heureux et amusé de cette initiative. Les deux amoureux des mots sont sur le point de se rencontrer dans le pied-à-terre parisien de l’écrivain quand ce dernier est hospitalisé à Lille avant de décéder en 2012.

Au salon “Facebouquins” de 2009 avec Edith

De continuelles rencontres autour des mots

Alexandre Vialatte,  l’écrivain et traducteur de Kafka qui est aussi chroniqueur à La Montagne, fait également partie du Panthéon personnel d’Evelyne qui s’intéresse par ailleurs beaucoup à la généalogie en écoutant assidument l’émission de Jean-Louis Beaucarnot, l’auteur de Laissons parler les noms, sur Europe 1. Sur Geneanet, elle découvre le dictionnaire des noms de famille de Jean Tosti, une passionnante étude de la signification des patronymes. Elle apprend à cette occasion que Bouëtel est d’origine bretonne et signifie “boiteux” ou, au choix, “gardien de boeufs” ! Grâce à internet et aux réseaux sociaux, elle fait la découverte de nouveaux endroits dans le 14ème arrondissement et alentour : Le Magique de Marc et Martine Havet rue de Gergovie et surtout le Forum Léo Ferré d’Ivry-sur-Seine qui promeut des artistes peu médiatisés tels Yvan Dautin, Louis Capart, Gilbert Laffaille ou bien encore Michel Bülher. Elle y croise un jour Anne Sylvestre en compagnie de Matthias Vincenot, un jeune poète très prolifique qui organise des soirées Poésies et Chansons à la Sorbonne et plusieurs autres manifestations à Paris et en province où se retrouvent de nombreux artistes de talent. Une autre fois, elle rencontre à l’occasion d’une lecture à L’Entrepôt Simone Hérault, la voix de la SNCF et l’une des voix de FIP qui a également fondé Lire Autrement, la Compagnie de lecture publique. Evelyne n’en délaisse pas pour autant la radio en restant une grande fidèle des Papous dans la tête, l’émission de France Culture animée par Françoise Treussard, et également des chroniques du lexicologue Jean Pruvost sur France Bleu qu’elle aime aussi retrouver sur le site internet du Figaro. En 2009, elle décide d’aller à la rencontre d’Edith qui a initié le premier salon Facebouquins et est l’auteure du dico des gros mots cachés dans les mots. Ce ne sont pourtant pas les gros mots qui sont ceux avec lesquels Evelyne aime le plus jouer. Elle leur en préfère d’autres comme “hirondelle” et, de même qu’Anne Sylvestre, “coquelicot” et “libellule”. A l’exclusion toutefois du mot “retraite” (dont l’anagramme est “artérite”…) quand bien même la retraite lui a fait découvrir les joies du Scrabble qu’elle pratique tous les jeudis à 14h30 à l’Espace Maindron dans le cadre du Club Seniors de l’association Florimont animé par Danièle Rack. Elle y joue depuis aujourd’hui cinq ans au sein d’un petit club d’amatrices très férues de ce pacifique divertissement. Et pour la seconde fois cette année, elle a participé à la Fête mondiale du jeu qui s’est déroulée Place de la Garenne en face du Moulin à Café. Un nécessaire exutoire après un très ennuyeux confinement pendant lequel Evelyne n’est pourtant pas restée inactive puisqu’elle s’est attelée à la création de grilles de mots casés pour différentes associations et également à la parodie de refrains de chansons et de fables de La Fontaine dont celle du Masque et du Corbeau qu’elle a conçue en observant de sa fenêtre un corbeau visiblement complètement fasciné par un masque accroché aux branches d’un arbre. Gare aux vers boiteux !

LE MASQUE ET LE CORBEAU

Dans ma cité, sur un arbre, haut perché,

Un Corbeau intrigué par un objet bleuté,

Tint ce langage, à peu près :

“Hé ! Bonjour bel objet, seriez-vous un Masque ?

Que vous êtes joli ! peut-être un peu fantasque…

Sans mentir, si votre dérapage  

Se rapporte à votre fuselage   

Vous êtes le champion de l’atterrissage .”

A ces mots le Masque répondit :

“Que nenni ! Ne vois-tu pas que je suis souillé

Que par la fenêtre on m’a jeté !

Et qu’aux branches, je me suis accroché ?

Pourrais-tu m’aider et me délivrer ?”

 Aussitôt, le Corbeau s’envola, peur d’être contaminé…

Et c’est ainsi que le Masque souillé

Resta accroché durant de longues années…

Moralité :

Bien que sur la boîte il soit écrit “jetable”

et que jeter par la fenêtre soit confortable…

Chez toi tu garderas virus et détritus

Ta poubelle tu sortiras, même si ça te semble saugrenu !

—–

à bon entendeur, salut ! 😉

Patrice Meynier : “Il faut toujours faire comme si les gens allaient devenir écrivain”

Les ateliers d’écriture sont légion dans le 14ème arrondissement de Paris. Quoi de plus normal quand on pense que notre arrondissement a abrité ce qui en fut leur lointain prédécesseur : l’atelier du 54 rue du Château, haut lieu du Surréalisme, dans lequel Prévert et ses amis auraient donné le nom de “cadavre exquis” au jeu des petits papiers ? Un siècle plus tard, les ateliers d’écriture font toujours recette. Nous avons rencontré au Losserand Café Patrice Meynier qui en fut un animateur à plein temps pendant vingt ans.

Moment de partage et de fraternisation

C’est à Paris-Ateliers, anciennement ADAC, que Patrice Meynier a exercé entre 1992 et 2012 son activité d’animateur d’ateliers d’écriture. Il a principalement officié en face du Forum104 de la rue de Vaugirard qui est un espace de rencontre culturel et spirituel animé par les Pères Maristes. “Je me suis retrouvé à pratiquer ma discipline en face d’un grand maître bouddhiste dont je partageais les mêmes horaires. Je ne sais pas qui a influencé qui”, se rappelle-t-il avec humour. Il a bénéficié au préalable d’une formation dispensée par les Ateliers d’écriture Elisabeth Bing, une association pionnière du développement des ateliers d’écriture dans notre pays, qui est aujourd’hui fermée et dont il a longtemps été le seul animateur homme. C’est par l’intermédiaire de cette association qu’il a pu exercer ses talents d’animateur d’ateliers d’écriture au CNAM de Paris au contact d’ingénieurs, à l’Université Mohammed-V de Rabat au contact d’étudiants, mais aussi à la Prison de Bois d’Arcy pour des prisonniers ou bien encore chez Renault au bénéfice de salariés. Patrice est en réalité autant un animateur qui met en place les conditions d’une production qu’un formateur qui délivre un retour sur les textes produits en permettant leur modification et leur amélioration ultérieures. “Se contenter de seulement animer un atelier d’écriture n’est pas très compliqué puisqu’il suffit de s’inspirer de propositions dont on peut facilement trouver des exemples sur internet à défaut d’en inventer soi-même, nous précise l’animateur-formateur. La plus galvaudée d’entre elles est le Je me souviens de Georges Perec qui est un magnifique travail de l’écrivain mais sur lequel on peut bien sûr se casser les dents lorsqu’on s’y exerce.” Tout le monde peut d’ailleurs librement s’improviser animateur d’ateliers d’écriture puisque l’activité n’est pas réglementée même s’il en existe des formations universitaires à Strasbourg et à Aix-en-Provence. La formation qui fut un temps délivrée par les Ateliers d’écriture Elisabeth Bing reste malgré tout une référence dont le label constitue un gage de très grande qualité. “Ma conviction est néanmoins que l’on ne peut faire écrire que lorsqu’on écrit soi-même”, nous confie Patrice. C’est pourquoi les meilleurs ateliers sont sans doute ceux des écrivains qui ouvrent le leur propre aux autres en essayant de transmettre leur questionnement et leur recherche sur l’écriture plutôt que délivrer un savoir-faire qui reste personnel et donc un peu arbitraire.” De fait, les ateliers d’écriture qui se tiennent par exemple chez Gallimard constituent de très appréciables compléments de salaire pour les écrivains qui ont du mal à vivre de leur plume mais ne donnent pas forcément à leurs participants un passeport pour être un jour publiés par cette prestigieuse maison d’édition… Car l’écriture est et restera une pratique de terrain, un questionnement et une recherche qui n’est pas susceptible de faire l’objet de cours délivrés ex cathedra. D’où la nécessaire posture de l’animateur délivrant ses propositions à ceux qui participent à ses ateliers. Tel un acteur qui joue un rôle qu’il s’est vu confier, il est le “pôle froid” de sessions pendant lesquelles s’échange beaucoup de chaleur humaine. Car les ateliers d’écriture bien conduits permettent à leurs participants de passer de très bons moments de partage d’expériences parfois intimes qui favorise la désinhibition de l’assistance et la fraternisation au delà des étiquettes sociales ou des clivages politiques. En plus de cet aspect humain que Patrice juge irremplaçable, l’exercice peut aussi amener certains à véritablement prendre goût à l’écriture et faire de cette activité une passion qui viendra habiter leur existence. “Certains finissent même par écrire des livres”, nous assure-t-il. Elisabeth Bing nous donnait d’ailleurs pour exigeant précepte de toujours faire comme si les gens allaient devenir écrivain”.

Les très grandes potentialités des ateliers d’écriture

L’atelier d’écriture répond également à un désir d’expression de la sensibilité et de l’émotion qui a longtemps tout particulièrement pu concerner un public féminin dans la mesure où le désir des hommes se porte lui plus spécifiquement sur la maitrise des techniques de l’écriture. Enfin, de même que pratiquer un instrument de musique, il peut être vécu comme un simple loisir ou un divertissement qui peut, le cas échéant, déboucher sur la création artistique. Même s’il n’en vit plus professionnellement, Patrice est toujours actif dans le 14ème arrondissement dans le cadre d’ateliers d’écriture organisés au Château Ouvrier. C’est d’ailleurs à l’occasion d’un atelier d’écriture de chansons animé par Chantal Grimm au sein de son association des Ecrivants Chanteurs qu’il a rencontré une rédactrice-en-chef travaillant au Figaro qui lui a permis d’y faire un premier stage de rédacteur-réviseur et de commencer à apprendre sur le tas ce qui est devenu son métier actuel. L’utile s’est donc joint à l’agréable pour lui ouvrir les portes d’un secteur dont l’accès reste le plus souvent réservé à celles et ceux qui peuvent bénéficier d’un réseau relationnel personnel. Patrice fait maintenant partie depuis plus de quinze ans de l’équipe de correcteurs du prestigieux quotidien national français qui n’a pas encore fait l’économie de cette fonction back-office longtemps marquée par la culture anarcho-gauchiste des ouvriers réunis au sein du Syndicat du Livre CGT. Nombreuses sont les anecdotes sur les coulisses de l’univers de la presse qui ont de tous temps alimenté les fantasmes des écrivains en herbe. L’ancien animateur d’atelier d’écriture est lui même “écrivant” depuis plus de trente ans. Il a à son actif un roman non publié dont la rédaction lui a procuré énormément de plaisir et de nombreux textes courts et de chansons qui ont été mis et musique et interprétés par une bande d’amis qui se produit notamment à L’Atelier du Verbe, un petit théâtre de la rue Gassendi. Patrice a d’ailleurs gagné le prix d’un concours national de chansons grâce à un texte mis en musique par le pianiste du groupe breton Tri Yann. Ainsi fut créée Coq en toc (cliquez ici) qui lui assure la considérable estime de toute la basse-cour littéraire des Ecrivants Chanteurs du 14ème arrondissement de Paris… “Ecrire permet de bouger dans sa vie, d’apprendre quelque chose et même de donner sens à son existence, conclut Patrice. Car écrire nous fait tout simplement sentir vivant. Les ateliers d’écriture que j’ai préférés animer sont de loin ceux dont les participants ont retiré une utilité pour leur vie personnelle. Ceux-là m’ont rempli de joie et même si ce sentiment n’a été que fugace, il s’approchait sans doute du bonheur…”.
Cliquez ici pour lire les chroniques de Patrice Meynier sur Ventscontraires.net, la revue en ligne du Théâtre du Rond Point.