La rue de l’Ouest exhale un parfum des années 80

La plaque “Mauvais Sang” de Jean-François Caillarec (photo C. Degoutte)

Les “artivistes du 14ème” ont encore frappé ! Jean-François Caillarec et Claude Degoutte n’ont eu aucun mal à convaincre la très charmante opticienne de Ouest Optic situé au 23 de la rue de l’Ouest du bien-fondé de leur entreprise visant à illustrer la plaque de rue qui orne la façade de sa boutique. Le 23 rue de l’Ouest, qui est un des seuls immeubles de la rue à avoir survécu à la rénovation immobilière des années 70-80, marque en effet le point de départ de la cultissime séquence du film Mauvais sang réalisé par Léos Carax en 1986 où l’on voit Denis Lavant s’élancer dans une course haletante et enfiévrée le long des palissades de chantier de la rue au son de Modern Love, la non moins cultissime chanson de David Bowie.

Tout comme celle du 54 de la rue du Château, la nouvelle plaque de rue illustrée posée par Jean-François Caillarec est agrémentée d’un site internet explicatif réalisé par Claude Degoutte qui donnera aux curieux toutes les informations utiles pour notamment comprendre le contexte de cet hommage cinématographique in situ (cliquer ici).

Photo C. Degoutte

Rappelons également que dans son livre intitulé “Il était une fois dans (la rue de) l’Ouest”, Gérard Brunschwig raconte l’épopée des habitants de Pernety qui, entre 1973 et 1982, se sont mobilisés contre le projet de rénovation immobilière de leur quartier promis à la démolition. Si cet héroïque combat collectif de résistance permit de préserver une soixantaine d’immeubles, très nombreuses furent les destructions de bâtiments dont témoignent notamment les photos de Daniel Chenot. Cette séquence du film Mauvais sang réalisé par Léos Carax au milieu des années 80 immortalise les palissades installées le long de la rue de l’Ouest le temps des travaux de rénovation. D’autres oeuvres de street-art, dont notamment Les expulsés d’Ernest Pignon-Ernest réalisée quelques années plus tôt dans la même rue, ont évoqué cette période marquante de l’histoire du Quartier Pernety.

“Les expulsés” d’Ernest Pignon-Ernest (photo C. Degoutte)

bad beu sur les traces de la “génération perdue”

bad et ses deux nouveaux carreaux (photo C. Degoutte)

Après Jean-François Caillarec, c’est Stéphane Malherbe, alias bad beu, qui remonte le temps pour mettre l’art urbain à l’heure des Années folles de Montparnasse. Avec la complicité de Claude Degoutte, le grand manitou du street art in situ, il rend hommage à la “génération perdue”, ce mouvement d’écrivains américains qui se sont exilés à Paris au début du siècle dernier après avoir participé à la Première Guerre mondiale. Au printemps 1925, la fameuse première rencontre entre Hemingway et Scott Fitzgerald relatée dans Paris est une fête a lieu au Dingo Bar (aujourd’hui Auberge de Venise) situé au 10 rue Delambre à deux pas du Carrefour Vavin (aujourd’hui place Pablo Picasso). bad beu a réalisé deux carreaux pour immortaliser cet évènement littéraire de tout premier ordre.

Naissance d’une amitié critique et affectueuse

Dans Paris est une fête qui est considéré comme l’un de ses chefs-d’oeuvre, Ernest Hemingway raconte ses jeunes années d’écrivain désargenté à Paris dans les années 1920, les Années folles de Montparnasse. Beaucoup de Britanniques et d’Américains de Paris se donnent rendez-vous au Dingo American Bar and Restaurant tenu par Louis Wilson et sa femme au 10 de la rue Delambre. Un jour de désoeuvrement du printemps 1925, alors qu’il s’inflige la compagnie de “quelques individus totalement dépourvus d’intérêt” (!), Hemingway y rencontre Scott Fitzgerald, l’auteur de Gatsby le magnifique et chef de file de la “lost generation”, qui est celui qui lancera sa carrière d’écrivain. C’est le début de la longue “amitié critique et affectueuse” liant les deux géants de la littérature américaine que l’on se devait bien d’immortaliser in situ cent ans plus tard par le moyen d’une oeuvre de street art. Sur la suggestion de Claude Degoutte, bad beu n’a pas hésité à s’y coller en réalisant pas moins de deux carreaux très colorés – qui attendront toutefois un peu avant d’être collés… Le premier dédié à Hemingway a été acquis par le nouveau propriétaire du restaurant qui lui réservera sans doute une place d’honneur au bar (resté d’origine) en ayant bien à l’esprit que le Prix Nobel de Littérature y inventa certains des nombreux cocktails décrits dans ses romans dont le fameux Long Island Iced Tea. Le second dédié à Scott Fitzgerald s’inscrit dans le projet global intitulé “rue des petits carreaux” porté par les deux complices de l’in situ dont l’objectif est de faire connaître aux Parisiens les endroits où vécurent certaines personnalités marquantes en rebaptisant symboliquement les rues de leur nom. Un carreau “Rue Scott” sera donc collé à l’extérieur du restaurant une fois que la peinture y aura été refaite. Courant été 2024 si tout va bien…

Photo C. Degoutte
Photo C. Degoutte

Cliquez ici pour accéder au site de l’Auberge de Venise.

Le Montparnasse illustré de Jean-François Caillarec

Photo C. Degoutte

Chose promise, chose due ! Jean-François Caillarec a déjà pris les devants de la célébration du centenaire des Années folles de Montparnasse en posant quatre nouvelles plaques de rue illustrées à quelques endroits bien connus des habitants du Quartier curieux d’histoire et de culture. C’est ainsi que la rue Campagne-Première, la place Pablo Picasso et la place Joséphine Baker se sont vues honorées des oeuvres de l’artiste urbain resté fidèle à son souci de diffuser l’art et la culture à destination du plus grand nombre. Petite revue de détail.

Noire et Blanche de Man Ray, rue Campagne-Première

Kiki de Montparnasse est sans doute l’une des figures les plus emblématiques de la très foisonnante époque des Années folles. Fin 1921, elle devient l’amante de Man Ray, le célèbre peintre et photographe américain dont elle sera la muse durant sept ans. Après avoir séjourné à l’hôtel Istria, au 29 rue Campagne-Première, les deux amoureux emménagent dans le bâtiment voisin, au 31 bis. Jean-François Caillarec rend hommage à ce couple mythique des années 20 en apposant à l’angle de la rue Campagne-Première et du boulevard Montparnasse une très belle plaque de rue illustrée par Noire et Blanche de Man Ray, un magnifique portrait photographique réalisé en 1926 représentant Kiki de Montparnasse qui tient près d’elle un masque d’art africain traditionnel.

Photo C. Degoutte

Les Demoiselles d’Avignon, place Pablo Picasso

Combien de Quatorziens connaissent la Place Pablo Picasso ? Mitoyenne des 6ème et 14ème arrondissements, elle correspond à ce que l’on appelait jadis le “Carrefour Vavin” situé à l’angle des boulevards Montparnasse et Raspail. Flanqué des célèbres brasseries du Dôme et de La Rotonde, ce fameux carrefour était le centre névralgique de la très bouillonnante animation artistique et culturelle des Années folles.  Il n’y a à vrai dire qu’une seule plaque de rue qui indique l’emplacement de la place Pablo Picasso, et elle est justement située dans le 14ème arrondissement à quelques mètres du Dôme. L’occasion était trop belle et Jean-François Caillarec n’a pas résisté à la tentation de l’illustrer avec une reproduction des Demoiselles d’Avignon, l’une des plus célèbres oeuvres du génial peintre espagnol et qui est considérée comme l’un des tableaux les plus importants de l’histoire de la peinture.

Photo C. Degoutte

Joséphine Baker, place… Joséphine Baker

Egalement située au coeur du Quartier Montparnasse, au croisement de la rue Poinsot, de la rue Jolivet et du boulevard Edgar-Quinet, la place Joséphine Baker a été inaugurée en 2000 pour célébrer la mémoire de la chanteuse et artiste de music-hall entrée au Panthéon il y a trois ans, en même temps qu’était sous-titrée de son nom la toute proche station de métro Gaîté. Jean-François Caillarec ne lésine pas non plus sur les moyens de lui rendre hommage en lui consacrant pas moins de deux plaques de rue illustrées, la première la représentant en compagnie de son célèbre guépard et la seconde en tenue de scène. Toutes ces oeuvres du street artist sont à découvrir à l’occasion de vos balades dans le Quartier dont la richesse culturelle est tellement grande qu’il mériterait en réalité de voir toutes ses plaques de rue revisitées par Jean-François. Ce dernier n’a sans doute pas dit son dernier mot et nous réserve peut-être encore d’autres surprises pour dignement honorer le centenaire des Années folles de Montparnasse.

Photo C. Degoutte

Une soirée 100% inoubliable qui couronne un chemin de croix !

Photo-montage E. Bouëtel

Alors que la perspective d’une célébration du centenaire des Années folles de Montparnasse ne semble pour l’instant pas susciter l’enthousiasme des foules, l’association Pernety 14 fêtait beaucoup plus modestement le 26 avril dernier le centième article mis en ligne sur le blog de quartier qu’elle anime. Ceci est mon 100 ! a réuni au bar-restaurant Le Laurier une cinquantaine de personnes qui, pour la majorité d’entre elles, avaient bien voulu se prêter au jeu de l’interview-portrait depuis le lancement du site au début de 2017.

Sept ans de bonheur

On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Le président de Pernety 14 n’a pas craint de verser dans l’autosatisfaction en prononçant un discours à sa propre gloire dans le lieu même où s’est déroulée la plupart des interviews qui ont donné matière à la rédaction de portraits ou d’articles de journalisme local. Après les remerciements d’usage à tous les participants, notamment à celles et ceux (Evelyne Bouëtel, Colette Desage, Marie Burgat et Claude Degoutte) qui ont servi d’intermédiaires ou de catalyseurs pour toutes les rencontres qui ont pu déboucher sur des articles, un hommage a été rendu aux interviewés aujourd’hui disparus (Vincent Luccarini, Michel Bülher, Bernard Zitoune, Roland Erguy et Basile Pachkov). “J’ai commencé ce blog il y a sept ans en 2017, a déclaré Yann un peu ému. Ce ne fut pas sept ans de malheur, mais de très grand plaisir. Pendant sept ans, je suis sorti de moi-même pour aller vers les autres, ce qui n’a pas toujours été facile pour quelqu’un de naturellement timide et d’un peu sauvage comme moi. Cela m’a appris que dans la vie c’est la motivation qui fait tout. Je ne me croyais pas capable de faire ce que j’ai fait (aller frapper à la porte des inconnus notamment), et pourtant je l’ai fait ! Cela m’a également permis d’apprendre une foultitude de choses (comment me comporter avec les gens, comment m’adapter à eux, etc.) et d’acquérir une confiance en moi qui m’est aujourd’hui très utile.” Ou comment un chemin de croix peut-il se transformer en un chemin de roses…

Photo-montage E. Bouëtel

Une résurrection par le journalisme local

Non, Yann ne se prend pas pour Jésus… Pourtant, c’est à une véritable résurrection par le journalisme local (que pratiquait feu son Papa) que les Pernetiens ont pu assister ces dernières années. Les natifs du Scorpion, qui sont tous très familiers du cycle de la mort et de la renaissance, ne s’étonneront pas outre mesure de l’avoir vu renaître sous le signe du don de soi puisque la Providence l’a au moins (O-) gratifié de la chance d’être donneur universel de sang. Donner pour recevoir aussi. Car, continue-t-il, “Je me suis rendu compte de l’extrême richesse de notre environnement immédiat et c’est vrai qu’il y a quelque chose d’un peu dérisoire à entreprendre un blog de portraits à mesure que l’on prend conscience qu’il y a une mine d’or dans chaque individu. Mais le faire m’a permis de travailler sur l’humilité et d’approfondir le respect que l’on se doit de manifester vis-à-vis de tous. Je suis en tout cas aujourd’hui complètement convaincu que tous mes voisins ont du talent. Si certains ont pu me reprocher d’écrire des articles un peu trop bienveillants, voire même “complaisants”, je peux vous assurer que c’est toujours avec le même enthousiasme que j’ai rencontré les personnes à qui j’ai consacré mon temps. Peut-être que j’en fais parfois un peu trop car cela fait partie de ma personnalité, mais c’est toujours avec la même sincérité que j’ai cherché à extraire le meilleur de chacun.” Cette activité lui aura aussi permis de pratiquer le travail en équipe, notamment avec Jean-François Caillarec et Claude Degoutte pour former la dream team des “artivistes du 14ème”. “Travailler en équipe n’est jamais facile, surtout quand on a une forte personnalité, parce qu’on ne peut évidemment jamais être d’accord sur tout”, témoigne le président de Pernety 14. L’intrépide reporter de quartier envisage aujourd’hui de mettre la pédale douce sur le journalisme local car l’enthousiasme du départ s’est un peu émoussé et parce qu’il ne voudrait surtout pas commencer à lasser son public. Le blog restera probablement ouvert mais sans être alimenté d’articles – sauf coups de cœur incontrôlables. Ainsi soit-il.

Une foule en délire… (photo-montage E. Bouëtel)

Le Conseil de Quartier amorce la célébration du centenaire des Années folles de Montparnasse

La prochaine réunion plénière du Conseil de Quartier Montparnasse-Raspail commencera demain mardi 27 février à 19 heures (*) par une évocation de ce en quoi pourrait consister la célébration du centenaire des Années folles de Montparnasse. Deux Quatorziens déjà très actifs sur le sujet proposeront à l’assistance en guise de mise en bouche la pose dès cette année de plusieurs plaques de rue illustrées rendant hommage à quelques gloires qui hantèrent le Quartier Montparnasse il y a cent ans. Voici un avant-goût de cette amorce de célébration à laquelle tous les habitants du Quartier sont conviés.

Un centenaire à célébrer dignement par tous les Quatorziens

Nombreux sont les initiés qui ont en réalité déjà anticipé les évènements à venir qu’il reste à organiser. Plusieurs maisons d’édition du 14ème arrondissement et d’ailleurs ont sorti de très beaux livres sur le Montparnasse des Années Folles qui était il y a un siècle la capitale artistique et culturelle du monde. Ainsi d’Albin Michel, la maison d’édition de la rue Huyghens, qui a publié en novembre 2022 la monumentale étude de Mathyeu Le Bal intitulée Montparnasse, quand Paris éclairait le monde. Plus récemment, les éditions Séguier ont entrepris de publier sous le titre Bandes de Génies, Mémoires du Montparnasse des Années folles la traduction des mémoires de Robert McAlmon, un romancier, poète et éditeur américain qui s’est installé à Paris en 1921. En vérité, les livres sur Montparnasse envahissent chaque jour les librairies, les musées, les centres d’art, chaque auteur se concentrant sur une petite spécificité de ce quartier sans limites. C’est pourquoi il y a sans nul doute matière à organiser dans les mois ou années à venir avec la Mairie de Paris un très beau salon du livre réunissant tout ou partie des auteurs et éditeurs qui ont consacré leur(s) ouvrage(s) à un quartier dont l’histoire n’aura jamais fini de se révéler. Une autre manière de revivre cette époque peut consister à visionner l’un des nombreux films qui la célèbrent comme, par exemples, Montparnasse 19 de Jacques Becker (1958), Modigliani de Mick Davis (2004) ou encore l’un des deux films de la dernière décennie consacrés à Kiki de Montparnasse. L’endroit idéal pour la projection de ces films serait alors évidemment le cinéma d’art et essai des 7 Parnassiens situé à deux pas du Carrefour Vavin qui était le centre névralgique de la bouillonnante animation artistique et culturelle de l’époque. Pour faire le lien avec les artistes d’aujourd’hui, on pourrait également, par exemple, envisager la possibilité de fresques commémoratives réalisées par les artistes-peintres du Marché de la Création Edgar Quinet dont l’ancêtre est le Marché aux navets. Tout cela reste bien sûr à déterminer et à organiser avec l’accord et le concours des autorités municipales et des associations parties prenantes. Pour l’heure et pour amorcer les évènements à venir, l’artiste urbain du 14ème arrondissement Jean-François Caillarec propose de continuer sur le boulevard Montparnasse son très beau travail de pose de plaques de rue illustrées rendant hommage à celles et ceux qui sont restés dans la mémoire collective des figures emblématiques des Années Folles : Kiki de Montparnasse photographiée par Man Ray rue Campagne Première, Joséphine Baker au n° 94 du boulevard, Pablo Picasso au Carrefour Vavin rebaptisé place Pablo Picasso, et peut-être d’autres encore ? Nous vous invitons très vivement à venir participer à la réunion plénière du Conseil de Quartier Montparnasse-Raspail de ce mardi soir pour en accentuer plus encore le caractère interactif et participatif et contribuer dès à présent à la préparation de la célébration d’un centenaire qui pourrait être une formidable fête. Paris n’est-elle pas une fête ?

(*) La réunion plénière du Conseil de Quartier Montparnasse-Raspail du mardi 27 février 2024 se tiendra à l’école élémentaire publique du 24 rue Delambre entre 19 et 21 heures.

Les Very Good PING (Pernety Inventive News Gags) de BADUS

2ème édition Very Bad Ping – Premier Set

Vingt-cinq ans après la publication des premières planches de la série Vert & Revers, le Pernetien Baptiste Dussart alias BADUS réinvente le tennis de table en bandes dessinées en sortant Very Bad Ping – Premier Set. Nul doute que l’album, qui vient juste d’être réédité, ne fera pas seulement rire les accros d’un sport qui reste assez peu médiatisé malgré les exploits des pongistes français tout récemment sacrés vice-champions du monde par équipe. Nous avons rencontré BADUS au bar-restaurant Le Laurier comme prélude à une fort sympathique plongée dans le très chaleureux univers du ping amateur.

Le long accouchement du projet de deux passionnés de ping

C’est avec une humilité toute bretonne que le brestois BADUS, aujourd’hui quarantenaire, nous conte l’histoire de Very Bad Ping des origines à aujourd’hui. Début 1998 à Brest, deux camarades de club, LAST (déjà au dessin) et LANO (au scénario), créent la série Vert et Revers dont une dizaine de planches sont publiées dans le Journal de Mickey ainsi que dans France Tennis de Table, le magazine de la Fédé, et dans Le Violon Dingue, une revue de bandes dessinées brestoise. Après dix-huit ans (!) de mise en sommeil, le projet d’album renait en avril 2016 à l’occasion des Championnats de France de tennis de table à Brest qui  permettent à BADUS de rencontrer LAST et de lui proposer une dizaine de nouveaux scénarios. “Même si l’ambiance générale et la plupart des personnages d’origine sont réutilisés, les décors, matériels, situations et autres dialogues ont été réactualisés et retravaillés”, nous précise BADUS dont les ancien et nouveaux  personnages forment “la fumeuse équipe de départementale 4 du club de Villemoizy Tennis de Table“. Tous les dessins des presque 50 planches, qui constituent autant de gags revisités ou imaginés par BADUS, sont réalisés par LAST qui participe également au storyboard de ces différentes planches mettant en scène les joyeux Gaston Lagaffe du ping-pong : Jean-Marque Sinque, le bourrin ultra-motivé ; Roland Titaupe, l’intello stratège relou ; Yann Zaka, le flemmard à haut potentiel ; Jérémie Hacotet, le nullos mais gentil ; Bertrand Wog, le vendeur bricolo-geek ; la pimpante Marcelle Leite, copine de Jean-Marc ; et enfin Raoul Plomb, le copain de personne.

BADUS (Baptiste Dussart) avec LAST (Stéphane Larreur)

Plongée dans l’univers des passionnés de ping

Nous n’imaginions pas qu’il pouvait se passer autant de choses autour d’une table de ping-pong. Nous pensions naïvement que le tennis de table, c’était avant tout remettre la balle sur la table (“Les bases”, page 10). Pas du tout ! Le ping, même amateur, c’est beaucoup de technique (“Effet rétro”, page 4 ; “Dans ma bulle”, page 5), du bon matériel aimablement fourni – contre espèces sonnantes et trébuchantes, bien sûr – par Betrand Wog, le vendeur attitré (“Du lourd”, page 15 ; “Shop-Ping”, page 27), mais aussi beaucoup de mental ( “Dans ma bulle”, page 5 ; “Exutoire”, page 34). Et puis, nous découvrons également que, comme au rugby, aucun tournoi de ping ne peut se concevoir sans une digne troisième mi-temps autour du PPVR (Pain-Pâté-Vin rouge) qui est le casse-croûte institutionnel d’après-match (“PPVR”, page 16 ; “Bon appétit”, page 23). Mais le ping ça reste avant tout une passion (“Romantique”, page 3 ; “Fifty-Fifty”, page 21) qui vous dévore au point parfois de vous faire faire des cauchemars (“Shoot’n Pong Ultimate Fight”, page 24) ou bien d’y consacrer toutes vos vacances (“Carpe Diem”, page 45 ; “Plagiste”, page 46). Pourtant, ce sport continue de souffrir d’un déficit d’image (“Son et image”, page 22) et les valeureux pongistes peinent toujours à faire rêver en faisant valoir leurs qualités et leurs exploits sportifs (“Midinette”, page 29). Gageons que BADUS et LAST sauront, tout autant que l’équipe de France par équipe aujourd’hui vice-championne du monde, retourner la tendance avec ce très sympathique album de bandes dessinées qui est leur bébé du début à la fin puisqu’ils en sont les éditeurs autant que les auteurs. Préfacé par Gilles Erb, Président de la Fédération Française de Tennis de Table et par les frères Alexis et Félix Lebrun, respectivement Champion et Vice-Champion de France 2023, il est une plongée humoristique dans l’univers très attachant des pongistes amateurs où les jurons volent autant que les raquettes.

Very Bad Ping – Premier Set (2ème édition) aux Editions Paris-Lambé, 15 euros. Cliquez ici pour commander votre album.

Le Ping Passion

Degré, la cave rock indé du 22 rue des Plantes

C’est le coup de coeur de Pernety 14 en ce début d’année 2024 ! Depuis 11 mois déjà, Sacha Rosenberg fait monter la température du 14ème arrondissement avec Degré, une nouvelle cave indépendante qui va donner un terrible coup de vieux à un gros paquet de ses concurrentes. Un îlot de neuf mètres carrés de liberté et de créativité au 22 rue des Plantes dans le Quartier Pernety : It’s Only Rock’n Roll (But We Like It).

Une cave méga-indépendante

A peine est-on entré dans la boutique qu’on est happé par l’esprit du lieu. Sacha Rosenberg ne le fait pas exprès : il est rock’n roll. L’ancien animateur radio a organisé pendant des années des concerts de groupes de rock français indépendants et est toujours aujourd’hui contributeur de Rock&folk, le magazine rock de référence. C’est cet esprit rock indé qu’il a transposé avec succès dans son petit local en décidant de promouvoir des producteurs exclusivement français et indépendants. “Comme je l’ai fait par le passé en organisant des concerts et comme je continue à le faire en produisant actuellement deux groupes sous mon propre label, mon but est de mettre en avant des créateurs qui ne sont pas soutenus par des grosses structures. Dans ma précédente vie de journaliste rock, j’ai vu des super groupes galérer par manque de soutien financier et donc de moyens pour se faire connaître. L’absence de reconnaissance peut malheureusement parfois conduire à perdre la passion pour ce que l’on fait passionnément.” Ce ne sera pas de la faute de Sacha si les petits producteurs français indépendants de vins, bières et spiritueux finissent par boire la tasse. Sa petite boutique est littéralement tapissée de bouteilles et de canettes multicolores qui reflètent leur très grande et constante créativité. Il va à leur rencontre dans les salons spécialisés ou bien se fait lui-même démarché par tous ceux qui sont à l’affut des ouvertures de caves indépendantes. “Ma sélection est vraiment très restreinte en raison du manque de place dans mon local, nous précise Sacha. Tout est vraiment choisi pour que cela colle à tous les styles. Je fais beaucoup de vins nature, quasiment que ça. Que des vins bio également. Mais mes clients réguliers pourront peut-être se sentir déstabilisés car ils n’y trouveront jamais les mêmes produits. Comme je m’ennuie très vite avec tout et que je commande toujours en petite quantité, le roulement est quasi permanent.” Conservateurs et amateurs d’habitudes un peu plan-plan s’abstenir ! Pour guider mon choix de néophyte en matière de bières, Sacha m’interroge sur mes préférences personnelles. Il y en a dans sa boutique pour tous les goûts selon le niveau d’amertume, le degré en fruits, etc. Une fois lancé, notre caviste est intarissable. Je ne fais définitivement pas le poids pour soutenir son niveau d’expertise sur ses produits dont il connait de surcroit en détails l’histoire du fait de sa proximité avec les producteurs. Mieux vaut passer à autre chose pour ne pas être saoulé avant d’avoir commencé à boire…

Fabricant de gin

Un lieu de convivialité et de rencontres

Mon regard s’attarde sur deux fûts disposés sur une petite table en face de moi. “L’autre particularité de la cave, c’est qu’on est également fabricant d’alcool, me précise Sacha en pointant le doigt vers un petit alambic situé sur le côté du local. Je fabrique mon propre gin à 100% sur place : je pars d’alcool à 96 degrés, je fais mes macérations, je le distille, je rajoute de l’eau et cela fait du gin que je stocke dans ces deux fûts, le gris qui est permanent et qui est fait pour la fête et le fût orange qui est lui plus destiné aux dégustations sur un thème qui change tous les trois mois en fonction des saisons. Cet hiver, je fais un gin au panettone.” Sacha veut faire de son petit local un lieu de rencontres où se croisent pas mal des gens qu’il a cotoyés quand il travaillait dans l’évènementiel. Il enregistre chaque mercredi un podcast à l’occasion de soirées qu’il organise et réserve le jeudi soir aux dégustations. Organiser des fêtes fait définitivement partie de l’ADN de celui qui a toujours gardé un pied dans le rock et quelques concerts ont également lieu le samedi soir. Au fond du local, un coin disquaire témoigne de son amour toujours inassouvi pour la musique rock indépendante : “De même que pour tout ici, on n’y trouve (en disques vinyles) que des groupes français et indépendants. La plupart du temps, j’explique aux gens ce que c’est car il s’agit de jeunes groupes qui ne sont pas encore très connus, comme cheap tin que j’ai produit sous mon propre label. Le principe reste de mettre en avant des jeunes artistes qui ont besoin de ce genre de lieu pour se faire connaître”. Les curieux intrigués par le concept de cave-disquaire pourront constater que Sacha ne se paie pas de mots : il a installé une platine vinyle à laquelle est relié un casque audio pour celles et ceux qui voudraient écouter quelques morceaux des groupes dont il a sélectionné les disques. Car, chez Degré, on déguste aussi la musique ! Cerise sur le gâteau, la cave est également un endroit qui permet à des artistes peintres ou de collage ou bien encore à des jeunes photographes de bénéficier pendant quelques semaines d’un lieu d’exposition. Combien de degrés sont-ils nécessaires pour faire entrer toutes ces disciplines artistiques en fusion ? Vous le saurez en rendant un de ces prochains jours visite à Sacha dans sa cave-bar du 22 rue des Plantes à la lisière de Pernety Village. For those about to rock, we salute you !

Assortiment de vins et de bières

Hélisenne et Serge, les égarés du “Laurier”

Hélisenne Lestringant a perdu son fil. Saurez-vous l’aider à le retrouver demain mercredi 20 décembre au bar-restaurant Le Laurier à partir de 19h30 ? Après Filles de Personne, également créé au Laurier par Serge Sandor en 2022, la tonitruante actrice vous fera part, dans Gueule d’égarée, de considérations sur l’amour que son personnage continue à allégrement chercher avec Pierre Paul Jacques sur Tinder. Gare à tous ceux qui lui poseront un lapin !

Le défi du théâtre dans les bars

Vous serez donc au rendez-vous l’un ou l’autre de ces deux prochains mercredis soirs au Laurier et bien prévenus quand vous verrez débarquer notre sympathique Gueule d’égarée qui tourne au Cuba Libre (rhum-coca) avant de briser la glace avec ses proies potentielles. C’est Pierre qu’elle est venue “pécho” cette fois-ci. Donc moi, donc vous si vous avez choisi ce pseudo sur Tinder. Les habitués des sites de rencontres savent bien que le premier danger qui les guette lorsqu’ils ont enfin convenu d’un date est de n’avoir absolument rien à dire à leur vis-à-vis. Aucun risque avec Hélisenne dont la tête est encore farcie des souvenirs de sa vie de couple passée avec Paul qu’elle continue de tendrement appeler “mon petit clown”. Nous n’en dévoilerons pas plus du texte de Serge Sandor qui confortera sans doute toutes celles et tous ceux qui ont choisi le célibat pour ne pas avoir à épuiser les charmes de la vie à deux… Le théâtre dans les bars, à mi-chemin du théâtre de rue et du théâtre sur scène, est un défi que relèvent avec brio Hélisenne et Serge qui n’en sont pas à leur coup d’essai au Laurier. “C’est vraiment une forme de théâtre très sportive, nous confirme Hélisenne. Et un véritable numéro de funambule qui fait feu de tout bois car l’une des difficultés est de ne pas perdre la trame quelle que soit la réaction du public que je provoque et sollicite en permanence.” La performance de l’actrice, qui se déroule en présence du metteur en scène, dure un peu moins d’une heure dans la grande salle du restaurant. Louis, le patron, est ravi. Les Pernétiens un peu curieux n’hésiteront pas une seule seconde à venir saluer sa prise de risques en assistant demain soir à la quatrième représentation de Gueule d’égarée pour enfin passer une soirée au restau qui a de la gueule !

Théâtre dans les bars – Gueule d’égarée de Serge Sandor avec Hélisenne Lestringant – Mercredis 13 et 20 décembre à 19h30 – Entrée libre au chapeau – Le Laurier, 2 rue Pernety / 24 rue Didot, Paris 14ème – Réservation au 01 45 42 79 35.
Hélisenne Lestringant et Serge Sandor au “Laurier”

Bruno Bonhoure, Visiteur de Noël à Pernety Village

“Non mais qu’est-ce que c’est que ce bin’s ? Qu’est-ce que c’est que cette mascarade ?” Nous n’en revenons toujours pas d’avoir été soudainement propulsés sept siècles en arrière au temps de Boutouille la Fripouille en rencontrant Bruno Bonhoure, le codirecteur de l’ensemble de musique médiévale La Camera delle Lacrime, à la terrasse du café-restaurant L’Imprévu ce lundi 6 novembre 2023. Au Moyen Âge, bouteiller était le titre donné à l’officier chargé de l’approvisionnement en vin d’une cour. Il pouvait aussi avoir un rôle d’échanson, ce qui signifie qu’il pouvait être amené à servir le roi à table dans les grandes occasions. Pas de bol, Bruno a commandé un café-crême…

Voyages dans les couloirs du temps

Mais foin de rire et chansons pour notre visiteur de marque qui commence l’interview sur les chapeaux de roues ! Il faut dire que son agenda de fin novembre est très chargé : rencontres professionnelles à la Philharmonie de Paris, mise en ligne des nouveaux épisodes d’une série pédagogique sur le Moyen Âge, et sortie du dixième album de l’ensemble La Camera delle Lacrime basé à Clermont-Ferrand qu’il codirige (depuis presque vingt ans) avec Khaï-Dong Luong. Nous avons écouté ce CD qui nous a transporté au 14ème siècle, en 1348 très précisément, alors qu’une épidémie de peste ravage la ville de Florence. Le spectacle Visions Amoureuses dont Bruno est l’un des interprètes vocaux est créé à partir de textes du Décaméron de l’écrivain italien Giovanni Boccacio et porté par la musique de Guillaume de Machaut et de Haendel. Un très beau cadeau de fin d’année pour les amateurs et les curieux, disponible à la commande sur le site de l’ensemble musical à partir du 22 novembre (cliquer ici). Pour permettre aux enfants des écoles et aux collégiens de ne pas rester en rade et de voyager avec nous dans les couloirs du temps, Bruno et son équipe sont également à l’origine de la création de Circum Cantum, une série pédagogique qui leur propose une histoire du Moyen Âge au fil des chansons. Neuf nouveaux épisodes, chacun assorti d’un karaoké médiéval, pourront être découverts le 22 novembre également en cliquant ici. C’est joyeux, pertinent et c’est gratuit !

Sortie le 22 novembre 2023

Visions covidiennes

Et les Quatorziens alors ?, me direz-vous ! C’est là qu’intervient Catherine Desbordes, la Miss Marple de Pernety, qui accueille, entre le 23 et le 31 décembre 2023, dans sa petite brocante du 45 de la rue de la Sablière une exposition des dessins de Bruno réalisés pendant la période du confinement particulièrement frustrante pour les créateurs. “Comme je tournais chez moi comme un lion en cage, j’ai ressorti feutres et papiers et j’ai dessiné une image par jour que je postais ensuite sur Instagram, se souvient Bruno. Curieusement, il m’a été impossible d’en faire une sélection tant ces dessins touchaient à ce qu’il y a de plus intime, plus encore que le chant qui est pourtant extrêmement intime. Mon amie Catherine, qui est une grande gourmande, a souhaité en sélectionner un certain nombre en vue d’une exposition dans sa galerie-brocante qui débutera donc le 23 novembre. Mes dessins sont pour partie des clins d’oeil politiques en réaction aux décisions des autorités pour ce qui est dessins satiriques, et aussi (il n’y aura pas les dessins politiques chez Catherine) des clins d’oeil à la poésie, celle d’Eluard par exemple, ou à la peinture avec la figure de Victor Brauner qui est centrale dans mes recherches graphiques. Il y aussi certains objets de mon intérieur. J’ai chez moi plusieurs boîtes d’images représentant des artistes que j’aime ou bien encore des oeuvres du patrimoine mondial sur lesquelles j’ai pu réaliser certaines variations. Je suis également un grand admirateur du résultat du geste nécessaire et performatif de celui qui orna les murs des grottes peintes, en particulier le site de Peuch Merle dans le Quercy”. Visiblement, les idées ont fourmillé dans la tête du chanteur et directeur musical Bruno Bonhoure pendant la très funeste période du confinement, confirmant le principe d’éniantiodromie énoncé par Héraclite selon lequel tout mal apporte avec lui le bien correspondant. Allez donc le vérifier une nouvelle fois entre le 23 et le 31 décembre 2023 au 45 rue de la Sablière !

Cliquer ici pour pour accéder au site de La Camera delle Lacrime et ici pour les dessins de Bruno postés sur Instagram.

Catherine Desbordes en soutien de l’oeuvre picturale de Bruno

YKO, artiste total et sans frontières

Dialogue entre YKO et son Polaroïd (photo C. Degoutte)

Il cause, il cause, YKO. Et l’on se sent très vite perdu et dépassé, comme au beau milieu de la forêt amazonienne. Comment peut-on avoir fait autant de choses dans et de sa vie ? Comment peut-on parler plusieurs langues de façon articulée et nuancée tout en étant happé par les mille disciplines de l’art ? Comment peut-on être tout à la fois poète, musicien, acteur de théâtre (et de séries télé), photographe, artiste urbain et (ex-)trapéziste de cirque ? “Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur”. Suivons donc le conseil de Cocteau et écrivons notre article en trois parties à peu près égales sur Yesser Kaadi Oliveira, alias YKO.

Brésilien cosmopolite

Cet article n’est pas une iconographie. Car une heure et dix huit minutes d’interview n’ont pas fini d’épuiser le sujet YKO, artiste total et sans frontières. La profondeur de la connaissance des activités artistiques auxquelles il s’adonne nous empêche d’utiliser le terme de touche-à-tout qui pourrait suggérer la superficialité dans tous les domaines. YKO est bien plutôt un “multi-perfectionniste”, habité du même désir de profonde maîtrise quand il transfert une émulsion de Polaroïd, joue de son pandeiro ou pratique une langue étrangère. L’exigence est un fardeau qui empêche l’autosatisfaction mais aussi parfois la concrétisation d’une oeuvre ou d’un projet. Elle nous pousse à creuser autant qu’à avancer. C’est peut-être elle qui explique comment l’énergie créatrice d’YKO a pu jaillir en étoile dans autant de directions artistiques. Bien sûr, comme toujours, l’entourage familial a joué un rôle déterminant. Son père notamment, grand amateur de poèmes et de photographie, qui le laisse manipuler son appareil photo dès l’âge de 8 ans pendant sa jeunesse brésilienne, et lui offre un appareil personnel quelques années plus tard. Cette ouverture grand angle sur la vie et la culture va l’amener à détester les frontières géographiques et abolir celles artistiques susceptibles de freiner sa soif de découvertes. YKO nous a raconté par le menu son parcours personnel et artistique qui l’a mené du Brésil à la France en passant par les Etats-Unis, et du théâtre à la musique en passant par le cirque. Nous ne nous doutions pas un seul instant de l’extrême richesse de sa trajectoire lorsque nous l’avons rencontré pour la première fois à Belleville rue Dénoyez au moment où il opérait la jonction entre ses deux principales activités artistiques d’aujourd’hui : l’art urbain et la scène musicale.

Carreaux High Voltage d’YKO (photo C. Degoutte)

Des carreaux et des corps

YKO se produisait ce soir-là en concert solo à la galerie Friches_et_nous_la_paix de la rue Dénoyez bien connue de tous les street-artists parisiens. Dans ce qui fut le lieu de résidence du pochoiriste Pedrô!, il a interprété quelques unes de ses chansons avant d’aller poser alentours plusieurs carreaux qui sont les supports de prédilection de son travail photographique sur le nu. Pourquoi le nu ? “Une fois terminé mon travail sur la technique du transfert d’émulsion à partir de Polaroïds et sur les différents vernis permettant de préserver au mieux ce transfert sur un carreau, s’est posée la question du sujet, se souvient YKO. Je ne me sentais pas de mettre la tête des gens sur mes carreaux. Autant que des réminiscences de la culture du corps qui prévaut au Brésil, ma visite d’un camp naturiste à Montalivet avec un groupe d’amis a été le déclic qui m’a donné l’idée de mettre en relief les corps nus du commun en tant que représentation d’une sorte d’expression universelle du corps. J’ai proposé à mes amis de les prendre en photo, ce qu’ils ont accepté de très bonne grâce. Mais on ne voit bien sûr jamais leur visage sur mes carreaux pour préserver leur anonymat.” YKO pose depuis lors ses carreaux représentant des corps nus un peu partout dans le 20ème arrondissement ou à proximité des endroits où il se produit en tant que musicien. Il a récemment investi le 14ème en en collant quatre dans la rue des Thermopyles. Certaines de ses rues ou de ses impasses sans issue de prédilection deviennent pour lui de véritables rues-galeries. YKO continue pourtant à coller ses carreaux à la sauvette avec un peu d’appréhension de peur d’être interpellé par la maréchaussée et de devoir payer une amende qui viendrait s’ajouter aux coûts déjà importants occasionnés par son travail. Mais la motivation demeure et il n’est pas peu fier de voir nombre de ses oeuvres “validées” par les habitants des immeubles sur lesquelles il les a posées en constatant qu’elles n’ont pas été enlevées par eux ou sont même nettoyées par eux . “J’y vois la reconnaissance artistique de mon travail et cela me touche toujours énormément”, reconnait le street artist avec sincérité.

En flagrant délit de collage fluo rue des Thermopyles (photo C. Degoutte)

New Morning pour Next Frontrier

Mais la grande affaire du moment est la musique à laquelle il s’adonne depuis des années. A l’école du cirque, YKO jouait du saxophone. Contraint d’abandonner le métier de circassien, il est devenu musicien percussionniste professionnel spécialiste du pandeiro, le tambourin sur cadre et à cymbalettes qui est si central dans la musique brésilienne. Il a travaillé énormément de cet instrument avant de pouvoir en vivre en tant qu’intermittent du spectacle en accompagnant des musiciens de samba. Depuis 4 à 5 ans, YKO est devenu auteur-compositeur-interprète de ses chansons qu’il qualifie lui-même de poésie chantée subversive. Orphelin volontaire des grandes formations musicales au sein desquelles il jouait de son instrument de prédilection, il se retrouve aujourd’hui seul sur scène habillant de sons électro des textes scandés qui questionnent la société dans laquelle nous vivons. “Ma production musicale réunit toutes les influences cosmopolites que j’ai pu rencontrées en France depuis 20 ans, résume YKO. Je ne prétends pas du tout faire de la musique brésilienne. Mon style personnel se rapproche beaucoup plus du slam et de la musique urbaine comme le rap tout en restant mélodique. J’écris la plupart du temps mes textes avant la musique, mais ils restent des textes pour faire danser que je peux écrire aussi bien en français qu’en portugais”. Le challenge est aujourd’hui de surmonter son perfectionnisme congénital pour parvenir à réunir ses chansons en un album. Nul doute que son prochain concert du samedi 11 novembre au New Morning en première partie de Djonga, qui est l’un des rappeurs les plus importants de la scène brésilienne actuelle, lui apportera le surcroit de confiance nécessaire à la réalisation de ce projet qui représente à coup sûr pour notre artiste total the Next Frontier

Cliquer ici pour accéder au compte Instagram d’YKO.