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Marie Laure Fadier, un talent en trois dimensions

Marie Laure dans son atelier de la rue de l’Eure

Marie Laure Fadier est une artiste peintre résolument moderne et avant-gardiste. Rien ne lui fait vraiment froid aux yeux. Il y a quinze ans, après avoir tout perdu, elle décide de tout changer : de vie comme de sexe ! Elle travaille aujourd’hui à mettre en scène l’ensemble de son œuvre dans une recherche graphique en 3D qui n’exigera pas moins de deux ans de préparation. Nous l’avons rencontrée dans son atelier du Quartier Pernety dans le 14ème arrondissement de Paris où elle a élu domicile depuis plus de 40 ans.

Une vocation et un destin : les fabuleuses rencontres de Marie Laure Fadier

Marie Laure ne s’est jamais vraiment posé de questions sur sa vocation. Pour elle, peindre est une évidente nécessité. Elle commence par suivre les pas de son père architecte en s’inscrivant à l’école d’architecture où elle étudie l’histoire de l’art. Sortie de l’école à 23 ans où elle obtient son diplôme sur toile (une première déjà !), elle profite des dernières belles années de Montparnasse dans l’atelier familial de Notre Dame des Champs qui fait face à Seneliers, le célèbre magasin de dessin qui vend le matériel pour artistes. Elle va tous les matins prendre son petit déjeuner à “La Coupole” où elle croise Sartre et Ionesco. Déjà hantée par des questionnements personnels sur sa véritable identité sexuelle, elle cède pourtant aux conservatismes de l’époque et décide de se marier. Marie-Laure raconte plus facilement sa vie que les différentes périodes qui ont jalonnées son évolution artistique. Elle est notamment intarissable sur les circonstances extraordinaires dans lesquelles elle a pu bénéficier de l’aide inattendue de personnalités du cinéma, du théâtre et de la politique pour dénicher ses différents ateliers. C’est en effet suite à une histoire rocambolesque que Jean-Pierre Léaud, une connaissance de l’époque, la guidera vers Jean Le Poulain qui lui proposera d’occuper un loft dans le 19ème arrondissement de Paris. Pour obtenir son atelier actuel, elle bénéficiera au hasard d’une rencontre dans un bouiboui chinois du 14ème de l’aide d’un autre protecteur des artistes, Yves Lancien, alors député-maire de l’arrondissement, qui considérait à juste titre que les artistes peintres en étaient l’âme et le patrimoine humain. “De la 3D sans informatique”

Des rencontres, Marie Laure en fait également beaucoup dans le cadre de son travail d’artiste. Son ambitieux projet défini il y a vingt ans, faire de la 3D sans informatique, l’amène à frapper à la porte du plus grand spécialiste français des nouvelles images, le Pr Niño de l’Ecole Normale Supérieure. “On peut le faire mais c’est très compliqué !” , la prévient-il. Il en faut beaucoup plus pour décourager Marie Laure. Pour lui permettre de continuer sa quête, le Pr Niño la met en relation avec Jean-François Colonna, mathématicien à l’école polytechnique dont un des aspects du travail de recherche consiste à mettre en image les équations de la physique mathématique. Marie Laure connaît bien l’école polytechnique car elle y a déjà organisé plusieurs années auparavant une rétrospective de 150 tableaux. Lorsqu’elle rencontre Colonna, elle est frappée par les similitudes existant entre les résultats de son travail obtenu par l’informatique et le sien propre. Elle convainc le directeur des sciences de l’UNESCO de monter une exposition commune, “Les journées mondiales de la science” qui ont lieu en 2004 autour de physiciens, d’astrophysiciens et de chercheurs de tout premier plan dont Hubert Reeves et Michel Cassé. Mais elle ne s’arrête pas en si bon chemin faute d’avoir trouvé de véritable réponse à son obsession : faire de la 3D sans informatique. Elle se plonge pendant un an et demi dans l’étude des techniques développées par les studios Disney pour créer des images en trois dimensions. Elle décortique les images créées par ordinateur et perce les mystères des autostéréogrammes et de l’anaglyphe (technique par laquelle on éprouve la sensation du relief en chaussant des lunettes de couleur). La démarche toute personnelle entreprise par Marie Laure, le regard parallèle qu’elle développe, vont jusqu’à susciter l’intérêt d’ophtalmologues de l’hôpital militaire du Val de Grâce qui, d’abord incrédules, sont tout à la fois convaincus et stupéfaits par la démonstration qu’elle réalise devant eux à l’atelier. « Vous avez exercé votre nerf optique et vos yeux comme un sportif de haut niveau entraine ses mollets », lui déclarent-ils estomaqués. Nouvelles orientations

Mais patatras ! Le monde s’effondre en 2008 non pas tant à cause de la crise financière que parce sa femme la quitte en emportant meubles et tableaux. Le divorce et la remise en question qui s’ensuit l’amènent à changer de vie et à prendre tous les risques. Marie Laure passe quelques années sans toucher à la peinture et revient au dessin. Elle fait le siège de la maison Canson pour obtenir d’elle la fabrication d’un papier déjà marouflé qu’elle utilise pour la production de ses oeuvres. Elle a recours à des substances qui stimulent sa créativité (hallucinogènes et autres “potions magiques”). Enfin, elle entreprend les démarches nécessaires pour changer de sexe, une opération aujourd’hui prise en charge en France à partir du moment où elle découle d’une décision mûrement réfléchie. Cette métamorphose qui n’a pas été sans susciter peurs et angoisses, Marie Laure la raconte dans un livre sur lequel elle va travailler pendant plus de six ans et qu’elle a aujourd’hui finalisé. Mais c’est la peinture qui reste pour elle la priorité. En attendant la réalisation d’un film d’animation de dix épisodes qui mettra en scène son œuvre picturale (un chantier de deux ans de travail !), elle a décidé de produire avec un ami cinéaste un petit un court-métrage de 8 à 10 minutes qu’ils envisagent de présenter au festival d’Annecy. Autant de projets qui rythment sa nouvelle vie alors qu’elle a amorcé un retour en force à la peinture à l’huile, une peinture devenue plus graphique après quelques années consacrées au dessin et qui puise son inspiration aussi bien dans un imaginaire fantasmagorique personnel que dans la géométrie fractale. Marie Laure Fadier est aujourd’hui une femme et une artiste épanouie qui n’a décidément pas fini d’entreprendre et de nous étonner !

Une grande partie de l’œuvre de Marie Laure Fadier est visible sur internet sur le site www.marielaurefadier.com.

Les 40 ans de vraie vie de Château de Daniel Chenot, photographe

Au café Le Cadran (photo Daniel Chenot)

Ancien pilier du Quartier Pernety, Daniel Chenot en a conservé par devers lui l’âme en plus de la mémoire. Il a habité à Pernety dès ses plus jeunes années et a eu pendant 40 ans son atelier de photographe-illustrateur-publicitaire au 130 de la rue du Château. Avec le soutien de Dominique Mazuet qui dirige La Librairie des Tropiques, il a publié en 2014 un beau livre de photographies intitulé rue du Château qui est un témoignage de la rénovation immobilière opérée dans notre Quartier au début des années 80 et qui finira par le contraindre à quitter son atelier. Il écrit dans la préface de son livre : “Dès mon arrivée dans ce petit coin retiré du XIVème, je fus touché par la chaleur humaine de mes nouveaux voisins : une petite communauté vivant dans la cour du 130 grâce à des loyers modérés. Je me souviendrai toujours de leur gentillesse et de leur intérêt à mon égard”. Faut-il croire aux forces de l’esprit pour prétendre que rien n’a changé ?

Les “règles du Quartier”

Cela fait aujourd’hui dix ans que Daniel Chenot a laissé son atelier derrière lui, le 130 de la rue du Château laissant la place à un énigmatique 130 bis. Mais la nostalgie des habitants du Quartier semble toujours habiter le photographe alors que nous nous escrimons à l’interroger sur son métier de créateur et d’artiste du 14ème: “La vraie création, ça reste quand même les gens qui font partie du Quartier”, nous recadre-t-il gentiment dès le début de notre interview. Elle naît des relations nouées entre les différentes personnalités de chacun”. D’ailleurs, le premier chapitre de rue du Château se passe au bistrot Le Cadran, l’ancien nom des Tontons qui fait l’angle de la rue du Château et de la rue Raymond Losserand. “La nostalgie est derrière le comptoir”, nous certifient dans un autre beau livre de photos Pierre Josse et Bernard Pouchèle (*). Et effectivement, les souvenirs du Cadran se bousculent dans la tête de Daniel : “Ce café était un point de rencontre très important du Quartier, se rappelle-t-il. Il servait aussi de distributeur de billets à une époque où il n’y avait pas encore de carte bleue, car c’est Nono, la gérante et propriétaire, qui bien souvent nous prêtait de l’argent pour le week-end. Nous avions également pour règles du Quartier de ne jamais payer notre café car nous étions toujours invités par une personne qui se trouvait au bar et c’était à chacun son tour sa tournée. Il y avait pas mal de gens qui venaient de très loin pour venir prendre leur café à cet endroit”. Daniel se souvient qu’à son époque tout le monde se saluait en se souhaitant le bonjour dans l’artère du Village Pernety où il avait son atelier. Avant la rénovation urbaine qui a en réalité été entamée dès les années soixante, la rue du Château abritait des imprimeurs, des photographes, bon nombre d’artistes désargentés, et même un théâtre comme en témoigne le livre de photos du vétéran du Quartier. Seules quelques petites maisons  – dont l’atelier d’Anna Waisman – ont survécu. “Adieu, charmantes courettes jouxtant ces petites maisons simples de deux étages au plus, et qui faisaient la magie de ce coin de Paris populaire !”, écrit Daniel en préface de rue du Château. Un coin de Paris populaire qui vaut bien toutes les vies de château…

Les habitués du Cadran et le flipper des années 80 (photo Daniel Chenot)

De la rue Vercingétorix à la rue du Château

Oui, rue du Château est un livre nostalgique, et alors ? Daniel Chenot est profondément humaniste et assume totalement son amour du Village Pernety et son attachement à tous les souvenirs qui continuent à le relier à lui. Il nous raconte comment, quelque temps après sa rencontre avec Robert Doisneau qui lui permet en 1964 de devenir reporter-photographe pour l’agence de communication Synergie, il est hébergé dans l’ancien atelier de Gauguin du 6 rue Vercingétorix par Pierre Jamet, un ami qui en plus d’être photographe est également chanteur puisqu’il est l’un des membres du groupe vocal Les Quatre Barbus très en vogue à l’époque. Appuyé par son père imprimeur qui le guide vers ses premiers clients, Daniel finira par installer son atelier de photographe-illustrateur-publicitaire au 130 rue du Chateau en 1974. C’est un grand atelier de plus de 80 m2 qui s’étale sur trois étages et qui comprend un labo au sous-sol, un espace photo au rez-de-chaussée et des bureaux au premier étage. Il va y rester quarante ans pour exercer son art tout en étant témoin de la démolition de nombreux bâtiments de son voisinage qu’il décidera d’immortaliser dans son ouvrage paru en 2014. Pendant que les pelleteuses s’activent, il ne perd pas une miette de l’humanité qui se manifeste autour de lui. Il se souvient comment, après avoir installé un piano dans son atelier à l’invitation de sa professeure de musique, il intriguait beaucoup le balayeur qui l’écoutait répéter toujours les mêmes morceaux à travers la vitre du rez-de-chaussée… Il se souvient également comment il a été aidé dans son activité de photographe par le fils de sa voisine grecque qui exerçait à l’époque le métier de coiffeur près de son atelier et qui s’est révélé être un renfort très précieux. Il se souvient enfin de ses multiples expositions au café Le Cadran dont la salle du restaurant accueillait des habitués venant tout aussi bien de Paris que de la campagne. Toute cette chaleureuse ambiance de la rue du Château et alentours est illustrée par de nombreuses photos du livre du photographe qui est toujours bien plus prompt à parler humain qu’à parler technique.

Les pelleteuses à l’assaut du 112 rue du Château (Anna Waisman à la fenêtre du 110) (photo Daniel Chenot)

Un métier relié au temps

Daniel se décide quand même à nous entretenir de son métier de professionnel de la photographie, mais sans jamais se départir d’une certaine hauteur de vue. “Mon métier est infiniment relié au temps car une bonne photo d’il y a dix ou vingt ans n’est pas toujours une bonne photo aujourd’hui, nous explique-t-il. Quand j’ai commencé mon travail, la conception de l’image n’était pas du tout la même et chaque époque a sa propre manière de voir. Les photographes, de même que les publicitaires qui sont souvent les commanditaires de leur travail, peuvent d’ailleurs très facilement reconnaître la période ou même l’année à laquelle une photographie se rapporte. Cela ne veut nullement dire que les photos anciennes sont mauvaises, cela veut seulement dire que notre appréhension de l’image est sujette au temps, autrement dit que ce que l’on ressent d’une image dépend de l’époque où elle a été prise. Cartier Bresson disait des photos qu’elles étaient des coupures dans l’univers du temps.” Les grands photographes de leur temps ont permis à cet art longtemps considéré comme un art populaire d’acquérir ses lettres de noblesse. Cela fait à peine trente ans que l’on expose des oeuvres photographiques, la première exposition de photos en couleur de Daniel datant de 1995. La révolution numérique des années 1990-2000 a encore rebattu les cartes et achevé de démocratiser l’accès de tous à la photographie au point que chacun peut aujourd’hui s’improviser photographe muni d’un simple téléphone portable. A-t-on d’ailleurs encore aujourd’hui besoin de cours pour réaliser des bonnes photos ? Sans prétendre pouvoir définir ce qu’est une bonne photo après nous avoir longuement expliqué que cette notion était très évolutive dans le temps et éminemment personnelle dans la mesure où elle fait intervenir les subjectivités du preneur d’images et de de ceux qui contemplent son travail, Daniel n’en continue pas moins à enseigner l’art de la photo le samedi à 10h30 à l’association ENAC (Enseignement Art et Culture) qui est basée au… 104 de la rue du Château ! “J’essaie très humblement d’apprendre à mes élèves à regarder en leur permettant d’affiner et d’enrichir leur regard et en tentant de leur faire prendre conscience de ce qu’ils regardent”, nous dit-il. La meilleure façon de vous convaincre de l’utilité de pouvoir bénéficier de l’oeil du photographe est sans doute d’acquérir son prochain ouvrage à paraître, fruit de ses promenades dominicales à Saint-Germain.

Une habitante de la rue du Château (photo Daniel Chenot)

(*) La nostalgie est derrière le comptoir, par Pierre Josse et Bernard Pouchèle, préface d’Alphonse Boudard, éditions Critérion.

Cliquez ici pour accéder au site de Daniel Chenot, Photographe.

Les toutous de Pernety se rebiffent !

Camille et Rita, fondatrices du groupe des “toutous du quartier”

“Tout, tout, tout, vous saurez tout sur les toutous !” Il fallait nécessairement un complément au dernier reportage de Télé 14 intitulé Les toutous du quartier font de la résistance (cliquez ici) qui, depuis cet après-midi, fait la une de l’actualité dans le 14ème arrondissement de Paris. Nous avons rencontré à la terrasse du bar-restaurant L’Imprévu Camille qui a fondé avec Rita, sa petite Chihuahua, le groupe des Toutous du quartier destiné à créer du lien social entre les habitant(e)s du village Pernety propriétaires de chiens. Il s’agit concrètement de permettre à tous et à toutes de se retrouver autour de nos amis à quatre pattes et de partager des conseils et des bons plans pour rendre leur vie plus agréable. Rien de scandaleux a priori ! C’était sans compter sur le zèle de la police municipale du 14ème…

Le mauvais plan des squares interdits aux chiens

Nous promettons de ne pas lui prendre plus d’un quart d’heure de son temps car Camille est très occupée. Elle s’apprête à reprendre la boutique Chez Victor qui est située à l’angle de la rue Pernety et de la rue de l’Ouest et qui réouvrira, si tout se passe bien, avant la fin du mois. Cette native du 14ème arrondissement est très attachée au Quartier Pernety dont elle se désole de constater la dégradation actuelle des conditions de vie des habitants. C’est précisément pour contribuer au mieux-vivre ensemble qu’elle a créé il y a tout juste deux ans, au moment du second confinement, le groupe des Toutous du Quartier : “Lorsque j’ai eu Rita ma petite chienne et que j’ai commencé à la promener, j’ai rencontré d’autres propriétaires de chiot avec lesquels j’ai souhaité rester en contact pour permettre son éveil et sa nécessaire sociabilisation, se rappelle Camille. Mais le groupe que j’ai créé a aussi permis aux propriétaires de chien de ne pas rester isolés pendant le confinement. C’est d’ailleurs assez incroyable de voir le nombre de personnes que j’ai pu rencontrer de cette manière – surtout des femmes sans enfant, ce qui témoigne d’une nouvelle façon d’envisager la vie en dehors de la famille nucléaire classique. Nous sommes aujourd’hui au total 47 membres du groupe qui échangeons des renseignements sur la santé de nos petits protégés ou sur comment trouver un bon vétérinaire dans le Quartier !” Camille découvre à cette occasion à quel point les chiens sont vecteurs de lien social. Les propriétaires de toutous prennent l’habitude de se réunir au square Alberto Giacometti qui fait l’angle de la rue Didot et de la rue des Thermopyles ou bien dans le petit jardin public de la ZAC Didot qui jouxte la Place de la Garenne. Dans ces deux endroits interdits aux chiens, ils jouent au chat et à la souris avec les employés municipaux : “Nous avons fini par bien les connaître, témoigne Camille. Souvent ils se contentent de nous dire que nous n’avons pas le droit d’être là sans nous verbaliser. Ils nous tolèrent et nous les respectons en retour”.

Quatre membres de l’équipe des “Toutous du quartier”

Rupture d’égalité

Patatras ! Cette fragile complicité n’a plus été de mise samedi matin dernier dans le square Alberto Giacometti quand une poignée de policiers municipaux est venue verbaliser les gentils membres des Toutous du Quartier. Camille n’était pas présente sur les lieux mais fait entièrement confiance à Olivia qui a raconté la scène : “Les policiers nous ont dit qu’ils étaient chargés d’éradiquer les toutous des squares sur ordre de la Mairie et de Madame la Maire du 14ème, ce qui n’a pas manqué de me faire sortir de mes gonds”. La chargée de communication de l’association Vivre Plaisance ose en effet rétorquer aux policiers qu’ils seraient sans doute mieux inspirés de pourchasser les dealers et ceux qui occupent le square en y laissant chaque jour leurs détritus. “Je pense que les propriétaires de chien respectent plus les parcs et jardins publics que beaucoup de gens, abonde Camille. Et malheureusement, c’est nous qui sommes hors-la-loi ! C’est vraiment triste parce qu’il y a même des gens qui viennent avec leurs enfants pour leur permettre de jouer avec nos toutous. On peut bien sûr comprendre que les jardins publics soient interdits aux chiens dans la mesure où beaucoup de leurs maitres ne respectent pas en France les règles de propreté et d’hygiène indispensables. Mais on peut sans aucun doute travailler sur ces comportements comme j’ai pu le conster à Barcelone où aucune déjection canine ne pollue les rues et les parcs dans lesquels les chiens sont naturellement admis.” Le respect des lois et des autres est sans doute la clef du problème qui dépasse largement les critiques que l’on peut adresser à telle ou telle municipalité. Pour autant, les Toutous du Quartier ne comptent aucunement désarmer et travaillent activement à la préparation d’un voeu qui sera soumis au Conseil d’Arrondissement de Paris 14ème et qui vise à autoriser l’accès aux squares des chiens restés sous le contrôle direct de leur maître. “Un bon chien vaut mieux que deux kilos de rats”, aimait à rappeler Boris Vian…
Un toutou qui se tient droit !

Chantal Grimm célèbre les belles rebelles du Moyen-Age et de la Renaissance

Chantal Grimm en concert (photo J. Amiel)

Les fées marraines qui se sont penchées sur le berceau de Chantal Grimm étaient-elles les belles rebelles du Moyen-Age et de la Renaissance dont elle réinterprète aujourd’hui les chansons et la poésie ? L’auteure-compositrice-interprète, très active dans le 14ème arrondissement de Paris au travers de ses activités associatives, a l’honnêteté de ne pas cacher qu’elle a été gâtée par la nature et dotée de multiples dons à l’origine d’une oeuvre foisonnante dont nous serions bien en peine de faire le tour. Rencontre au Château Ouvrier à l’issue d’un atelier d’écriture de nouvelles.

Artiste et historienne de la chanson

Chantal Grimm est une chanteuse à texte qui perpétue cette belle tradition française dont un des plus illustres représentants a également vécu dans le 14ème arrondissement de Paris. Toute féministe militante qu’elle soit, c’est bien le nom de Brassens qu’elle prononce en premier (avant celui de Brel et de Barbara) pour rattacher son oeuvre à celles de ses prédécesseurs. L’auteure-compositrice-interprète a elle-aussi pu bénéficier d’un éclairage médiatique à la fin des années 70 et au début des années 80 bien qu’elle ait, par timidité, longtemps hésité à frapper à la porte du métier qui correspond à sa vocation profonde. Elle se fait connaître comme artiste en organisant en 1976 le festival Chansons de femmes au théâtre Mouffetard à Paris et connait un beau succès à la radio avec son premier disque Variations en femmes majeures édité au Chant du Monde en 1978 et dont le titre Le Piano cassé est programmé par de nombreuses stations. Mais les chansons de la vague folk de la fin des années 70 dans laquelle elle s’inscrit ne pèseront pas lourd face à la déferlante hard rock dans les choix des programmateurs des radios les plus commerciales de l’époque. “Il faut bien reconnaître que ce métier est complètement asservi à des modes de plus en plus nombreuses et rapides qui nous viennent d’outre-atlantique et qui se mélangent plus ou moins bien à notre tradition”, constate Chantal. “A part quelques-uns qui, comme Anne Sylvestre, avaient suffisamment travaillé, les chanteurs à textes ont tous été balayés en 1982 peu après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, malgré les très méritoires efforts de Jack Lang pour soutenir les groupes qui pratiquaient l’activisme chanson dont le Printemps de Bourges et le Hall de La Chanson sont les héritiers”. Mais l’artiste a fort heureusement bien plus d’une corde à son arc. Elle s’est depuis bien longtemps intéressée à l’histoire et à l’esthétique de la chanson et a déjà sorti en 1972 avec deux amis un véritable dictionnaire de la chanson française intitulé Cent ans de chanson française. Forte de ce travail et de son succès artistique qui a duré environ cinq ans, elle a été invitée pendant des années à promouvoir la langue française dans le cadre de tournées à l’étranger organisées par l’Institut français et pendant lesquelles elle a alterné missions d’enseignement et activités artistiques. Et, si elle a depuis entamé une seconde carrière de chanteuse pour enfants, elle n’en continue pas moins à se produire ponctuellement lors de concerts et à sortir de nouveaux opus. Pour preuves : Mes lunes, un nouvel album de seize titres inédits sorti en février 2020, et également la quatrième réédition de Ballades des belles rebelles qui met en musique celles qu’elle considère comme ses vraies marraines en chant et en poésie tout droit sorties du Moyen-Age et de la Renaissance et répondant aux doux noms de Christine de Pisan, Marguerite de Navarre, Louise Labé, Pernette du Guillet, Marie Stuart, Madeleine de l’Aubespine, Madeleine des Roches, Marie de Brabant, Marie de Romieu ou encore Anne des Marquets.

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Fondatrice de l’association des Ecrivants Chanteurs

Presque vingt ans d’activités associatives dans le Quartier Pernety ont également fait de Chantal Grimm un personnage incontournable du 14ème arrondissement de Paris. Elle s’est définitivement installée dans notre Quartier en tant qu’animatrice en fondant en 2005 l’association des Ecrivants Chanteurs qui propose des stages de professionnalisation pour les chanteurs amateurs, des ateliers d’écriture et des cabarets-chansons. Chantal est ravie de mettre à profit un autre de ses dons qui lui est très cher et pour lequel elle a même été sollicitée par la Sorbonne : faire écrire les autres. S’agissant tout particulièrement de la chanson, elle se flatte d’avoir inventé une méthode qui fournit certaines clés pour mettre ses propres mots en musique : “Il y a beaucoup de gens qui ont le pouvoir d’écrire poétiquement et qui ont également une sensibilité musicale à l’audition, mais qui n’ont pas le pouvoir de créer des musiques”, fait-elle très justement observer. Chantal organise tous les mois au Château Ouvrier un atelier chanson qui est, depuis la pandémie, beaucoup plus vivant en distanciel qu’en présentiel. “On a réussi à faire chanter les gens par le moyen de téléphones portables qui sont aujourd’hui d’une telle qualité qu’on pouvait réellement croire qu’il s’agissait d’enregistrements studio quand on en a fait des disques. C’est sans doute le seul atelier qui existe aujourd’hui de cette manière, précise l’auteure-compositrice-interprète en me tendant deux CD édités par l’association qui témoignent du travail de très grande qualité des participants. “Forts de notre abondante production, nous avons également monté des spectacles à L’Atelier du Verbe du 17 rue Gassendi, ajoute-elle. Et nous avons eu la surprise de constater que des gens complètement inconnus qui font de la chanson à texte pouvaient remplir une salle. Nous envisageons même d’utiliser un nouvel endroit pour nous produire rue du Couédic dans l’atelier de sculpture d’une de nos stagiaires qu’elle va transformer en salle de spectacle pour notre usage.” A côté de l’atelier chanson, l’artiste-enseignante anime également au Château Ouvrier des ateliers hebdomadaires d’écriture de nouvelles d’un niveau plutôt exigeant et qui ont également été l’occasion de la parution de deux livres écrits par ses élèves intitulés Contes et Nouvelles au Château Ouvrier (parus en 2017 et 2021 aux éditions Unicité). Pas étonnant qu’avec un tel bilan, l’association des Ecrivants Chanteurs déborde du cadre du seul 14ème arrondissement où elle a son siège : “Les deux tiers des participants à mes ateliers viennent d’ailleurs, nous précise Chantal. Certains du Midi de la France, d’autres de Bourgogne ou même de Belgique.” Puissent les Ecrivants Chanteurs rayonner aussi loin et longtemps que les belles rebelles du Moyen-Age et de la Renaissance !

Cliquez ici pour accéder au site de Chantal Grimm et découvrir le panorama de ses multiples talents et activités. Cliquez ici pour accéder au site des Ecrivants Chanteurs.

Les Ecrivants Chanteurs en concert dans le 14ème au Jazz Café Montparnasse

Notre visite de l’atelier d’Anna Waisman, rue du Château

Christian Deutsch, “médaille Fields citoyenne” du 14ème

La souriante équipe de CC14 au Forum des Associations 2022 (Christian Deutsch au fond à gauche)

Nous nous étions donné rendez-vous il y a presque un mois le 22 septembre 2022 à 11 heures au Café d’Orléans sur l’avenue du Général Leclerc et, à peine assis, j’ai commandé un Ricard. J’aurais été mieux inspiré d’opter pour un double café bien serré car Christian Deutsch est un redoutable intello. Il a été enseignant chercheur en mathématiques à la faculté, créateur d’une boite de conseil, haut cadre dirigeant d’une société multinationale en intelligence artificielle et fut en 2020 compagnon de route de Cédric Villani dans le cadre de sa campagne des élections municipales parisiennes. Il est aujourd’hui dans notre arrondissement le président fondateur de Citoyennes Citoyens de Paris 14ème (CC14) dont il nous a expliqué en 68 minutes et quelques flyers les tenants et les aboutissants.

Incub-acteurs de la démocratie particip’active

Citoyennes, Citoyens de Paris de 14ème est un incubateur d’initiatives citoyennes non partisanes. A l’origine de cette initiative, il y a le constat de l’actuelle défiance envers les corps intermédiaires (partis politiques, syndicats, entreprises, etc.) qui éloigne les citoyens du politique au sens noble du terme et met notre démocratie représentative en danger. D’où l’urgente nécessité de remettre les citoyens au coeur de la cité pour que les décisions prises au nom de l’intérêt général soient comprises, acceptées et suivies. CC14 se propose d’aider les habitants et usagers du 14ème à co-construire leur arrondissement en favorisant la participation citoyenne et en accompagnant le développement de leurs projets. L’association mobilise à ce titre ses adhérents et sympathisants, qui peuvent être “correspondants territoriaux” ou “incub’acteurs”, pour accompagner et aider les Conseils de Quartier dans les initiatives citoyennes qu’ils soutiennent. Rien de moins fumeux que tout cela : la preuve par les mégots ! Le 17 septembre 2022, CC14 s’est mobilisée pour participer à la Journée Mondiale du Nettoyage (World Cleanup Day) dans le cadre de la co-construction d’un projet “zéro mégot” avec la Mairie du 14ème qui trouve son origine dans l’initiative individuelle de Rayan, un citoyen engagé et amoureux de Paris qui s’est un jour mis à ramasser les mégots qui jonchent les trottoirs parisiens. Depuis, tous les samedis de 11 heures à 13 heures, les membres de CC14 au premier rang desquels se trouvent Marie-Pierre Bigot, Sébastien Goy et Rayan, mènent des actions pour la propreté de nos rues : 3.000 mégots sont ramassés en deux heures, ce qui aboutit à économiser 300.000 litres d’eau non polluée sachant qu’un seul mégot pollue cent litres d’eau, met douze ans à se désagréger et génère des microplastiques qui polluent pendant 150 ans (!). Par cet exemple très concret, Christian nous montre comment une problématique qui peut se poser à n’importe quel individu peut se transformer en projet citoyen. “Nous souhaitons avec CC14 redonner le goût à la politique dans un rapport non clientéliste d’interaction citoyenne, nous explique Christian qui est très alarmé par le taux d’abstention aux élections. Pour ce faire, nous nous sommes demandés ce qui pouvait ramener le citoyen dans l’élection et le jeu politique local en le rendant acteur de la vie démocratique de la cité. Car, poursuit-il, une fois sorti de la campagne électorale, le citoyen disparait pour ne plus apparaître que lorsque les élus le décident dans le cadre de participations publiques concernant par exemples le Plan Local d’Urbanisme (PLU) ou bien l’aménagement de certaines places (Denfert-Rochereau, de Catalogne, des Droits de l’Enfant, etc.). Or ces consultations sont souvent des faux-semblants en ce qu’elles sont loin de respecter les principes de la démocratie particip’active énoncés dans la Charte mise en place par le gouvernement en matière d’environnement et qui a été utilisée de façon exemplaire par le Conseil régional Centre-Val de Loire pour toutes les questions de participation publique. Cette charte n’est malheureusement absolument pas appliquée par la Mairie de Paris.”

Accompagner les Conseils de Quartier

Christian et les membres de CC14 sont convaincus que tous les citoyens ont un rôle actif à jouer dans la vie de la cité, y compris en dehors des campagnes électorales. Cette implication accompagnant la conscience citoyenne doit naturellement aboutir à faire monter l’exigence collective envers les élus. En quoi cependant l’action de CC14 se distingue-t-elle de celle des Conseils de Quartier qui sont des structures qui existent depuis 2002 et qui associent les habitants des grandes villes à la gestion municipale ? “CC14 accompagne les Comités d’Animation des Conseils de Quartier et veille à ce qu’ils fonctionnent mieux, nous répond Christian. Nos adhérents et sympathisants sont d’ailleurs bien présents dans chacun des Conseils de Quartier du 14ème arrondissement et contribuent à en améliorer le fonctionnement en les décloisonnant géographiquement et en oeuvrant à la coordination et à la mutualisation des ressources nécessaires pour en assurer l’animation. Nous avons un rôle assez semblable à celui de l’observatoire de la démocratie locale dont nous venons de faire voter, lors de notre dernière plénière, l’urgence de la mise en place.” Car Christian est tout particulièrement actif au sein du Conseil de Quartier Mouton-Duvernet sur le territoire duquel se trouve le site de La Rochefoucauld. Ce site qui constitue un enjeu municipal considérable a été l’occasion d’une véritable démonstration de force du travail de CC14 à toutes les étapes de l’élaboration du PLU. “Lors de la première phase du PLU, la Mairie a lancé une consultation demandant aux citoyens de s’exprimer sur le diagnostic, se rappelle Christian. A l’occasion de cette phase essentielle, CC14 a déposé 80 à 90% (!) des points de diagnostic, ce qui a d’ailleurs été le motif d’un grand satisfecit de la Mairie sur l’efficacité de la consultation. Nous avons par la suite participé, conjointement avec l’association Sauvons La Rochefoucauld, à la rédaction d’un voeu voté en plénière puis en Conseil d’Arrondissement par lequel nous réclamions aux élus une véritable concertation sur le projet de même que la mise en place d’un comité de suivi – qui n’est pourtant malheureusement toujours pas installé aujourd’hui…”. La relative efficacité du travail entrepris ne décourage nullement Christian. CC14 continuera à communiquer pour alerter les habitants et usagers du 14ème et les exhorter à tenir leur rôle de citoyens concernés par l’évolution de leur cadre de vie local. L’une des dernières initiatives de l’association a d’ailleurs été d’accompagner et de soutenir le Comité d’Animation du Conseil de Quartier Mouton-Duvernet dans la réalisation lors du dernier Forum des Associations d’un sondage intitulé “Vivre la citoyenneté sur votre quartier” et destiné à mesurer la motivation des Quatorziens à participer à leur Conseil de Quartier. Un paramètre ô combien important à prendre en compte lorsqu’on s’attelle à résoudre l’équation pas du tout impossible du mieux vivre ensemble dans le 14ème arrondissement de Paris !

Cliquez ici pour accéder au site de CC14.

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Lou Hopop, pas folle la guêpe!

Lou très colère après avoir été piquée par une guêpe…

J’ai finalement réussi à coincer Lou Hopop après de longues semaines de traque sur internet. L’artiste de Pernety n’a pas eu d’autre choix que de s’asseoir en face de moi au Laurier pendant plus d’une heure à l’heure du déjeuner en compagnie de sa meilleure amie la guêpe qui était également là pour lui casser les pieds entre deux bouchées de filet de lieu noir au curry de Madras. Je savais bien que ce serait un top moment de ma vie et ça le fut effectivement. Même pas besoin de réécouter l’interview pour vous parler de mon artiste chouchou de Pernety !

Besoin compulsif de peindre

Comme l’annonce son site internet, “la peinture de Lou Hopop, c’est du Mmmmh !! du Rrrhaaa !! du Grrrrrr !”. Certes. Mais ce que Lou oublie de préciser, c’est que c’est aussi beaucoup de Hahaha !, ce qui est une très bonne nouvelle pour tous ceux qui, comme elle, refusent de se prendre trop au sérieux. Lou Hopop Bref Lou Guinard, plus connue sous son nom d’artiste Lou Hopop, est née à Paris en 1980. Très précoce pour son âge, elle devient punk à treize ou quatorze ans. Mais elle était sans doute dès le berceau déjà branchée sur la musique car son univers artistique évoque bien plus le punk-rock que la culture hip-hop dans laquelle elle baigne dans sa jeunesse. J’ai oublié de lui demander quelles études elle a suivies et j’ai très bien fait car cela n’a absolument aucune importance pour une artiste-née et complètement autodidacte. Elle commence par exercer ses talents en province dans l’univers de la brocante qui lui offre de très nombreux supports (chaises, fauteuils, paravents, etc.) sur lesquels elle “s’éclate juste pour le fun” avant de se découvrir une véritable addiction à la peinture en 2014. C’est pour obéir à ce besoin compulsif de peindre qu’elle décide de revenir se “sédentariser” à Paris. Elle y croise Ben au Lavo // Matik, la fameuse galerie d’Arts Urbains parisienne, qui l’invite à y exposer ses premières oeuvres qui sont sans surprise immédiatement très bien accueillies. Lou prétend n’avoir aucune(s) technique(s) mais elle en parle néanmoins très bien sur son site… : d’abord un fond mêlé de graffitis, de tags au posca, à la bombe, posés sur de vives couleurs juxtaposées, culbutées, travaillées en fonction du sujet qu’elle viendra dans un deuxième temps peindre au pinceau à l’acrylique noir et opaque. Le résultat c’est top, le résultat c’est Lou Hopop !

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Autoportrait (?) en femme Bisounours

Des étincelles plein les yeux

A-t-on besoin d’écrire quand il suffit de regarder avec ses yeux ? Le talent, ça saute au visage, et Lou en a énormément. Elle aime la vie puisqu’elle aime les hommes, le sexe, le travail, la musique et la rigolade – et qu’elle n’a surtout pas peur de le montrer dans ses oeuvres. Il ne faut pas gratter très longtemps pour voir la punk, donc la Femme, percer sous sa peau de Bisounours rose. Lou me dit qu’elle a commencé par écrire avant de peindre. Il semblerait que la peinture (ou la sculpture ?) soit un média plus immédiat que l’écriture pour révéler son moi profond. Dans la très belle et très complète interview qu’elle a accordée à Black Dog Bone sur le site Murder Dog International (cliquez ici), Lou déclare : “D’ailleurs j’ai souvent tendance à rougir quand je montre une toile la première fois à certaines personnes ; la peur peut-être qu’elle n’en découvre sur moi plus que je ne le sache déjà !”. Un peu plus loin : “Je n’ai pas assez de recul pour te dire ce qui est le plus important dans ma carrière, mais un pur moment de folie, c’est quand tu perçois des étincelles dans les yeux de la personne qui découvre ta toile ; là c’est un truc de fou ! Super intimidant, mais un truc de fou !”. Nos yeux s’allument notamment (mais pas que !) lorsqu’ils glissent sur les toiles les plus puissamment érotiques, transgressives et un peu taboues réalisées par Lou. Imagine-t-on un homme en peindre autant à une époque où les moeurs sont peu à peu corsetées par la bégueulerie des néo-féministes ultra ? Lou a bien trop d’humour pour en être. Mais elle ne se doute pas encore dans quel guêpier elle s’est fourrée en nous excitant de la sorte, nous pauvres et misérables hommes ! Je plaisante bien sûr… Merci Lou et encore bravo !

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RHHAAA! ET CETERHHAAA!

Ambre Castilla, peintre-coloriste de Montparnasse

Les coloristes se bousculent au portillon du 14ème arrondissement en ce début du mois d’octobre 2022. En parallèle de l’exposition des dessins au pastel de Jean-Pierre Torlois au Paradol. Café culturel (cliquez ici), la Galerie du Montparnasse du 55 rue du Montparnasse accueille du 2 au 12 octobre dans ses très vastes 150 m2 les oeuvres de mademoiselle Ambre Castilla qui est une grande habituée du lieu de même que du Marché de la Création du boulevard Edgar Quinet. Deuxième rencontre ce samedi 1er octobre alors qu’étaient accrochés les derniers tableaux de cette nouvelle exposition de dix jours.

Une aspiration artistique très précoce

Ambre Castilla est une Parisienne d’origine sud-américaine (péruvienne très précisément) dont l’imaginaire a été nourri par de nombreux voyages à travers le monde. Elle rêve d’être artiste-peintre depuis sa prime enfance pendant laquelle elle est très couvée par son parrain Pierre Benoist qui est conseiller général d’Île-de-France et qui l’emmène visiter tous les musées parisiens dès l’âge de cinq ans. Son père linotypiste ne la dissuade pas de renoncer à sa vocation et l’inscrit après ses études secondaires à l’Ecole du Louvre. Elle n’en perd pas pour autant le contact avec la réalité de la vie quotidienne puisqu’elle exerce de nombreux métiers en parallèle de sa passion pour l’art pictural (secrétaire sténodactylo, employée bancaire, secrétaire dans un gros cabinet d’architecture) avant d’ouvrir un magasin de vêtements vintage à Montparnasse puis Poudre de Lune, une boutique de création de mode à Saint-Germain-des-Prés qui sera maintes fois repérée par la presse. “J’avais parmi ma clientèle surtout des femmes aisées qui appréciaient les oeuvres réalisées à la main par mes créateurs, dont par exemple Carlos Sotto Mayor rendue célèbre par son idylle avec Jean-Paul Belmondo”, se rappelle Ambre. C’est après ces différentes expériences professionnelles, au début des années 2000, que la peintre va prendre son envol. Elle commence par peindre des châteaux cathares qu’elle vend avec succès dans le Pays cathare et aussi auprès de collectionneurs parisiens avant d’enchainer les expositions à Paris et à l’étranger dont une exposition personnelle de trente tableaux intitulée L’Inde et la France en 2007 dans le vingtième arrondissement. Elle illustre également plusieurs livres d’inspiration ésotérique qui rentrent en résonnance avec sa peinture. Résidente de très longue date du 14ème arrondissement de Paris, elle ne manque pas non plus de fréquenter assidûment le Marché de la Création (anciennement, marché des artistes de Montparnasse) qui a lieu chaque dimanche matin boulevard Edgar Quinet.

“Femmes au marché”, des couleurs qui ne manquent pas de faire penser à Gauguin

Une coloriste reconnue

A la fin des années 2000, Ambre Castilla reprend durant un an des cours d’art contemporain pour perfectionner sa technique. Elle est aujourd’hui une coloriste reconnue par certains des galeristes les plus expérimentés, comme par exemple la directrice de la Galerie EverArts. “Mon talent particulier pour mélanger les peintures est complétement inné”, nous précise la peintre qui revendique également une certaine énergie vitale qui la fait toujours aller de l’avant dans son entreprise créatrice sur les traces d’Emil Nolde (1867-1956), le célèbre peintre expressionniste allemand dont l’oeuvre est également le résultat d’un mariage inhabituel de couleurs. Ambre Castilla me fait visiter la galerie et stationner devant chacune de ses oeuvres actuellement exposées qui peuvent aussi bien représenter un port breton que des femmes au marché ou encore des canettes de boisson et même des plastiques entreposés dans la mer. Farandole, Nouveau Monde, Souffrance sont les noms d’autres oeuvres dont elle est particulièrement fière. “Chaque tableau apporte son énergie propre pour créer une entité qui tend à s’intégrer à l’univers cosmique”, proclame le document de présentation que me tend la peintre. […] Par la beauté des couleurs et la capture de la lumière, elle fait partager d’un seul coup d’oeil une émotion.” Personnellement, je flashe tout particulièrement sur les couleurs fluo de ce qui semble être une langouste ou un homard taillé en pièces. Mais la coloriste au style impressionniste sait également s’exprimer en noir et blanc dans cet autre tableau représentant l’intérieur d’un café parisien. Ambre Castilla a de nombreuses cordes à son arc et les couleurs de sa palette n’ont pas fini d’exprimer son insatiable envie de vivre, de créer et d’illustrer. Elle fête cette année ses vingt ans de peinture : le plus bel âge, non ?

Ambre Castilla, peintre de Montparnasse, du 2 au 12 octobre à la Galerie du Montparnasse, 55 rue de Montparnasse, 75014 Paris (tous les jours de 14 heures à 20 heures). Tél. : 07.75.11.81.07.

La Maire et la Mairie de Paris bientôt taillées en pièce !

Après son mémorable score à l’élection présidentielle de 2022, beaucoup lui ont déjà taillé un costard, mais la pièce se faisait un peu attendre… Il a fallu qu’Attilio Maggiulli, le fondateur et directeur de la Comédie italienne, se fâche tout rouge à l’occasion du dernier coup dur qui a frappé son petit théâtre situé rue de la Gaité dans le 14ème arrondissement de Paris, pour que justice soit enfin rendue à Madame la Maire de Paris Anne Hidalgo qui sera dès début octobre prochain enfin à l’affiche dans la pièce intitulée Anne Hidalgo, reine des Bobos ! créée par le tempétueux homme de théâtre. Il nous a reçu dans son joli petit théâtre trois semaines avant la première de ce qui ne manquera pas d’être le succès de la rentrée pour les Quatorziens et tous les Parisiens amateurs de satire politique.

La démolition d’une jolie façade rococo bleu cyan et or

Cela fait des années que le théâtre de la Comédie italienne connait de graves difficultés financières consécutives à la disparition progressive des subventions qu’il recevait du ministère de la Culture, de la région Île-de-France, puis de la Ville de Paris. Evidemment, cela finit par taper un peu sur les nerfs… Gare à ceux qui se risquent à contrarier Attilio Maggiulli, le directeur du seul théâtre italien en France dédié, depuis 1974, à la commedia dell’arte ! L’enquiquineuse du moment est la société immobilière qui gère le syndic de copropriété de l’immeuble abritant le théâtre. Suite à une banale demande de ravalement, elle lui impose de démolir une partie de sa jolie façade qui existe depuis 1993 (primée en 1995 par Jacques Chirac alors Maire de Paris) au motif que les travaux de son installation auraient été réalisés sans autorisation préalable, ce que conteste l’homme de théâtre qui prétend avoir bénéficié d’un accord oral de la propriétaire de l’époque à son entrée dans les lieux. Et la Mairie de Paris cautionne cette démolition en ordonnant que la partie du premier étage décorée et louée par le théâtre revienne à son état d’origine. “Bien que la Mairie de Paris ait choisi notre façade pour illustrer La rue des Théâtres sur le site officiel de l’office du tourisme de Paris et ce depuis des années, elle a donné son accord pour sa destruction”, déplore Attilio. “Comment ne pas voir dans cette décision une volonté de nuire à notre professionnalisme en nous privant de sa visibilité ?, poursuit-il sur le site internet de la Comédie italienne. Les Théâtres de la rue sont indignés ainsi que les Associations de spectateurs et plusieurs artistes de premier plan qui suivent depuis longtemps notre travail avec amitié et bienveillance.” Une pétition circule d’ailleurs (cliquez ici pour la signer), qui a en effet déjà réuni presque 25.000 signatures dont certaines sont des plus prestigieuses. De nombreux Quatorziens se sont de fait émus de cette démolition forcée et pas seulement au sein du conseil de quartier Montparnasse-Raspail qui est le conseil de quartier concerné par la rue de la Gaité. Pour enfoncer le couteau dans la plaie, le metteur en scène napolitain a beau jeu de rappeler que la rue des théâtres constitue un îlot culturel protégé en raison de la classification comme monuments historiques des tous proches Théâtre du Montparnasse et Théâtre de la Gaité. Même les membres du Comité d’Animation du Conseil de Quartier Pernety voisin se sont saisis de l’affaire en sollicitant l’avis éclairé (?) de l’élu de la Mairie du 14ème qui est l’élu référent du Quartier Montparnasse-Raspail. Ils n’ont à ce jour reçu aucune réponse à leur demande collective.

“Un pamphlet sur et non contre Hidalgo”

Mais depuis fort longtemps déjà, la Mairie de Paris ne répond plus de rien. Comment pourrait-il en être autrement avec le fantasque Attilio Maggiulli ? “Hidalgo détruit un théâtre…”, “Touche pas Arlequin !”, “Ah Hidalgo ! Saccager un Théâtre dans la rue des Théâtres : il fallait le faire !, Ce n’est pas un crime, c’est une faute…”, dénoncent pêle-mêle les affiches actuellement placardées sur la façade du théâtre du 19 rue de la Gaité. “Elle se fout de tout !, mais bientôt la pièce”, peut-on également lire au-dessus d’une photo de Madame la Maire de Paris. Il fallait en effet nécessairement un exutoire à la rancoeur du metteur en scène formé à Turin par le grand Giorgio Strehler, qui soit à la hauteur de son talent. Alors il a écrit une pièce libératrice pour lui-même et dévastatrice pour mesdames Hidalgo et Petit qu’il tient pour responsables de ses déboires actuels.  “Pendant longtemps, nous avons monté des pièces qui n’allaient pas dans la direction qui convenait à la municipalité en place, nous affirme Attilio. Et c’est pourquoi on nous embête avec cette histoire de façade. La Mairie du 14ème, qui souhaiterait visiblement nous voir disparaître puisque qu’elle omet depuis au moins dix ans de mentionner dans son guide la Comédie italienne sur la liste des théâtres de la rue de la Gaité, est plus que ravie de l’aubaine… La seule façon pour Harlequin de se venger de ces vilénies était de créer un pamphlet sur Hidalgo”. C’est désormais chose faite ! “C’est un pamphlet sur et non contre Hidalgo”, nous précise l’homme de théâtre. Car nous ne sommes nullement contre cette dame mais contre ses agissements et les idées farfelues et complètement anachroniques qu’elle peut défendre et qui touchent à la dimension historique de la ville de Paris. Lorsque l’on veut faire disparaître les fontaines Wallace, le marché aux fleurs de l’Île de la cité et les bouquinistes, c’est qu’il y a vraiment un problème. Sans parler de la saleté et de l’insécurité de plus en plus prégnantes et de l’inévitable hausse des impôts consécutive à l’accroissement considérable de la dette municipale qu’il faudra bien un jour rembourser en payant  pour les bêtises de cette dame et pour les décisions absurdes qu’elle a prises qui reflètent l’incompétence – ou parfois même l’ignorance – de son équipe. Dans notre 14ème arrondissement, poursuit Attilio, on a fait disparaître la Fondation Cartier-Bresson, bientôt la Fondation Cartier pour ne voir en contrepartie apparaître que les 30.000 m3 de béton sous l’avenue du Maine sur lesquels prospèreront Darty et Leclerc, sans mentionner la menace de bétonisation qui pèse sur l’ancien hôpital de La Rochefoucauld. Nous ferons donc également dans notre pièce une place d’honneur à Madame Petit, Maire du 14ème, qui d’ailleurs nous ignore complètement alors que M. Cherki avec lequel nous entretenions de cordiales relations nous avait très généreusement fait bénéficier d’une partie de son indemnité de parlementaire”. Nous n’en saurons pas beaucoup plus sur la pièce satirique sinon qu’elle est actuellement très activement répétée avant d’être jouée à partir du début du mois prochain sur la scène de la Comédie italienne. On espère quand même qu’elle ne fera pas trop bobo !

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“Le Losserand Café”, la force tranquille du Village Pernety

Situé en face du mythique Bistrot au Métro qui revendique le titre de “cantine de quartier depuis 1934”, Le Losserand Café est devenu année après année aussi populaire auprès des habitants de Pernety Village que son vénérable vis-à-vis avec lequel il entretient d’ailleurs les plus amicales relations de voisinage. Les habitués du Quartier s’y retrouvent le matin, le midi et le soir en se mêlant avec la clientèle de passage que déversent la bouche de métro et les hôtels et bureaux situés aux alentours du croisement des rues Losserand et Pernety. Nous avons rencontré Zizou, le discret patron du bar-restaurant, pour percer le secret de ce très tranquille succès.

Une impeccable gestion de la clientèle

Si le patron donne le ton, c’est la clientèle et le personnel qui font l’âme d’un bistrot de quartier. Alors que Le Métro accueille à l’occasion à sa terrasse Mme la Première Ministre Elisabeth Borne, Le Losserand Café est quant à lui le repère matinal quasi-quotidien de Mme la Maire Carine Petit. D’aucuns ne manqueront pas d’y voir le signe d’une plus grande proximité avec les habitants. Constance et proximité sont d’ailleurs les clefs de la réussite du Losserand Café. “C’est l’ADN de notre bistrot familial”, nous dit Zizou. Cela fait en effet des années que l’équipe qu’il manage est la même en salle et derrière le bar. Un lien s’est immanquablement créé avec les habitués du lieu qui s’y sentent à l’aise pour plaisanter dans les limites du chaleureusement correct. “J’écris dans ce café et j’aime ce café avec une quasi passion non seulement pour ce que j’y observe mais également pour ce que les gens qui y travaillent me donnent, nous rapporte Marie. Tous sont merveilleux chacun à leur manière et je les aime plus que ma propre famille. Ils reconnaissent mon originalité et l’acceptent comme ils le font avec grâce avec tous leurs clients. Notre langage passe par l’humour car l’humour peut être la clef des coeurs.” “Ce qui me touche le plus, c’est la gentillesse, donc la noblesse, de toute l’équipe, renchérit Patrice. Leur théâtralité également !”. Quels meilleurs témoignages d’une impeccable gestion de la clientèle pourrait-on donner ? De fait, tout le monde (ou presque) se sent bien au Losserand Café. Sa clientèle, très diverse mais néanmoins homogène, a pu compter parmi ses plus illustres éléments Cabu et quelques autres membres de la très regrettée équipe de Charlie Hebdo se rendant chaque mardi dans les locaux du Canard Enchaîné. Les gens qui se croisent au café finissent par se reconnaitre et à taper naturellement la discute autour des sujets d’actualités ou des évènement sportifs diffusés sur les six écrans de télévision disséminés dans le bar. Le tout dans le respect mutuel et sans jamais aucune agressivité, comme Zizou se fait fort d’y veiller.

Le rendez-vous des sportifs de tout poil

Ce patron de bar d’origine kabyle est arrivé à Pernety en 1995 pour y reprendre ce qui était à l’époque un bar-PMU-Loto de quartier dont il a conservé la décoration d’origine les premières années avant de décider de réaliser une première série de travaux en 2003. Le Losserand Café a fait à nouveau peau neuve après la Coupe du Monde de 2018, victorieuse pour la France. Son aspect actuel est celui d’une brasserie traditionnelle française où se retrouvent les gens de toutes origines : ceux qui vivent et travaillent dans le Quartier bien sûr, mais également de très nombreux touristes qui sont souvent les clients des hôtels alentour. Zizou a identifié plusieurs tranches de clientèle : les habitués du matin qui viennent boire leur café avant de se rendre au travail, les touristes du matin adeptes de la formule petit-déjeuner, ceux qui travaillent dans les bureaux alentour qui viennent pour déjeuner, ceux qui travaillent à distance sur leur ordinateur dans l’après-midi à proximité des lecteurs de livres et des joueurs de scrabble, et les amateurs de sports de la soirée. Le sport est, avec la bonne convivialité et le couscous du vendredi, la spécialité du Losserand Café. Zizou diffuse toutes les disciplines sportives et passe tous les matchs sans exception dans son grand espace de 120 m2 où il y a place pour plus de quarante tables. Et ça marche du tonnerre car la clientèle du Quartier répond présent, comme nous avons pu le constater dimanche dernier lors de la diffusion de deux matchs de la dernière journée de Ligue 1 ! Ce soir là, le Paris Saint-Germain a fait match nul (1-1) avec l’AS Monaco et l’OGC Nice a concédé une large défaite (0-3) sur son terrain face à l’Olympique de Marseille. De quoi réjouir le patron de bar car, même s’il se veut résolument éclectique et non-chauvin, Zizou a une préférence pour le football et un gros faible pour l’OM qu’il ne revendique toutefois jamais par respect pour les supporters des autres clubs de football français dont bien sûr ceux du PSG. Ce secret de polichinelle s’est pourtant suffisamment ébruité pour que le haut management de l’OM, dont le propriétaire Frank Mc Court et l’ancien président Jacques-Henry Eyraud, se pique l’année dernière d’un déplacement au Losserand Café pour assister à un match télévisé… Mais Zizou, qui n’est pas du tout un Ultra, tient absolument à continuer à afficher une neutralité footballistique de bon aloi. Il vous attend avec toute son équipe en ce mois de septembre 2022 pour vous faire passer la meilleure des rentrées !

Cliquez ici pour lire le poème que Basile, philosophe naïf et grand habitué du bar, a consacré à Madame Farida, la maman de Zizou (et Nayma).