Il Tuppo, traiteur italien

Il Tuppo, 66 rue Raymond Losserand

Que nous le voulions ou non, les meilleures choses de la vie ne viennent pas à nous sans effort, elles se méritent. L’entrée de la petite boutique de Marta et Giussepe située au 66 de la rue Raymond Losserand est actuellement à moitié cachée par le chantier de la RATP ouvert depuis plus d’un an dans l’artère principale du Quartier Pernety. Il faut donc faire un peu attention pour repérer l’enseigne d’Il Tuppo, traiteur italien. Depuis maintenant deux mois et demi, les deux artisans traiteurs nous accueillent dans leur échoppe du lundi au dimanche entre 10 heures et 19h30, et notre petit doigt nous dit qu’un énorme potentiel se niche dans les quelques mètres carrés qu’ils ont investis. A Pernety 14, on sait aussi renifler les pépites…

En quête permanente de nouveaux produits italiens

Il Tuppo, c’est l’excellence des produits italiens et tout particulièrement siciliens à portée de Quartier et de porte-monnaie. Nous savons de quoi nous parlons puisque Marta nous a (presque) tout fait goûter – et c’est délicieux ! Il y a bien sûr les antipasti qui nous accueillent en début d’étal quand nous rentrons dans la boutique : la salade de poulpe, les oignons confits au vinaigre de Modène, les involtini au speck et à la ricotta, les panzerotti, etc. Il y aussi les pâtes fraiches ainsi que les plats cuisinés (dont les incontournables lasagnes) qui seront encore plus nombreux à partir de mai prochain. “Pour l’instant, nous préférons faire moins mais toujours de qualité”, nous précise Marta. Justement, voici qu’entre un nouveau client qui désire goûter des lasagnes. La conversation s’engage, qui nous fait prendre conscience qu’une rumeur court déjà dans le Quartier : “C’est madame Bellossat qui m’a dit que c’était bien chez vous”, rapporte le nouveau venu. Tout se sait très vite dans notre village de Pernetix… “Je vous ai mis quelques olives siciliennes“, lui glisse la commerçante. On échange sur des vacances passées en Sicile, “un musée à ciel ouvert”, qui sera une nouvelle fois la prochaine destination d’été du couple toujours à l’affût de nouvelles découvertes gastronomiques locales. “Giussepe y était encore il y a deux ou trois semaines et en a ramené quelques produits d’artisans locaux, mais cela ne correspond pas encore tout à fait à ce que je souhaiterais mettre en valeur à Il Tuppo”, nous confie Marta.

Des produits italiens haut de gamme moins chers qu’en supermarché 

Pas une once d’orgueil mal placé chez celle qui a fait toute sa carrière dans la restauration : elle sait juste ce qu’elle vend, que c’est d’excellente qualité et que c’est extrêmement bon marché pour ce que c’est. Elle nous en donne la preuve alors que nous nous décalons vers la gauche de l’étal, du côté des jambons et des fromages. Nos artisans traiteurs ont suffisamment identifié de très bons fromagers dans le Quartier Pernety pour ne pas essayer de venir trop les concurrencer et se limitent à proposer une très bonne version labelisée des “basiques” italiens Parmigiano (24 mois), Pecorino Proive et Gorgonzola. La Burratina en provenance directe de Naples est la plus fraîche de Paris. Le rayon charcuterie est sans doute celui où Il Tuppo se distingue le plus pour proposer les produits de grande qualité, tous labélisés, à des prix extrêmement abordables : de la vraie mortadelle de Bologne, un jambon à la truffe qui connait beaucoup de succès auprès de la clientèle, le Salame Golfetta, le Salame Finocchio aromatisé au fenouil sauvage, toute la palette de la norcineria, la charcuterie exceptionnelle de cochons sauvages de la ville de Norcia, et bien d’autres classiques et très bonnes choses encore. Même si nous nous demandons parfois si Marta n’a pas l’impression, en nous entretenant de ses beaux produits, de donner de la confiture à un cochon (breton et un peu sauvage de surcroit !), toutes ces merveilles de gastronomie ne sont bien évidemment pas réservées aux seuls connaisseurs de l’Italie. La qualité doit rester accessible à tous et les produits haut de gamme proposés sont très souvent moins chers que des produits similaires distribués en supermarché.

Un rendez-vous obligatoire en devenir du Quartier Pernety

Il y a évidemment des spécialistes de la très bonne cuisine italienne qui savent ce qu’ils viennent chercher quand ils se rendent chez Marta et Giussepe : des pâtes et des sauces tomate de qualité par exemple, qui trônent dans le coin épicerie fine à gauche en entrant dans la boutique. Ils seront peut-être surpris d’y rencontrer également la très forte humanité qu’entretiennent les propriétaires du lieu. Nous ne sommes visiblement pas les seuls à être tombés sous le charme puisque l’endroit a été baptisé par le Père Vincent de Mello qui est le vicaire de la paroisse Notre-Dame du Travail tout à côté. Quelques photos témoignent de cet heureux évènement dans un coin du petit magasin du couple de traiteurs italiens. Il Tuppo est à coup sûr le futur rendez-vous obligatoire des Pernetiens bons vivants qui aiment la bonne chère pour pas cher, et aussi, malgré sa petite taille, un lieu de convivialité en devenir tenu par deux personnes attachantes et déjà attachés au Quartier et à ses habitants qu’ils n’envisagent pas de quitter de sitôt. C’est pourtant un sacré pari d’ouvrir un local commercial rue Raymond Losserand à l’endroit même où débute le chantier de la RATP et alors que les commerçants les plus entreprenants et dynamiques ressentent actuellement à quel point notre période troublée peut rendre les consommateurs un peu frileux et casaniers. Nous n’avons toutefois aucun doute quant au succès à venir de la belle aventure dans laquelle se sont engagés Marta et Giussepe car nous savons qu’ils seraient capables de soulever des montagnes. Et nous serons au rendez-vous dans les semaines et les mois à venir pour venir nous rendre compte par nous-mêmes comment nos amis artisans traiteurs auront réussi à transformer le plomb de notre quotidien en or de la gastronomie et de la convivialité !

Théâtre 14, les cinq ans d’un théâtre militant

Ne dites pas à Mathieu Touzé qu’il est un “intello”, il ne vous croira pas… C’est avec une modestie toute bretonne, très éloignée de l’image un peu snob que nous nous faisions d’un acteur de la scène culturelle parisienne, qu’il nous a gentiment reçu au Théâtre 14 pour faire découvrir aux Quatorziens qui ne le connaitraient pas encore le théâtre municipal de la Porte de Vanves. Notre entretien d’une demi-heure fut l’occasion de revenir, quelques semaines après la soirée de célébration des cinq ans du théâtre, sur les principes qui guident la programmation et les activités d’un lieu de culture qui contribue beaucoup à l’animation et à la vie du quartier prioritaire de la Ville de Paris dans lequel il est implanté. Tentative de restitution d’interview avec un intello qui s’ignore (vraiment ?).

Le service public du théâtre comme outil de vivre ensemble

Sans doute les qualités d’humilité et d’empathie de Mathieu Touzé font-elles de lui l’homme idoine pour diriger (aujourd’hui seul depuis le départ d’Edouard Chapot) le théâtre municipal de la Porte de Vanves. Car le Théâtre 14 se fait fort de conjuguer exigence et démocratisation en s’attelant à créer des ponts entre la pratique artistique et les gens de la rue qui sont, en l’occurrence, les résidents de la Porte de Vanves. “Que venons-nous faire et que voulons-nous faire dans un théâtre public en quartier prioritaire ? Ce sont des questions qui se sont posées à nous dès notre candidature à la reprise de la direction de ce lieu de création artistique, se souvient-il. Nous sommes partis du principe que faire du théâtre c’est depuis l’origine faire société, c’est-à-dire réunir les gens pour que nous parvenions tous à vivre ensemble, et cela au moment même où la pandémie de COVID-19 nous obligeait à nous séparer les uns des autres. Toutes nos activités sont coordonnées autour de ce questionnement : comment fait-on pour vivre ensemble et comment renforcer ce vivre ensemble grâce au théâtre et à la culture ?”. Pour atteindre cet objectif de service public, le Théâtre 14 ne se contente pas de programmer des oeuvres fortes susceptibles de susciter des avis très divergents de la part des spectateurs sans jamais les laisser indifférents, il organise également des rencontres, des colloques, des cours, des stages et des ateliers artistiques amateurs ou professionnels, toute l’année dans le cadre de son Université populaire. Avec la transmission pour colonne vertébrale, le directeur et metteur en scène de théâtre assume pourtant parfaitement ne pas être là pour faire du divertissement mais bien de l’art. “Ce qui fait notre humanité, c’est notre rapport personnel à l’art et à la culture”, affirme-t-il . Et je pense que le théâtre, ça peut changer des vies. En tout cas, il a changé la mienne en changeant mon rapport au monde et en en accroissant le champ des possibles.” Cette démarche de généreuse exigence a rencontré localement son public. “Au moment du Covid qui a provoqué l’annulation du Festival d’Avignon, nous avons créé le Paris Off festival qui a été pour nous l’occasion de rencontrer les gens du quartier au pied des tours d’immeubles pour leur parler de nous et de nos activités, se rappelle le directeur de théâtre. Nous renouvelons depuis cette expérience chaque année en construisant une histoire avec la population locale.” Rebelote en 2022 avec le festival Re-génération qui a porté pendant plus d’un mois 25 spectacles dans 14 lieux insolites du 14ème arrondissement, pour la plupart non prédisposés au spectacle vivant.

Le “Paris Off Festival” au Village Paradol (photo Lola Scandella)

Festival woke en vue 

Qu’est-ce qu’un théâtre populaire ? Qu’est-ce que la culture populaire ? Est-il vraiment possible d’associer exigence et démocratisation ? Il semblerait que nous ayons touché un point sensible en soulevant devant Mathieu Touzé la question de l’accessibilité à tous des oeuvres programmées au Théâtre 14. C’est en réalité notre sport favori d’essayer de prendre les gens à leurs contradictions – surtout peut-être lorsque nous les respectons et, au fond, les envions un peu. Mathieu Touzé avait sans doute dès le départ flairé le piège en récusant le qualificatif “intello”. Mieux vaut rire de nos contradictions pour avancer plus sereinement sur le terrain des idées. Et des idées, le directeur de théâtre n’en manque pas ! Pour preuve, le festival woke à venir. “J’assume d’autant plus d’être woke qu’on se sert aujourd’hui de ce terme contre tous et toutes choses avec un sens de plus en plus négatif. Il faut à un moment donné prendre les armes pour tenter de retourner le stigmate compte tenu de la menace qui pèse sur les artistes et sur l’art en général. Car je ne crois pas qu’il existe un art réactionnaire et que l’on puisse faire de la recherche esthétique sans poser certaines questions.” Tous les mouvements de balancier de la vie des idées ont leurs excès et Mathieu Touzé sait les identifier aussi bien chez les woke que chez les anti-woke même s’il est naturellement porté à mieux comprendre les douleurs exprimées par les exclus ainsi que l’éventuelle radicalité de l’expression du combat qu’ils mènent. Nous pourrions passer des heures à plaisamment ferrailler avec lui sur le terrain des idées mais les trente minutes qui nous étaient imparties sont déjà écoulées. Nous ne manquerons pas de venir assister aux prochains spectacles du Théâtre 14 pour nous changer les idées à défaut de changer d’idées. Puisqu’on nous assure que ça va bien se passer…

Actuellement à l’affiche du Théâtre 14, Port-au-Prince et sa douce nuit.

Cliquez ici pour accéder au site internet du Théâtre 14.

Nadette Barbosa Perrin, entre collages et amoureux de papier

Il y a des années déjà que nous avons repéré sa flamboyante chevelure rousse à la terrasse du Moulin à Café. Nadette Barbosa Perrin exposait le mois dernier au café associatif ses créations d’artiste collagiste dans le cadre d’un Marché des Créatrices qui y était organisé. L’exposition d’une partie de ses oeuvres s’est depuis mue au P’tit Café au 68 de la rue des Plantes sur le site de l’hôpital Notre-Dame de Bon Secours. Nous sommes allés y jeter un oeil avant de rencontrer Nadette au Losserand Café pour tenter de percer le mystère de sa récente et très prolifique créativité.

L’art comme exutoire à de douloureuses absences

Rien ne prédisposait Nadette Barbosa Perrin à la création artistique. Cette Vosgienne d’Epinal qui est complétement autodidacte s’est découverte artiste en 2018 au chevet de sa mère malade qui vivait les derniers mois de son existence. “J’ai commencé à créer des patchworks en tissu, des coeurs brodés principalement ; ce n’était pas encore des collages”, se rappelle-t-elle. Je tenais absolument à rester auprès de ma mère que j’adorais, et c’est dans ces circonstances un peu funèbres que mon talent artistique a éclos – même si j’ai toujours eu un certain goût pour les travaux manuels.” Un autre “drame” de sa vie, le départ de son fils unique pour l’Australie, va être le second catalyseur de sa créativité : “Je me suis mis à faire des collages il y a de cela aujourd’hui un an à mon retour d’Australie où j’étais allé lui rendre visite. Quand je suis rentré à Paris, j’avais vraiment le moral dans les chaussettes et ces créations ont contribué à me remettre d’aplomb”. Nadette n’a aucun doute sur le fait que l’art soit une thérapie pour les bobos de l’âme : “Je pense qu’il y a très souvent, pour ne pas dire toujours, une souffrance à l’origine de la création artistique. C’est d’ailleurs très souvent ce qui en fait la beauté”.

Une inspiration qui traverse les époques et les continents

Pour exprimer sa créativité dans ses collages, Nadette s’inspire de son enfance et des nombreux voyages qu’elle a réalisés autour du monde notamment à Tahiti où elle a résidé trois ans et au Japon où elle s’est rendu une dizaine de fois, mais aussi de ses rêves ou bien d’expositions et de films de cinéma. Son oeuvre qui est empreinte d’une grande nostalgie d’une époque révolue peut aussi bien faire référence à l’Antiquité, au Moyen-Age et à la Belle Epoque qu’aux plus récentes années 50 ou 60 qui sont celles de son enfance. Le climat général est doux et apaisé. “L’art floral et le relief sont toujours présents, précise Nadette dans sa mini-présentation affichée au P’tit Café. J’aime mêler à mes collages différentes matières, principalement le papier, le textile ou même les végétaux, dans une harmonie de formes et de couleurs. Dans chacun de mes tableaux, construits comme des histoires, tout visiteur est invité à en imaginer la trame, au gré de son humeur et de sa sensibilité”. Rien ne vaut bien sûr un détour sur son site (cliquer ici) pour se faire une idée définitive de la question. Pour se détendre un peu de la réalisation de ses collages qui lui demandent beaucoup de concentration car ils nécessitent énormément de petits découpages, Nadette confectionne des “Amoureux de papier” qui sont, avec ses “roses éternelles” également réalisées en papier, les cadeaux idoines pour célébrer la Saint-Valentin ou faire un petit présent à l’élu(e) de son coeur. “J’ai beaucoup aimé réaliser ces petits personnages réalisés à partir de fil de fer recouvert de papier kraft car c’est une activité beaucoup moins prenante qu’un collage”, nous confie la créatrice. Le succès est au rendez-vous puisque trois oeuvres ont déjà trouvé preneurs. Puissent-elles porter chance à leurs acquéreurs !

Couples d’amoureux de papier

Pour accéder au site de collages de Nadette Barbosa Perrin, cliquez ici.

Bouquet de roses éternelles

De quoi est faite la nouvelle exposition de Personimages ?

Exposition à la bibliothèque André Malraux (photo Personimages)

“De quoi je suis fait ? Qu’est-ce qui a laissé une empreinte sur moi ? Qu’est-ce qui a participé à me construire ?”. Bien qu’elle se défende de pratiquer l’art-thérapie, l’association Personimages, qui a son siège dans le 14ème arrondissement, n’a pas hésité à emprunter à la psychologie des profondeurs pour questionner le thème (“Les patrimoines”, abordé au plan de l’intime) de l’exposition qu’elle propose depuis le 10 janvier jusqu’au 5 mars 2025 à la bibliothèque André Malraux du 112 rue de Rennes à Paris 6ème. Catherine Toulemonde, sa présidente, a bien voulu nous accorder un entretien le 7 février dernier, jour du vernissage de l’exposition.

“Dépasser son handicap par l’expression artistique”

C’est, entre autres, à son siège du 91 de la rue Vercingétorix que l’association Personimages accueille depuis des années, dans le cadre d’ateliers animés par des artistes professionnels, des personnes handicapées en leur permettant d’exprimer leur sensibilité et de déployer leurs talents artistiques. En attendant de fêter l’année prochaine son 50ième anniversaire, Personimages continue vaillamment son petit bonhomme de chemin en organisant régulièrement, grâce à son fonds pictural constitué de plus de 800 œuvres réalisées par ses plus de 10.000 adhérents passés ou présents, des expositions qui peuvent aussi bien avoir lieu dans des bibliothèques municipales, comme il y a tout juste un an à la bibliothèque Benoîte Groult de la rue du Commandant Mouchotte (nous y étions !), que sur les grilles du square Ferdinand Brunot en face de la Mairie du 14ème, ou encore dans les locaux d’autres acteurs institutionnels du secteur médico-social. Pour mieux connaitre l’association Personimages, rien ne vaut un détour sur son site internet dédié (cliquer ici) qui est très complet et agrémenté d’instructifs articles de presse. Nos amis de Figures du 14ème ont également consacré il y a quelques mois à sa présidente Catherine Toulemonde un fort intéressant et pédagogique reportage (cliquez ici). La structure associative active à Paris et à Versailles a été créée en 1976 par Denise Merle d’Aubigné qui a eu cette idée visionnaire pour l’époque d’ouvrir la création artistique aux personnes en situation de handicap. Elle leur offre, à travers l’art, l’occasion de s’exprimer, de communiquer leur différence et leur richesse intérieure, ce que parfois elles ne peuvent transmettre par les mots. “Dépasser son handicap par l’expression artistique”, tel est le slogan et le crédo de l’association, qui peut se décliner dans des domaines aussi variés que le dessin et la peinture, la danse, le théâtre, le chant, la musique, la mosaïque et le modelage et bien d’autres disciplines encore.

Séance en atelier (photo Personimages)

De quoi sommes-nous fait ?

La dernière exposition de Personimages s’inscrit dans le cadre du thème “Les patrimoines”, abordé au plan de l’intime. Le catalogue en explicite le sens en posant quelques questions un peu plus concrètes  : De quoi je suis fait ? Qu’est-ce qui a laissé une empreinte sur moi ? Qu’est-ce qui a participé à me construire ? Quelques pistes sont avancées : la maison et son environnement, ce qu’elle abrite, ce qu’on y fait ; la famille, nucléaire et élargie ; l’intériorité des individus et ses résonnances. Une trentaine de tableaux réalisés par différents participants/adhérents et dans des techniques différentes dévoilent des “intérieurs” à découvrir, comme des traversées de l’individuel, de l’intime, de ce qui relève de la transmission et de la construction de soi, tout un monde inédit pour autrui et qui demeure aussi souvent secret à soi-même. “Notre fonds pictural contient beaucoup d’oeuvres où nos adhérents représentent leur famille, leur maison ou bien ce qu’ils ont vécu, nous précise Catherine Toulemonde. Certains tableaux sont plus abstraits mais ce sont véritablement les adhérents qui amènent les thèmes dans les ateliers. Les artistes qui animent ces ateliers ne sont là que pour les aider à s’exprimer en leur proposant des outils d’expression qu’ils s’approprient en fonction de leurs capacités. Notre démarche n’est en rien directive et se distingue en cela de l’art-thérapie qui est par nature plus protocolaire”. Une totale liberté de création qui permet de dépasser son handicap par l’expression artistique, même si le dévoilement du soi intime qu’elle permet peut aussi fournir des clefs pour mieux comprendre ce que les mots ne peuvent pas toujours exprimer.

Le 14ème après Elias

Pernety 14 s’associe à tous les Quatorziens qui ont présenté leurs plus sincères condoléances à la famille d’Elias, le jeune adolescent tué samedi 25 janvier près de la porte de Châtillon dans le 14ème arrondissement de Paris. Si le deuil sera sans doute sans fin pour la famille, le temps du diagnostic et de l’action est déjà revenu pour toutes celles et tous ceux qui se soucient de “vivre ensemble” dans notre arrondissement. Sylvie Boudoulec, porte-parole du collectif COQUA, est depuis des années en pointe pour dénoncer la dégradation des conditions de sécurité des habitants du Quartier Pernety-Plaisance qui nourrit le sentiment d’abandon et de déclassement des populations, notamment celles qui résident dans les cités HLM. Elle a bien voulu répondre à nos questions.

Le meurtre d’Elias, tué par deux adolescents qui voulaient lui extorquer son portable, a bouleversé la France, les Parisiens et les Quatorziens. Y aura-t-il, selon vous, un “avant Elias” et un “après Elias” dans le 14ème arrondissement de Paris ?

Je dirais plutôt que ce meurtre marque pour les Quatorziens le paroxysme d’une violence et d’un état d’insécurité dont nous avons pu constater la préoccupante évolution ces dernières années. S’agissant du seul Quartier Pernety, plusieurs tragiques événements se sont succédés ces derniers mois qui en attestent : la rixe avec machette de mai dernier au Moulin de la Vierge ; le poignardage au mois d’août d’un jeune homme qui a fort heureusement survécu à ses blessures ;  l’agression quelques jours plus tard au Moulin de la Vierge d’une vieille dame de 83 ans très violemment projetée par terre et délestée de ses bijoux ; l’agression au mois de septembre dans le hall de son immeuble du 81 rue Vercingétorix d’une habitante qui, par chance, a pu se défendre par elle-même. On n’en a pas parlé car il n’y a pas eu de morts. Elias n’a pour sa part malheureusement pas survécu à l’agression de ses assaillants qui ont opéré dans un endroit où sévissait une forme de racket et d’intrusion depuis plus d’un an, comme l’a reconnu Madame la Maire. Il a fallu attendre ce drame effroyable pour que les Quatorziens qui se préoccupent de leur sécurité puissent enfin se faire entendre. C’est en ce sens qu’il y aura en effet un “après Elias”. Mais nous nous berçons peut-être d’illusions puisque notre Maire a déclaré à la presse que tout avait été fait pour assurer la sécurité dans le 14ème arrondissement. Nous continuons néanmoins à croire que ce meurtre constituera l’électrochoc qui va créer une rupture dans les discours de la municipalité et dans les analyses empreintes d’angélisme et déconnectées de la réalité qui les sous-tendent.

Si COQUA a été pionnier dans le signalement des problèmes d’insécurité dans le Quartier Pernety-Plaisance, peut-on vraiment parler, comme le font beaucoup, d’un déni de réalité de la Mairie de Paris et de la Mairie du 14ème s’agissant de l’insécurité ?

Oui, très certainement. Depuis 2016, l’année de la création de COQUA, on nous serine cette idée que nous serions victimes d’un “sentiment d’insécurité”. Les événements récents, auxquels je voudrais adjoindre le saccage de l’église Notre-Dame-du-Travail survenu en juillet dernier et qui reflète une autre forme de mal-être, nous donnent malheureusement raison. Je dis malheureusement, car l’objectif poursuivi par COQUA a toujours été de travailler au “vivre ensemble” en restaurant au quotidien les conditions de sécurité et de tranquillité des habitants du Quartier Pernety-Plaisance. De ce point de vue, même si notre diagnostic de départ s’est avéré exact, nous ne pouvons que constater notre échec. On ne peut même plus aujourd’hui parler de “vivre ensemble”, mais tout au plus de “mieux vivre ensemble”, voire même de “moins mal vivre ensemble”. COQUA a dans un premier temps pu être entendu par la Mairie centrale grâce au conseiller à la sécurité d’Anne Hidalgo avec lequel le collectif a travaillé sur le thème de la zone grise existant entre police municipale et police nationale. Mais ce bon contact a malheureusement été rompu après les élections municipales de 2020 à l’issue desquelles ont émergé dans notre arrondissement de nouveaux élus municipaux formant une équipe très resserrée autour de Madame la Maire Carine Petit et qui sont d’anciens militants associatifs qui n’ont aucune idée de ce que peuvent représenter les contraintes liées à l’administration d’une commune de 130.000 habitants. A partir de ce moment là, rien n’a pu venir contrarier un discours officiel lénifiant selon lequel l’équipe en place effectuait un travail formidable n’offrant aucune prise à la critique, fût-elle rationnelle et constructive… Nous déplorons également n’avoir plus aucune visibilité sur le contrat de prévention et de sécurité de l’arrondissement et d’avoir moins de contacts constructifs avec le commissariat de police dont le premier responsable ne reste que trois ans en poste, ce qui n’est sans doute pas suffisamment de temps pour apprendre à bien travailler avec les différentes parties prenantes dont la population du 14ème. Avec sa réélection comme principal objectif, la municipalité en place s’obstine à dire que tout va bien alors que la police nationale souffre toujours d’un manque de moyens (en équipage et en véhicules) sur le territoire de l’arrondissement et que la police municipale, toujours en nombre insuffisant, mal formée et non équipée, se retrouve bien souvent aux abonnés absents.

Un conseil d’arrondissement du 28 janvier 2025 un peu mouvementé

Quelles sont les pistes concrètes d’action envisagées par COQUA pour assurer une meilleure sécurité des Pernetiens et des Quatorziens et continuer à lutter contre la dégradation de leur qualité de vie ?

C’est une question très délicate car COQUA ne dispose d’aucun pouvoir de décision et n’a aucun réel levier pour vraiment améliorer la situation. Comme nous arrivons difficilement à nous faire entendre “en interne” au niveau municipal, nous tentons d’alerter “en externe” grâce à la presse ou en contactant directement la préfecture de police ou le commissariat pour que soient à nouveau réunis les groupements de proximité opérationnels (GPO) qui constituaient de très bonnes initiatives qui n’ont malheureusement eu aucune suite. Nous souhaiterions également que le conseil de quartier Pernety se saisisse, avec la même ténacité que nous, des véritables priorités des habitants du Quartier plutôt que se concentrer sur l’organisation d’évènements “festifs” qui sont souvent des flops retentissants, comme par exemple le coûteux festival Art of Game dont le bilan chiffré en termes de fréquentation a été très faible et dont on ne sait toujours pas combien de jeunes du Quartier il a pu mobiliser. L’on a quand même pu constater au conseil de quartier Pernety un léger progrès ces derniers temps : alors que l’obstruction municipale avait empêché la bonne tenue de la réunion plénière d’octobre 2022 sur le sujet de la sécurité, le nouveau conseil de quartier a mis à l’ordre du jour de la prochaine séance publique programmée en mars les thèmes que notre collectif porte depuis des années. Nous allons également à COQUA essayer de redéployer nos efforts en direction des associations de locataires de HLM que nous soutenons depuis longtemps. Leurs adhérents souffrent énormément et se replient donc sur eux-mêmes dans leur appartement en ne parvenant plus à s’intéresser à ce qu’il se passe à l’extérieur ou à ce qui relève de l’intérêt général des habitants. Leur faire retrouver un peu de moral est notre nouvel objectif pour 2025 !

Pour contacter et/ou rejoindre COQUA, vous pouvez envoyer un email à 75coqua14@gmail.com. Vous pouvez aussi vous connecter au compte X (ex-Twitter) du collectif : @Coqua14.

Des roses blanches en hommage à Elias (Collège Montaigne, Paris VIème).

Came sur Macadam, la brocante routière de la rue Sarrette

Vincent et Matéo Gavarino

La place des Droits de l’Enfant qui fait l’angle de la rue d’Alésia et de la rue de la Tombe Issoire est aussi le point de départ de la rue Sarrette qui mène jusqu’au Poinçon, l’ancienne gare de la petite ceinture transformée aujourd’hui en restaurant. Vincent Gavarino connait bien le 14ème arrondissement de Paris et le Quartier Jean Moulin-Porte d’Orléans puisqu’il y réside depuis plus de 25 ans. En décembre 2024, il a ouvert au numéro 8 de la rue Sarrette une “brocante routière” dont il souhaite également faire un lieu de vie axé sur le thème de la route et du voyage.

Quête et transmission des objets de la route

Ce n’est pas facile d’écrire un article sur une brocante. Celle de Vincent Gavarino est, comme toutes les brocantes, remplie d’une foultitude de choses. Le fil conducteur du bric-à-brac d’objets de collection et de décoration qu’il y expose, c’est l’auto, la moto, le vélo et le train avec, pour agrémenter le tout, un zeste de voyage. Came sur Macadam, “la brocante qui butine le bitume” est l’aboutissement naturel de la trajectoire de ce mordu du macadam qui roule en motos et autos anciennes (Citroën Acadiane et 2 CV) et qui chine depuis toujours sur les marchés (mais aussi auprès des particuliers, des marchands et des professionnels du monde routier) pour assouvir sa passion. Sa dernière reconversion professionnelle, après un parcours riche de nombreuses expériences dans les domaines du dessin et de l’illustration, puis du tourisme et du transport, et enfin en librairie, l’a amené à transformer un premier essai de brocante sur Instagram (cliquez ici) en brocante en magasin. Il a décidé de l’installer à l’emplacement d’un ancien restaurant de son quartier d’adoption qui avait fermé ses portes depuis bientôt trois ans. Il s’agit aujourd’hui pour lui de faire connaître cet endroit qui n’est bien sûr pas seulement ouvert aux spécialistes et aux collectionneurs mais également à tous ceux qui sont susceptibles de craquer sur un objet vintage qui fleure bon les années 50-60-70-80. Boites, pichets à huile faisant office d’arrosoir à fleurs…, la liste est longue des objets exposés dont l’usage peut facilement être détourné par les amateurs de brocante ou les accros du moteur thermique. Nous faisons rapidement le tour de la boutique pour tenter de nous imprégner de l’univers de Vincent. Notre regard s’attarde sur une pompe à essence située à l’entrée de la boutique, puis sur une énorme plaque émaillée Texaco qui devait sans doute trôner dans une station service, ainsi que sur une superbe serviette de bain siglée Mercedes-Benz. Came sur Macadam propose également des anciens bidons, des vêtements logotés moto auto, des miniatures automobiles et des porte-clef vintage. Pendant que nous reluquons l’ensemble de sa marchandise, le brocanteur routier nous parle de son amour de la chine qui l’a amené à hanter les marchés de Paris et d’ailleurs : “Je ne suis pas vraiment un collectionneur dans l’âme, précise-t-il. Mais j’aime les objets au sens où j’aime leur quête et leur recherche acharnées qui me permettent de finir par les posséder un court instant avant d’éprouver le bonheur ultime de les transmettre en étant en mesure d’expliquer à leurs acquéreurs comment ils ont été créés, ce qu’ils représentent, d’où ils viennent, quelle est leur histoire, etc.“. Un passeur d’objets comme d’autres (les écrivains et les poètes) sont des passeurs de mots, d’émotions ou d’histoires.

La Citroën Acadiane de Came sur Macadam

Un lieu de vie et d’échanges ouvert aux écrivains et aux artistes

Comme s’il voulait nous donner une preuve que sa boutique a un supplément d’âme qui la distingue d’une brocante traditionnelle, Vincent nous fait maintenant traverser l’espace bureau de son local et pénétrer dans l’ancienne cuisine du restaurant aujourd’hui transformée en atelier de restauration de vélos, de mobylettes et de solex qui est le domaine réservé de son fils Matéo, expert en mécanique moto (cliquez ici pour une présentation Instagram de back.to.the.cyclo). “J’ai vraiment conçu cette brocante comme un lieu de vie et d’échanges, insiste Vincent. Je ne me suis pas contenté de disposer un banc à l’extérieur de la boutique pour encourager une certaine convivialité, je développe également un coin librairie et un coin arts qui m’amènent à accueillir des auteurs et des artistes dont je contribue avec plaisir à promouvoir les oeuvres.” Sur une étagère “Esso Shop” située dans le coin droit du fond de la boutique sont en effet disposés des livres dont, bien en vue, celui de Laurence Veillet intitulé D’une montagne l’autre, carnet de route entre Drome et Massif central, que l’autrice est venue dédicacer à la boutique le 7 janvier dernier. Le 1er février prochain, Came sur Macadam recevra pour une nouvelle séance de dédicace, en collaboration avec la libraire La petite lumière située rue Boulard, Anne-France Dautheville : la routarde aujourd’hui âgée de 80 ans est la première femme qui, en 1973, a fait le tour du monde en moto et l’a raconté dans un livre. En se dirigeant vers le coin droit de la vitrine de la boutique, Vincent nous fait également découvrir l’oeuvre peinte sur une portière de voiture de Christopher Henri, un artiste urbain de ses connaissances. Il a pour projet d’accueillir dans le futur bien d’autres artistes dont les oeuvres ont pour thème la route ou le voyage. Dans tous les cas de la bonne came… sur Macadam !

Cliquez ici pour retrouver Came sur Macadam sur Instragram.

Au n°8 de la rue Sarrette, “Came sur Macadam, la brocante qui butine le bitume”

Ibrahima Kone, sans Tabou à Paris 14ème

Ibrahima au boulot

Ibrahima Kone aura 70 ans au début février 2025. Il ne les fait vraiment pas et c’est une nouvelle preuve que la musique est sans doute le plus court chemin qui conduit à la jeunesse éternelle. Le batteur percussionniste ne tape pas que sur des bambous, mais il ne joue certainement pas les requins. Vous l’avez forcément croisé à l’occasion des nombreux concerts qu’il a donnés avec son complice Pierre-Yves Lamy dans le Quartier Pernety, notamment à L’Osmoz Café, au Laurier, à L’Imprévu, à L’Ephémère ou ailleurs autour de l’avenue du Maine. Il a bien voulu retracer pour nous son riche parcours de musicien qui l’a mené de Dakar à Paris.

Du Sénégal à Paris 14ème

Dans l’édition du 16 novembre 1990 du journal sénégalais Le Soleil, un article consacré au chanteur Souleymane Faye nous révèle l’existence d’Ibrahima Kone, dit Rocky (!), “maître-batteur” au sein du populaire groupe de variétés africaines Le Tabou. Aussi loin que remontent les souvenirs du percussionniste autodidacte, c’est la première mention dans la presse de sa carrière de musicien professionnel qui l’a déjà amené à participer à quelques émissions de télévision et à de très nombreuses animations musicales dans les mariages et les kermesses organisés autour de sa ville natale de Rufisque près de Dakar ou bien encore dans les hôtels ou le Club Med de la région de Casamance. Deux ans plus tard, il accompagne l’Ensemble instrumental à vent de Paris lors de sa tournée au Sénégal avant de rejoindre la France où il anime de nombreux concerts dans les clubs parisiens. Il devient professeur de percussions au centre d’animation Pierre Curial dans le 19ème arrondissement tout en s’investissant dans l’association Fleur de Peau comme accompagnateur de danse africaine. Il croise également sur sa route musicale quelques artistes de premier plan dont Clémentine Celarié dont il créera les percussions sur l’album Pas l’âme d’une dame. En septembre 1996, il participe à l’émission Taratata animée par Nagui pour accompagner aux percussions le groupe Chase’n Laszlo dans l’interprétation de la chanson Made About Scars (cliquer ici). Il vogue d’enregistrements pour la chaîne musicale MCM en concerts avec Amidou Touré (ex Touré Kunda) pour finir par se stabiliser en 1996 comme musicien percussionniste à DisneyLand Paris. En 1998, il crée à l’instinct les percussions du film Les Randonneurs de Philippe Harel tout en continuant à donner des concerts. Ibrahima se souvient tout particulièrement de celui qui l’a vu accompagner aux percussions Ticky Olgado en 2003 place du Capitole à Toulouse car Claude Nougaro en fut l’invité surprise. Il a depuis continué à s’investir en tant qu’accompagnateur de danse africaine dans l’association Danses du Monde à Malakoff en plus d’animer des spectacles en école primaire à Chatenay Malabry. Rien ne fait vraiment peur à notre musicien percussionniste qui a suffisamment roulé sa bosse pour pouvoir s’adapter à tous les styles de musique comme la rumba ou la salsa en passant par la variété pop ou rock – même s’il est également resté fidèle à ses racines africaines qui l’amènent à souvent interpréter de la musique sénégalaise, congolaise ou bien encore camerounaise à l’occasion de concerts réalisés dans les cafés du 14ème avec son ami musicien Jack qui a lui aussi longtemps été un pilier de la Jam Session de L’Imprévu. Mais pour rien au monde il ne manquerait sa répétition hebdomadaire à l’université Montsouris avec Pierre-Yves Lamy qui est le premier musicien qu’il a rencontré en France et à qui il tient à rester fidèle pour former un duo qui continuera sans nul doute à très longtemps rythmer la vie trépidante des Quatorziens.

Le duo Kone-Lamy
“Rocky” Kone, avec Tabou au Sénégal.

Le blind test musical testé à l’aveugle dans le 14ème

Photo “This Is Blind Test”

Y a-t-il encore, en basse saison, des endroits qui bougent un peu dans notre devenu mortel 14ème arrondissement ? Des lieux fréquentés par des gens qui résistent encore et toujours à la mortifère apathie municipale qui menace de tout emporter de notre fantastique héritage culturel et artistique en semblant ignorer qu’il y a un siècle Paris et Montparnasse éclairaient le monde (*) ? Oui, il y en a quand même quelques uns dans notre bon vieux village de Pernetix. Nous nous penchons en ce début d’année sur deux de ces endroits où se pratique le blind test, un sport musical en plein boom.

Deviner l’interprète des titres musicaux diffusés

Saurez-vous deviner quel très grand chanteur français est l’auteur de ces paroles : “Moi, j’ai marché toute la nuit comme sur un fil / À cloche-pied, les yeux bandés, tu sais, c’est pas toujours facile” ? Peut-être quelques mesures de son introduction musicale pourront-elles vous aider à reconnaître la superbe chanson intitulée Gâche pas ta nuit composée et interprétée par Jean-Patrick Capdevielle qui a mélancoliquement bercé notre jeunesse dans les années 80 ? C’est le principe du blind test musical de faire deviner l’interprète des titres musicaux diffusés à la ronde. Ce jeu, qui d’après Wikipédia se pratique depuis plusieurs dizaines d’années dans la presse, a été popularisé en France par Thierry Ardisson dans différentes émissions de télévision qui ont marqué leur époque (Lunettes noires pour nuits blanches, Tout le monde en parle, Le Grand Blind Test). Les Quatorziens peuvent le pratiquer à la Drawing House, le boutique hôtel artistique du 21 rue Vercingétorix, en réservant un créneau sur thisisblindtest.com (cliquer ici). Trois magnifiques salles colorées en rose (La vie en rose), en vert (Green Eyes) et en noir (Back to black) sont susceptibles de vous accueillir dans l’après-midi ou la soirée pour vous remémorer 6 000 titres de musique qui composent 60 playlists dans tous les styles. Nous avons (blind-) testé ce week-end à la Drawing House et nous avons kiffé grave ! Beaucoup plus artisanale est la formule de blind test proposée par DJ Yann (!) à L’Osmoz Café du 33 rue de l’Ouest ce lundi soir à partir de 20h00 : une playlist réalisée sur YouTube, des feuilles blanches et des stylos à bille pour compter les points – mais aussi une bouteille de champ’ pour le gagnant du jeu ! Pour ne pas gâcher votre soirée de lundi et continuer à faire vivre le 14ème arrondissement, accourez-y les yeux fermés !

(*) Montparnasse, Quand Paris éclairait le monde, de Mathyeu Le Bal (Préface de Jeanine Warnod), Albin Michel, 2002.

“Remous sous caillou”, l’autoportrait déglingué de Béatrice Giudicelli

Béatrice en dédicace à la bouquinerie La Vague à l’âme (Paris 20ème)

Mais qu’est-il donc arrivé à Béatrice Giudicelli bien connue des Quatorziens pour ses sympathiques portraits de personnalités marquantes du 14ème arrondissement de Paris ? Elle a publié en février de cette année Remous sous caillou, le récit d’un épisode maniaque intervenu quatre ans auparavant entre décembre 2019 et janvier 2020, juste avant le premier confinement. Elle s’y met courageusement à nu avec style et humour en contribuant à dédramatiser les troubles psychiques qui peuvent concerner tout un chacun à un moment donné de sa vie.

La drolatique narration de délires made in Paris 14ème

Un beau jour de décembre 2019, Béatrice Giudicelli acquiert l’intime conviction que notre monde, tel que nous le connaissons, ne représente qu’un monde parmi des milliards d’autres et, de fil en aiguille, finit par douter de sa propre existence. Le doute est le début de la sagesse, disait Aristote. Il est aussi le point de départ des Méditations métaphysiques de Descartes. Plutôt que de lâchement conclure “Je pense, donc je suis” et de passer à autre chose, Béatrice approfondit le cogito cartésien jusqu’à s’ouvrir les portes de la folie qui la fait percevoir les choses sous un oeil différent :  “C’est ainsi que dans mon environnement, tout me semblait étrange, écrit-elle. Une rue ne m’apparaissait ni chaque fois la même, ni chaque fois une autre. Je ne parvenais plus à savoir si j’étais dans un rêve ou dans la réalité.” Au point qu’un jour, elle se retrouve comme par magie dans le jardin pourtant toujours fermé qui jouxte la Fondation Cartier. “Mais heureusement, hormis celle de mon goûter dans mon sac, pas de pomme à croquer à l’horizon pour aggraver encore le sort de l’humanité” (!). Le ton est donné. C’est sous l’angle de l’humour et de l’auto-dérision que Béatrice se refait le portrait en ne nous épargnant, pour notre plus grand plaisir, aucun détail de ses délires made in Paris 14ème. De la description des folles “machines maléfiques” qui l’entourent à l’évocation des “SMS détonants” qu’elle envoie à ses proches et amis en passant par les “bouffées d’érotisme” qui l’assaillent, la portraitiste favorite des Quatorziens nous raconte par le menu toutes ses pensées décalées qui l’ont parfois conduite à sortir du cadre social établi et tacitement accepté de tous. Il y a dans Remous sous caillou force anecdotes réjouissantes de scènes qui ont, selon le cas, fait rire ou grincer des dents à La Coupole, au Rostand, à La Closerie des Lilas ou bien encore sur le lieu de travail de notre héroïne malgré elle. Jusqu’au jour où, sur la demande de ses proches, une ambulance “Béatrice” (ça ne s’invente pas) la conduise au Pavillon Piera Aulagnier de Sainte Anne où sont hospitalisés en psychiatrie tous les habitants du 14ème arrondissement qui présentent des troubles mentaux.

Entrée du Pavillon Piera Aulagnier

La pin-up de Piera Aulagnier

C’est aux écrivains du 14ème arrondissement que revient l’insigne privilège de laisser une trace écrite de ce qu’il se passe à l’intérieur du club très fermé du Pavillon Piera Aulagnier. Béatrice Giudicelli nous décrit de manière touchante le petit monde de ses compagnons de souffrance psychique : le beau Romain, Justine l’avocate, Maxime le blagueur un peu lourdingue, Janine et son sac jaune Gibert, Françoise et ses ui, Malika la star du Pavillon, Bernard le Bourdon, Cynthia la brindille, Bogdan le ténébreux sont quelques uns de celles et ceux qui constituent la faune très disparate au milieu de laquelle elle va évoluer pendant six semaines en attendant de pouvoir redescendre sur terre en rompant avec la phase euphorique qui l’avait emportée vers les territoires de la “folie”. Son séjour à Sainte Anne fut entrecoupé de plusieurs stages à l’Unité de Stabilisation (UBS) du 26 boulevard Brune où les médecins-psychiatres s’obstinaient à la trouver trop “up”, c’est à dire en gros trop perchée (la phase “up” signifiant phase euphorique en langage psy). “Il faut dire qu’à l’USB, j’étais clairement la plus “up”, voire même, sans fausse modestie, la plus pin-up“, note avec beaucoup d’humour Béatrice qui finira par trouver la clef qui déverrouille la porte du Pavillon Piera Aulagnier, ce “cocon douillet où l’on se répare avec et grâce aux autres“, patients comme soignants. Remous sous caillou est une plongée fort intéressante dans l’univers de la psychiatrie qui appréhende courageusement et sans tabou aussi bien les symptômes des troubles psychiques que les difficultés et les contraintes rencontrées pour les surmonter. Le livre a déjà été au centre de plusieurs débats qui se sont tenus à l’occasion de dédicaces organisées par son autrice dans quelques librairies parisiennes et sur l’Adamant, le bateau-hôpital psychiatrique de jour amarré quai de la Rapée. Vous pouvez en acquérir un exemplaire en le commandant en librairie ou en passant à la librairie Au plaisir des yeux située au n° 120 de la rue Raymond Losserand. Vous pouvez également le commander directement à Béatrice (contact : beagiudicelli@yahoo.fr).

Remous sous caillou, Editions Voix Tissées (collection C’est-à-dire), 45 pages, 7 euros.

“Remous sous caillou”, coup de coeur de la librairie “Au plaisir des yeux”

 

Rencontre avec Yann-Ber Tillenon au bar de “La Liberté”

Rencontre avec Yann-Ber Tillenon (à gauche) à la brasserie “La Liberté”

De quoi Yann-Ber Tillenon est-il le nom ? Vaste question et ce n’est certainement pas un esprit superficiel comme le nôtre qui pourrait en faire le tour. Pour pouvoir cerner le Président de Kervreizh, il faudrait en avoir l’épaisseur humaine. Et pour écrire un article complet et pertinent sur sa personne, y passer plusieurs jours ou semaines. De toute façon, personne ne le lirait car il serait beaucoup trop long tant il y a de choses à dire. Attendons plutôt que ce Quatorzien de choc écrive ses mémoires ! Pour l’heure, force est de reconnaître que rencontrer Yann-Ber Tillenon à la brasserie La Liberté est aussi désaltérant que boire un verre d’eau après avoir traversé le désert de Gobi. Car Yann-Ber reste une authentique oasis de fraîcheur (bretonne) dans un monde uniformisé où tout le monde s’ennuie. Retour aux sources pour un blogueur breton qui s’ennuie.

Les raisons d’apprendre le breton post-moderne

De quoi Yann-Ber Tillenon est-il le non ? Il n’est certes pas un béni-oui-oui, comme nous avons pu le constater dès nos premiers échanges au bar de la brasserie La Liberté de la rue de la Gaîté. Nous ne connaissions pas Yann-Ber avant cette première rencontre impromptue quand bien même nos amis de Figures du  XIVe lui ont déjà consacré un éclairant premier reportage (cliquez ici). A peine partagés quelques propos qui n’ont pas manqué d’évoquer chez lui certains souvenirs de son passé de militant de l’identité, de la culture et de la langue bretonnes, Yann-Ber nous a invité à nous rendre à Kervreizh, son second repère du boulevard Edgar Quinet où il tient la “galerie européenne” dont il est le président. Il nous y a très gentiment offert et dédicacé le dernier cahier de l’Emsav, “ce mouvement créateur de “Breizh” qui est un germe de nouvelle autorité spirituelle bretonnante fédérée dans la grande Europe pour remplacer l’autorité de la Bretagne provinciale francisée par la République centraliste jacobine française matérialiste“. Ce mouvement a une langue qui est le breton unifié post-moderne créé par quelques éminents linguistes locaux à partir des quatre grands dialectes survivants en Basse-Bretagne. “Cette nouvelle langue de l’Emsav futuriste, mouvement d’artistes, poursuit Yann-Ber, est une langue révolutionnaire au sens étymologique en ce qu’elle illustre un retour des valeurs véhiculées par le breton de l’Antiquité romaine vers la future Grande Europe renaissante”. Avis aux Bretons amateurs que nous invitons à rendre visite à Yann-Ber pour en savoir plus ! Centralistes jacobins s’abstenir…

Une association placée sous la bannière d’un artiste fédérateur et fédéraliste

Il est sans doute préférable dans un article de grande vulgarisation de nous concentrer sur l’homme. De quoi Yann-Ber Tillenon est-il le oui ? Une rapide revue de son site très fourni (cliquez ici) peut nous aider à nous en faire une première idée. On y découvre que cet ancien légionnaire, vétéran du pacifique, est aussi disciple de druide et un artiste-peintre accompli. Rien ne lui fait moins peur que la réunion des “contraires” car “la véritable Métaphysique celtique, européenne, comporte une multitude de points de vue. Ils rendent compte de tous les aspects sous lesquels on peut envisager la Vérité. Elle ne saurait donc être contenue dans les limites d’un “système” du “prêt à penser” d’un gouvernement unique à pensée unique, dans une langue unique, une culture unique, pour un pouvoir unique de la dictature du “politiquement correct”, sans “dérapages” hérétiques, héritée du monothéisme judéo-chrétien à vérité unique”. Fédérer les contraires vers l’idéal national “Brezhon” européen qui se trouve au sommet de la pyramide les contenant tous, tel est son crédo et son constant objectif. On ne s’étonnera dès lors pas d’avoir vu Yann-Ber rencontrer et échanger avec des hommes et des femmes couvrant la totalité du spectre politique aussi bien qu’artistique (cliquez ici). Le sectarisme, très peu pour lui ! Le fédéralisme plutôt. Or “le meilleur moyen d’être fédéraliste c’est de le pratiquer soi-même dans sa vie et dans la société française centraliste, dualiste, manichéenne, dont fait partie la Bretagne. En se changeant soi-même, on peut changer une petite partie de la société dans laquelle nous sommes, et puisqu’on est dedans proposer autre chose.” Ne pas artificiellement opposer les contraires, c’est aussi réconcilier traditions et modernité dans une démarche “archéo-futuriste” où la coiffe de la bigouden (que ne porte pourtant pas Céline Hervieu, notre toute nouvelle députée du 14ème) ne craint pas de se frotter à la fusée de Jean-Loup Chrétien. Cette démarche est d’ailleurs au coeur de la dernière école artistique créée par Yann-Ber sous la forme d’une nouvelle association (“L’archéo-futurisme”) dont l’objet est de complètement révolutionner la société pour créer une nouvelle civilisation plus conforme à la tradition indo-européenne qui donne le vrai pouvoir aux philosophes plutôt qu’aux marchands. Comme tous les artistes authentiques, Yann-Ber Tillenon est en réalité un monde à lui tout seul dont vous pourrez contempler quelques parcelles en allant découvrir ses toiles à la galerie européenne Kervreizh.

Kervreizh, galerie européenne – 5 boulevard Edgar Quinet – 75014 Paris.

Yann-Ber Tillenon à la galerie européenne Kervreizh (photo YB)