Jade Saint-Paul, peintre autodidacte de Paris, de la Martinique et du monde

Jade devant l’une de ses oeuvres et les magnifiques paysages de la Martinique

S’il y a un point commun entre l’art et l’amour, c’est bien celui du mystère de sa naissance. Il advient alors que rien ne nous y avait vraiment préparé et que l’on se croyait à mille lieux de le rencontrer un jour. Jade Saint-Paul nous en fait l’éclatante démonstration en peignant depuis un an et demi sans jamais avoir reçu aucune formation artistique et en suivant sa seule intuition de créatrice que son métier d’hôtesse de l’air avait jusqu’alors quelque peu contrariée. Le résultat est assez bluffant et n’a pas manqué de susciter l’enthousiasme de ses amis peintres et amateurs d’art qu’elle aime retrouver dans son 14ème arrondissement d’adoption entre deux vols de par le monde. Rencontre à la terrasse du Laurier, le repère des artistes-peintres du Quartier Pernety.

Effet artistique collatéral du Covid-19

C’est après le confinement dû à la pandémie de Covid-19 que, « du jour au lendemain », Jade Saint-Paul s’est mise à peindre. « Ca m’est venu comme ça », se rappelle-t-elle. Sans doute le fréquent contact de ses voisins peintres du Quartier Pernety pendant cette douloureuse épreuve d’enfermement obligatoire y est-il quand même un peu pour quelque chose : celui de Jean-Pierre Torlois, son voisin immédiat de l’immeuble de la rue Bénard où elle habite à l’époque ; celui de Dominique Cros, qui vient très souvent rendre visite à Jean-Pierre ; et celui de Marie-Laure Fadier qu’elle croise également régulièrement sur la Place Flora Tristan lors de salutaires apéros collectifs plus ou moins licites qui ont lieu sur la terrasse vide de tables et de chaises de L’Imprévu. « Sans que je m’en rende vraiment compte, contempler leurs oeuvres et les entendre parler peinture et pastel a provoqué chez moi, quelques mois après, un déclic qui m’a poussé à libérer mon énergie créatrice et les potentialités artistiques que mon métier d’hôtesse de l’air m’avaient longtemps amenées à refouler », témoigne Jade. Elle se souvient toute petite avoir pratiqué la danse classique et de quelques velléités pour rentrer au conservatoire de danse de Montpellier en butte aux exigences de la carrière militaire de son père qui est également musicien et artiste peintre à ses heures perdues et qu’elle va accompagner lors de ses différentes affectations en Afrique. De retour en France, elle entreprend des études littéraires dans le cadre desquelles elle choisit l’option théâtre qu’elle va pratiquer au théâtre Olivier Py d’Orléans. « Je pense que tout cela se rejoint, affirme Jade. Durant le confinement pendant lequel je m’ennuyais énormément puisque j’étais littéralement clouée au sol au même titre que les avions, un ami du Quartier m’a prêté un clavier sur lequel je me suis exercée huit à dix heures par jour ! Mon besoin de m’exprimer artistiquement d’une manière ou d’une autre s’est finalement cristallisé autour de la peinture ». Notre artiste autodidacte choisit alors pour signer ses oeuvres son deuxième prénom, Jade, qu’elle accole au nom de jeune fille de sa mère, Saint-Paul, pour se faire connaître en tant qu’artiste.

Influences africaines dans cette oeuvre « semi-figurative »

Inspiration martiniquaise, parisienne et… mondiale

Jade Saint-Paul affirme n’avoir « aucun plan » lorsqu’elle se met à peindre : « J’ai peut-être des idées de couleurs, mais c’est tout ». C’est donc son inspiration du moment et sa spontanéité guidée par sa seule intuition qu’elle projette sur ses toiles. C’est seulement « après coup » qu’elle réalise qu’elles sont en réalité l’écho de certaines périodes de sa vie ou de choses qu’elle aime et qui ressortent au bout de ses pinceaux sans même qu’elle y pense. « Si j’ai commencé par peindre des choses très colorées, c’est que je vivais en Martinique à cette époque, se rappelle Jade. J’ai été inconsciemment inspirée par les couleurs de la maison dans laquelle j’habitais, aussi bien celles de l’intérieur (plutôt ocres) que celle de l’extérieur (bleu turquoise). J’ai aussi réalisé des toiles qui sont des mélanges de vieux rose, de noir et de beige et je me suis rendu compte que le vieux rose était une réminiscence heureuse du tutu de ma prime jeunesse de danseuse classique. » Telles des madeleines de Proust, les couleurs qu’elle utilise évoquent donc parfois des micro-évènements qui font ressurgir d’heureux souvenirs de son enfance ou de son adolescence itinérantes marquées par les différents pays où elle a vécu au gré des affectations de son père militaire. D’où les influences africaines de certaines de ses oeuvres. Mais sa production artistique est aussi le reflet de son actuel métier d’hôtesse de l’air qui continue à la faire voyager à travers le monde et de son grand écart permanent entre la Martinique et Paris qui sont ses deux lieux de résidence. Jade est un réalité un véritable caméléon dont les couleurs de l’inspiration épousent l’endroit dans lequel elle exprime ses talents de peintre : « Ce que je fais en Martinique est très différent de ce que je fais à Paris qui est plus contemporain, plus épuré et qui n’utilise pas les mêmes couleurs. Et depuis que j’ai eu l’occasion de voir le mur de la Havane, j’aime travailler la texture de la matière que j’utilise, mettre des couches de différentes couleurs et les racler pour leur donner un effet altéré ».

Technique de plus en plus pointue

Sous les encouragements de ses amis peintres du 14ème arrondissement, Jade perfectionne en permanence sa technique et multiplie les tentatives en véritable touche-à-tout de la peinture. « J’ai commencé par faire de l’acrylique et de l’abstrait parce que je pensais ne pas savoir dessiner, se souvient-elle. Puis, j’ai tenté le pastel, ce qui m’a également beaucoup plu. J’ai non seulement testé différents médias, mais également différents supports (papier, papier kraft, papier à aquarelle, papier journal, papier à musique, etc.). Et après la peinture abstraite, je me suis mise au portrait, puis au nu. Quand je vois ce que j’ai produit en autodidacte depuis presqu’un an et demi, je pense que j’ai parcouru par moi-même le chemin d’initiation à la peinture et au dessin que j’aurais pu faire dans le cadre de véritables cours d’art. Aujourd’hui, mon goût est presque déjà formé et je sais ce que j’aime et prends plaisir à faire (travailler la texture, la transparence, etc.) ». Néanmoins, dans le but d’affiner et de préciser encore sa technique, Jade s’est inscrite aux cours des Ateliers des Beaux-Arts de Montparnasse qui débuteront en septembre prochain. Ils l’aideront à surmonter certains blocages qu’elle ressent de temps à autre dans sa progression et aussi à monter en puissance dans ce second souffle artistique de sa vie – mais au risque (bien réel) de brider sa spontanéité… Sans attendre de nouer à cette occasion de nouvelles relations avec les artistes locaux, notre impatiente croqueuse d’art et de vie a déjà exposé au Café culturel Paradol de la Porte de Vanves dans le 14ème arrondissement de Paris et le fera encore en 2023 en Martinique, son autre pays de coeur et d’adoption. Le succès est au rendez-vous puisque Jade a déjà vendu sa première toile à un collectionneur d’art bien connu des Amis de la Place Flora Tristan qui lui ont été d’une très grande aide pour l’aider à déterminer sa cote, et puisqu’elle enregistre également maintenant ses premières commandes. Soulages n’a plus qu’à bien se tenir !

Cliquer ici pour accéder à la page Instagram de Jade Saint Paul.

2 réflexions au sujet de « Jade Saint-Paul, peintre autodidacte de Paris, de la Martinique et du monde »

  1. La démarche artistique de Jade S P est intéressante comme quoi le confinement… le reste est  » affaire  » de goût .
    Encore un joli portrait , bravo Yann !!

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