La parcelle oubliée du royaume de Michèle Leroy

Michèle Leroy devant la statue de Soutine

« C’était un petit jardin / Qui sentait bon le Métropolitain / Qui sentait bon le bassin parisien », chante Jacques Dutronc. S’il est un magnifique petit jardin, c’est bien le square Gaston-Baty sur lequel veille sans relâche Michèle Leroy, présidente de la SSGB (Association pour la Sauvegarde et la Protection du Square Gaston-Baty). Et l’on comprend très bien qu’elle tienne à ce square niché au coeur du Quartier Montparnasse-Raspail comme à la prunelle de ses yeux tant il est en tout point délicieux et charmant. Elle nous en a fait faire la visite circonstanciée ce jeudi 11 août 2022 un peu avant midi. A peine l’enchantement rompu, nous avons évoqué devant un verre au Café La Liberté l’ensemble des questions tournant autour de ce splendide îlot de verdure qui est aussi un puits de lumière et de culture.

Un joyau parisien dans un quartier voué au théâtre et à la culture

Est-il un triangle d’or (autre nom du triangle sacré) sensé développer des énergies, comme l’enseigne le savoir antique ? Evoque-t-il la fertilité universelle ou quelque autre principe féminin, comme le prétendent ceux qui possèdent un certain niveau de connaissances ésotériques ? Toujours est-il que le square Gaston-Baty est de forme triangulaire. Délimité par les rues Poinsot (à l’ouest), Jolivet et du Maine, il a été créé par décret du 2 décembre 1881 sur une surface d’un peu plus de 1000 m2 (1035 m2 très précisément). Il porte le nom de Gaston Baty (1885-1952) en l’honneur de celui qui dirigea entre 1930 et 1943 le théâtre Montparnasse tout proche. Ayant fait l’objet d’une rénovation complète en 2013, il est aujourd’hui planté de tilleuls et de houx taillés en cônes et est équipé d’une aire de jeux pour les enfants qui s’y sentent très en sécurité et dont les cris et les courses égayent les lieux. Sur le côté du triangle qui correspond à la rue du Maine trône une statue en pied, en bronze, du peintre Chaïm Soutine, par Arbit Blatas, datée de 1963 et signée sur le socle. Ont également ces dernières années été adjointes au square une fontaine (suite au vote d’un voeu émis par le conseil de quartier) et une très jolie boite à livres rouge qui ajoutent encore à la magie du lieu. Tout le monde, à vrai dire, aime le square Gaston-Baty. Les habitants du Quartier bien sûr qui y sont très attachés, mais également les personnels de service d’entretien et les jardiniers de la ville qui ont à coeur de le maintenir en très bon état. De toute façon, la SSGB, fondée en mai 2011 par Alain Chauvet, le surveille et le dorlote en permanence. Comme nous le rappelle Michèle, sa nouvelle présidente, l’association s’est donnée pour but « la sauvegarde, la protection et la mise en valeur du square Gaston Baty et de son environnement » (article 2 des statuts). Et Madame la Présidente bataille sans arrêt pour que ce qui est devenu son « pré-carré » puisse être en mesure de continuer à donner le meilleur de lui-même aux habitants du Quartier et à leurs enfants : elle signale le manque d’entretien de ses plantations ; elle se démène pour que le nombre de ses entrées soit réduit de six (!) à trois et que des bancs soient installés en lieu et place de certaines de ses quelque quarante chaises pour permettre le repos des SDF ; elle tente enfin d’organiser une fête annuelle des enfants qui a déjà été réalisée avec succès en 2019.

Michèle devant la nouvelle boîte à livres rouge

La pomme de discorde de la parcelle Gaîté/Jolivet

Mais son principal souci ne se situe pas dans le square Gaston-Baty lui-même, plutôt à sa périphérie est. Il concerne une petite parcelle de terrain actuellement laissée à l’état de friche : la parcelle Gaîté/Jolivet qui fait face au Café Gaîté et n’a pas fini de faire parler d’elle, comme le souligne l’édito du 34ème numéro daté de mars-avril 2022 de La Lettre du Square qui est la publication éditée par la SSGB à 1000 exemplaires environ pour assurer le lien entre l’association et les habitants du Quartier. Que va finalement devenir cette fameuse parcelle ? Elle est à l’origine un terrain privé que la municipalité avait acquis en 2017 par voie d’expropriation en se fondant sur une déclaration d’utilité publique motivée par la réalisation d’un immeuble d’habitation à vocation sociale de cinq étages et vingt-cinq logements assortis d’un local commercial. La SSGB, plébiscitée par les habitants consultés, a pour sa part pendant des années milité pour l’aménagement de cette aire en un espace vert qui se situerait dans le prolongement du square Gaston-Baty. L’idée a fait son chemin auprès des élus puisqu’en 2020, pendant la campagne des municipales, Madame la Maire Carine Petit l’a reprise à son compte. Patatras ! Lors du conseil d’arrondissement de novembre 2021, le projet d’espace vert est abandonné et la réalisation d’un immeuble remise au goût du jour. De format plus modeste que le plan initial, il deviendrait une pension de famille/maison-relais de 25 logements destinée à des personnes seules. La volte-face municipale rompant avec l’engagement pris auprès des électeurs trouverait sa justification dans la prise de conscience tardive de la Mairie que l’ex-propriétaire pourrait se retourner contre elle si elle ne respectait pas les clauses de la déclaration d’utilité publique. Un de ses adjoint s’est efforcé de faire oublier cette bévue en soulignant l’intérêt de l’existence de ce nouveau gîte pour les personnes isolées et précaires qui sont souvent des personnes en grandes difficultés sociales et en mauvaise santé. Par la voix de son représentant, le groupe écologiste s’est estimé piégé dans cette affaire, mais a tout de même approuvé la nouvelle orientation. L’opposition municipale représentée par M. Eric Azière n’a pas été convaincue par l’argumentation mise en avant pour justifier la dérobade municipale. A ses yeux, l’implantation d’une pension de famille à cet endroit serait un véritable sacrilège car elle contribuerait à changer la nature d’un quartier voué à la culture, au théâtre et à l’animation. Au final, une majorité hésitante mais disciplinée a donné son aval au projet et le Conseil de Paris a entériné la décision le mois suivant. La SSGB continue à bien sûr vivement contester ce choix. Elle rappelle que le projet de pension de famille va à l’encontre des engagements pris par tous les représentants des différents groupes du conseil municipal et que l’on ne peut pas prétendre défendre la vision d’une ville accueillante, verte et aérée et en même temps construire sur le moindre espace qui se libère. Alain Chauvet ajoute en guise de conclusion optimiste que l’immeuble en ruine qui a été démoli en 2018 à cet endroit aurait dû l’être dès 1913 (!) et que l’association dispose encore de quelques temps pour fourbir ses armes si la même sage lenteur prévaut toujours à l’Hôtel de Ville… « De grâce, de grâce / Monsieur le promoteur / De grâce, de grâce / Préservez cette grâce / De grâce, de grâce / Monsieur le promoteur / Ne coupez pas mes fleurs. »
Michèle Leroy et Alain Chauvet devant la parcelle de la discorde

Association pour la Sauvegarde et la Protection du Square Gaston-Baty (SSGB) – 10 rue Poinsot 75014 Paris – 01 43 22 60 98 – sauvegarde.square.gb@gmail.com.

2 réflexions au sujet de « La parcelle oubliée du royaume de Michèle Leroy »

  1. J’ai voulu déposer mon chèque pour l’abonnement annuel (parce que j’habite tout près) mais n’ai pas trouvé de boîte à lettres à l’adresse indiquée . Je l’enverrai par poste à mon retour à Paris vers le 15 septembre.
    Excusez moi. Merci pour vos articles et tout ce travail de défense d’un petit coin charmant de Paris. Battons nous aussi ensemble pour que Jolivet/Gaieté ne soit pas construit !!

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