Bruno Sauteron, un médecin rattrapé par son rêve humanitaire

« On n’échappe à rien pas même à ses fuites », chante Jean-Jacques Goldman dans On ira. Bruno Sauteron y est allé, lui : sept mois en mission au Burundi pour Médecins Sans Frontières il y a tout juste vingt ans. Le médecin généraliste qui a son cabinet aux limites des 14ème et 15ème arrondissements de Paris revient sur cette expérience fondatrice de son engagement professionnel dans un livre publié aux Editions L’Harmattan. Nous avons lu Une saison à Makamba et pu interviewer son auteur.

Le parfum et les couleurs de l’aventure

En 2002, Bruno Sauteron, qui n’est pas encore « Docteur Sauteron » mais un jeune infirmier de vingt cinq ans qui a déjà passé deux ans dans les blocs opératoires parisiens, a des rêves d’aventure et d’engagement au service des plus démunis plein la tête. Après avoir poussé en vain les portes d’Action Contre la Faim et de Médecins du Monde, il est finalement recruté par Médecins Sans Frontières qui recherche un infirmier de bloc opératoire dans le cadre d’une mission chirurgicale au Burundi. Le petit pays d’Afrique de l’Est qui partage sa frontière du nord avec le Rwanda où a eu lieu huit ans auparavant le terrible génocide des Tutsi par les Hutu est alors en pleine guerre civile. Une saison à Makamba raconte par le menu l’expérience vécue par Bruno, du départ de Roissy au retour au pays sept mois plus tard. On y croise le Dr Jean-Hervé Bradol, le président de la section française de MSF, avec lequel Bruno aura le privilège d’effectuer une partie de son voyage aller, mais aussi et surtout ses collègues de mission à l’hôpital de Makamba et bien sûr les patients locaux qu’il sera amenés à soigner. On y mesure le décalage existant entre la médecine occidentale et la médecine humanitaire dans un pays en guerre où la perception de la maladie et de la vie en général n’est pas du tout la même. Les anecdotes se succèdent tout au long du récit constitué de 46 courts chapitres très dépaysants. Il a fallu à Bruno ne pas se laisser intimider lorsque qu’il constate à son arrivée à la maison MSF qui l’héberge qu’un mur a été criblé de balles… Quand aux maladies soignées, elles sont bien sûr très différentes en Europe et en Afrique où prévalent les maladies infectieuses au premier rang desquelles le paludisme, le VIH, la tuberculose et également la malnutrition qui est le premier problème rencontré par les enfants. Il lui est même arrivé de soigner, avec grand succès !, un homme mordu par un crocodile et, avec malheureusement moins de succès, un homme tombé d’un avocatier. Le rapport aux soins paraitrait également bien « exotique » à un Français bénéficiant de la Sécurité Sociale dans un pays où les patients peuvent aller jusqu’à vendre leur maison voire s’endetter à l’échelle d’une vie, ou pire transmettre leur dette à leurs enfants, pour arriver à les payer. Même si MSF a pour principe de soigner tout le monde gratuitement en fournissant à titre gracieux médicaments et personnels, la réalité du Burundi est bien différente, dont les hôpitaux peuvent garder prisonniers les patients non solvables tant que leur dette n’a pas été acquittée par leur entourage…

« To be or not toubib »

Bruno Sauteron parvient à nous émouvoir au récit des souffrances de Jeanne, la jeune femme de vingt ans qui va mourir du SIDA, et à nous faire rire de bon coeur à l’évocation des « pitoyables efforts » déployés par l’équipe médicale pour reproduire les chorégraphies locales que maîtrisent déjà très bien les enfants de l’orphelinat, lors de goûters géants organisés à la maison MSF. On comprend qu’il ait pu laisser une partie de lui-même à Makamba, quels que soient les risques qu’il ait pu prendre à l’occasion de cette mission. Dans « To be or not toubib », l’avant-dernier chapitre de son livre, Bruno revit les tiraillements qui ont été les siens au terme de sa mission humanitaire au Burundi : « Je savais que je ne serais jamais à même de consulter par moi-même si je suivais la voie humanitaire. Et surtout toute cette belle expérience n’aurait de valeur que dans le monde de la médecine humanitaire. Dès lors que je rentrerai à Paris, telle Cendrillon perdant ses beaux habits, je retrouverai la condition d’un infirmier lambda, sans aucune considération pour les postes à responsabilité occupés et toute l’expérience acquise. Il aurait fallu faire le pari que MSF me plairait encore trente ans après, choisir définitivement une carrière centrée sur l’étranger dans des conditions difficiles. Devenir dans la durée « un homme aux semelles de vents » ». Encouragé par ses parents, Bruno choisira finalement de se réinscrire en médecine pour devenir médecin généraliste. Pourtant, vingt ans plus tard, qui est vraiment l’homme sérieux et respectable assis derrière le bureau de son cabinet du quatorzième arrondissement ? Quel aventurier se cache derrière le professionnel qui vous rappelle (gentiment) que vous êtes priés de porter votre masque pendant la consultation ? On le devine un peu nostalgique de ses aventures passées même s’il admet avoir grand peine à envisager repartir aujourd’hui en Haïti ou en Ukraine. « On ne peut pas avoir toutes les vies ! », nous lâche-t-il en guise de conclusion. « On n’échappe à rien pas même à ses fuites ». La preuve : un livre !

Une saison à Makamba, récit d’une mission au Burundi avec Médecins Sans Frontières, aux Editions L’Harmattan dans la collection Ecrire l’Afrique, 149 pages, 16 euros (cliquez ici pour commander le livre).

Une réflexion sur « Bruno Sauteron, un médecin rattrapé par son rêve humanitaire »

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