Evelyne Bouëtel, amoureuse passionnée des mots

Evelyne, pilote d’avion : « Souvent, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot » (Balzac)

D’Evelyne Bouëtel et moi, qui est le plus amoureux ? Des mots, bien sûr ! Car Evelyne est en réalité pour moi une seconde maman, une marraine du Quartier à tout le moins. Elle repère les fautes d’orthographe et de syntaxe de mes articles et me permet de les corriger, elle me présente à de nouveaux personnages du Quartier pour les interviewer, elle me mâche le travail de rédaction de cet article en écrivant un texte bien plus intéressant dont vous ne pourrez bénéficier ici que de morceaux choisis, et elle va même jusqu’à m’affubler d’un nouveau nom : Tonneau Brouilly qui est l’anagramme exacte de Yann Boutouiller. Décidemment, on n’échappe pas à son destin ! Interview très poussée chez notre cher ami commun, Yves Marius André dit Gallas.

Itinéraire du dictionnaire Larousse à la page Facebook

Déjà toute petite, Evelyne Bouëtel aime les mots : la poésie, les dictées, l’orthographe et la grammaire. Elle n’est pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche et aucun livre ne traine à la maison, juste un quotidien ça et là dont le peu enviable sort sera de finir dans les toilettes au fond du jardin. Les distractions sont rares : la radio qui diffuse ses feuilletons à l’heure du dîner, des airs d’accordéon le dimanche matin et, les jours de chance, les sketchs de Pierre Dac et de Francis Blanche. Internet n’existe pas encore quand on lui offre son premier dictionnaire Larousse à l’âge de dix ans pour son entrée en 6ème. Evelyne décide d’arrêter ses études très tôt. Après la mort de son père, le BEPC en poche, elle prépare un BEP de sténo-dactylo correspondancière qui lui fait saisir l’essence commune des mots et des signes. Elle quitte son village d’Echouboulains en Seine-et-Marne à l’âge de 17 ans aspirée par Paris qui offre du travail. La radio toujours lui fait découvrir Pierre Desproges et Raymond Devos, deux magiciens des mots et des jeux de mots. Après 20 ans passés dans le 20ème arrondissement, Evelyne atterrit un peu par hasard dans le 14ème où elle réside depuis aujourd’hui 30 ans quelque part entre l’impasse Florimont, la rue Hippolyte Maindron et la rue du Château, des lieux hantés par le souvenir de Georges Brassens, de Giacometti et des artistes surréalistes. Baignant dans le 14ème artistique, elle se familiarise bientôt avec les livres et se tourne naturellement vers les poètes, les linguistes et les lexicologues, mais aussi les photographes, les sculpteurs et les peintres. Elle écume les expositions et les concerts, et suscite des rencontres – y compris sur les réseaux sociaux par la grâce desquels Claude Duneton, le célèbre auteur de Parler Croquant et de La Puce à l’oreille, va entrer dans sa vie. Ayant lu plusieurs de ses ouvrages et s’étant régalée de ses chroniques dans Le Figaro, elle décide en effet de lui consacrer une page Facebook après en avoir obtenu son accord par l’entremise d’un de ses amis ardennais chroniqueur à L’Avenir. L’écrivain et historien du langage, qui est totalement étranger à l’univers de l’informatique et du numérique, est à la fois très heureux et amusé de cette initiative. Les deux amoureux des mots sont sur le point de se rencontrer dans le pied-à-terre parisien de l’écrivain quand ce dernier est hospitalisé à Lille avant de décéder en 2012.

Au salon « Facebouquins » de 2009 avec Edith

De continuelles rencontres autour des mots

Alexandre Vialatte,  l’écrivain et traducteur de Kafka qui est aussi chroniqueur à La Montagne, fait également partie du Panthéon personnel d’Evelyne qui s’intéresse par ailleurs beaucoup à la généalogie en écoutant assidument l’émission de Jean-Louis Beaucarnot, l’auteur de Laissons parler les noms, sur Europe 1. Sur Geneanet, elle découvre le dictionnaire des noms de famille de Jean Tosti, une passionnante étude de la signification des patronymes. Elle apprend à cette occasion que Bouëtel est d’origine bretonne et signifie « boiteux » ou, au choix, « gardien de boeufs » ! Grâce à internet et aux réseaux sociaux, elle fait la découverte de nouveaux endroits dans le 14ème arrondissement et alentour : Le Magique de Marc et Martine Havet rue de Gergovie et surtout le Forum Léo Ferré d’Ivry-sur-Seine qui promeut des artistes peu médiatisés tels Yvan Dautin, Louis Capart, Gilbert Laffaille ou bien encore Michel Bülher. Elle y croise un jour Anne Sylvestre en compagnie de Matthias Vincenot, un jeune poète très prolifique qui organise des soirées Poésies et Chansons à la Sorbonne et plusieurs autres manifestations à Paris et en province où se retrouvent de nombreux artistes de talent. Une autre fois, elle rencontre à l’occasion d’une lecture à L’Entrepôt Simone Hérault, la voix de la SNCF et l’une des voix de FIP qui a également fondé Lire Autrement, la Compagnie de lecture publique. Evelyne n’en délaisse pas pour autant la radio en restant une grande fidèle des Papous dans la tête, l’émission de France Culture animée par Françoise Treussard, et également des chroniques du lexicologue Jean Pruvost sur France Bleu qu’elle aime aussi retrouver sur le site internet du Figaro. En 2009, elle décide d’aller à la rencontre d’Edith qui a initié le premier salon Facebouquins et est l’auteure du dico des gros mots cachés dans les mots. Ce ne sont pourtant pas les gros mots qui sont ceux avec lesquels Evelyne aime le plus jouer. Elle leur en préfère d’autres comme « hirondelle » et, de même qu’Anne Sylvestre, « coquelicot » et « libellule ». A l’exclusion toutefois du mot « retraite » (dont l’anagramme est « artérite »…) quand bien même la retraite lui a fait découvrir les joies du Scrabble qu’elle pratique tous les jeudis à 14h30 à l’Espace Maindron dans le cadre du Club Seniors de l’association Florimont animé par Danièle Rack. Elle y joue depuis aujourd’hui cinq ans au sein d’un petit club d’amatrices très férues de ce pacifique divertissement. Et pour la seconde fois cette année, elle a participé à la Fête mondiale du jeu qui s’est déroulée Place de la Garenne en face du Moulin à Café. Un nécessaire exutoire après un très ennuyeux confinement pendant lequel Evelyne n’est pourtant pas restée inactive puisqu’elle s’est attelée à la création de grilles de mots casés pour différentes associations et également à la parodie de refrains de chansons et de fables de La Fontaine dont celle du Masque et du Corbeau qu’elle a conçue en observant de sa fenêtre un corbeau visiblement complètement fasciné par un masque accroché aux branches d’un arbre. Gare aux vers boiteux !

LE MASQUE ET LE CORBEAU

Dans ma cité, sur un arbre, haut perché,

Un Corbeau intrigué par un objet bleuté,

Tint ce langage, à peu près :

« Hé ! Bonjour bel objet, seriez-vous un Masque ?

Que vous êtes joli ! peut-être un peu fantasque…

Sans mentir, si votre dérapage  

Se rapporte à votre fuselage   

Vous êtes le champion de l’atterrissage . »

A ces mots le Masque répondit :

« Que nenni ! Ne vois-tu pas que je suis souillé

Que par la fenêtre on m’a jeté !

Et qu’aux branches, je me suis accroché ?

Pourrais-tu m’aider et me délivrer ? »

 Aussitôt, le Corbeau s’envola, peur d’être contaminé…

Et c’est ainsi que le Masque souillé

Resta accroché durant de longues années…

Moralité :

Bien que sur la boîte il soit écrit « jetable »

et que jeter par la fenêtre soit confortable…

Chez toi tu garderas virus et détritus

Ta poubelle tu sortiras, même si ça te semble saugrenu !

—–

à bon entendeur, salut ! 😉

2 réflexions au sujet de « Evelyne Bouëtel, amoureuse passionnée des mots »

  1. Très belle description sur les passions de Evelyne dans le monde du verbe et l’âme de la poésie pour conclure sur la fable du corbeau dont la sentence est sans appel

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