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La Maire et la Mairie de Paris bientôt taillées en pièce !

Après son mémorable score à l’élection présidentielle de 2022, beaucoup lui ont déjà taillé un costard, mais la pièce se faisait un peu attendre… Il a fallu qu’Attilio Maggiulli, le fondateur et directeur de la Comédie italienne, se fâche tout rouge à l’occasion du dernier coup dur qui a frappé son petit théâtre situé rue de la Gaité dans le 14ème arrondissement de Paris, pour que justice soit enfin rendue à Madame la Maire de Paris Anne Hidalgo qui sera dès début octobre prochain enfin à l’affiche dans la pièce intitulée Anne Hidalgo, reine des Bobos ! créée par le tempétueux homme de théâtre. Il nous a reçu dans son joli petit théâtre trois semaines avant la première de ce qui ne manquera pas d’être le succès de la rentrée pour les Quatorziens et tous les Parisiens amateurs de satire politique.

La démolition d’une jolie façade rococo bleu cyan et or

Cela fait des années que le théâtre de la Comédie italienne connait de graves difficultés financières consécutives à la disparition progressive des subventions qu’il recevait du ministère de la Culture, de la région Île-de-France, puis de la Ville de Paris. Evidemment, cela finit par taper un peu sur les nerfs… Gare à ceux qui se risquent à contrarier Attilio Maggiulli, le directeur du seul théâtre italien en France dédié, depuis 1974, à la commedia dell’arte ! L’enquiquineuse du moment est la société immobilière qui gère le syndic de copropriété de l’immeuble abritant le théâtre. Suite à une banale demande de ravalement, elle lui impose de démolir une partie de sa jolie façade qui existe depuis 1993 (primée en 1995 par Jacques Chirac alors Maire de Paris) au motif que les travaux de son installation auraient été réalisés sans autorisation préalable, ce que conteste l’homme de théâtre qui prétend avoir bénéficié d’un accord oral de la propriétaire de l’époque à son entrée dans les lieux. Et la Mairie de Paris cautionne cette démolition en ordonnant que la partie du premier étage décorée et louée par le théâtre revienne à son état d’origine. « Bien que la Mairie de Paris ait choisi notre façade pour illustrer La rue des Théâtres sur le site officiel de l’office du tourisme de Paris et ce depuis des années, elle a donné son accord pour sa destruction », déplore Attilio. « Comment ne pas voir dans cette décision une volonté de nuire à notre professionnalisme en nous privant de sa visibilité ?, poursuit-il sur le site internet de la Comédie italienne. Les Théâtres de la rue sont indignés ainsi que les Associations de spectateurs et plusieurs artistes de premier plan qui suivent depuis longtemps notre travail avec amitié et bienveillance. » Une pétition circule d’ailleurs (cliquez ici pour la signer), qui a en effet déjà réuni presque 25.000 signatures dont certaines sont des plus prestigieuses. De nombreux Quatorziens se sont de fait émus de cette démolition forcée et pas seulement au sein du conseil de quartier Montparnasse-Raspail qui est le conseil de quartier concerné par la rue de la Gaité. Pour enfoncer le couteau dans la plaie, le metteur en scène napolitain a beau jeu de rappeler que la rue des théâtres constitue un îlot culturel protégé en raison de la classification comme monuments historiques des tous proches Théâtre du Montparnasse et Théâtre de la Gaité. Même les membres du Comité d’Animation du Conseil de Quartier Pernety voisin se sont saisis de l’affaire en sollicitant l’avis éclairé (?) de l’élu de la Mairie du 14ème qui est l’élu référent du Quartier Montparnasse-Raspail. Ils n’ont à ce jour reçu aucune réponse à leur demande collective.

« Un pamphlet sur et non contre Hidalgo »

Mais depuis fort longtemps déjà, la Mairie de Paris ne répond plus de rien. Comment pourrait-il en être autrement avec le fantasque Attilio Maggiulli ? « Hidalgo détruit un théâtre… », « Touche pas Arlequin ! », « Ah Hidalgo ! Saccager un Théâtre dans la rue des Théâtres : il fallait le faire !, Ce n’est pas un crime, c’est une faute… », dénoncent pêle-mêle les affiches actuellement placardées sur la façade du théâtre du 19 rue de la Gaité. « Elle se fout de tout !, mais bientôt la pièce », peut-on également lire au-dessus d’une photo de Madame la Maire de Paris. Il fallait en effet nécessairement un exutoire à la rancoeur du metteur en scène formé à Turin par le grand Giorgio Strehler, qui soit à la hauteur de son talent. Alors il a écrit une pièce libératrice pour lui-même et dévastatrice pour mesdames Hidalgo et Petit qu’il tient pour responsables de ses déboires actuels.  « Pendant longtemps, nous avons monté des pièces qui n’allaient pas dans la direction qui convenait à la municipalité en place, nous affirme Attilio. Et c’est pourquoi on nous embête avec cette histoire de façade. La Mairie du 14ème, qui souhaiterait visiblement nous voir disparaître puisque qu’elle omet depuis au moins dix ans de mentionner dans son guide la Comédie italienne sur la liste des théâtres de la rue de la Gaité, est plus que ravie de l’aubaine… La seule façon pour Harlequin de se venger de ces vilénies était de créer un pamphlet sur Hidalgo ». C’est désormais chose faite ! « C’est un pamphlet sur et non contre Hidalgo », nous précise l’homme de théâtre. Car nous ne sommes nullement contre cette dame mais contre ses agissements et les idées farfelues et complètement anachroniques qu’elle peut défendre et qui touchent à la dimension historique de la ville de Paris. Lorsque l’on veut faire disparaître les fontaines Wallace, le marché aux fleurs de l’Île de la cité et les bouquinistes, c’est qu’il y a vraiment un problème. Sans parler de la saleté et de l’insécurité de plus en plus prégnantes et de l’inévitable hausse des impôts consécutive à l’accroissement considérable de la dette municipale qu’il faudra bien un jour rembourser en payant  pour les bêtises de cette dame et pour les décisions absurdes qu’elle a prises qui reflètent l’incompétence – ou parfois même l’ignorance – de son équipe. Dans notre 14ème arrondissement, poursuit Attilio, on a fait disparaître la Fondation Cartier-Bresson, bientôt la Fondation Cartier pour ne voir en contrepartie apparaître que les 30.000 m3 de béton sous l’avenue du Maine sur lesquels prospèreront Darty et Leclerc, sans mentionner la menace de bétonisation qui pèse sur l’ancien hôpital de La Rochefoucauld. Nous ferons donc également dans notre pièce une place d’honneur à Madame Petit, Maire du 14ème, qui d’ailleurs nous ignore complètement alors que M. Cherki avec lequel nous entretenions de cordiales relations nous avait très généreusement fait bénéficier d’une partie de son indemnité de parlementaire ». Nous n’en saurons pas beaucoup plus sur la pièce satirique sinon qu’elle est actuellement très activement répétée avant d’être jouée à partir du début du mois prochain sur la scène de la Comédie italienne. On espère quand même qu’elle ne fera pas trop bobo !

Cliquez ici pour accéder au site de la Comédie italienne et ici pour accéder à sa page Facebook.

« Le Losserand Café », la force tranquille du Village Pernety

Situé en face du mythique Bistrot au Métro qui revendique le titre de « cantine de quartier depuis 1934 », Le Losserand Café est devenu année après année aussi populaire auprès des habitants de Pernety Village que son vénérable vis-à-vis avec lequel il entretient d’ailleurs les plus amicales relations de voisinage. Les habitués du Quartier s’y retrouvent le matin, le midi et le soir en se mêlant avec la clientèle de passage que déversent la bouche de métro et les hôtels et bureaux situés aux alentours du croisement des rues Losserand et Pernety. Nous avons rencontré Zizou, le discret patron du bar-restaurant, pour percer le secret de ce très tranquille succès.

Une impeccable gestion de la clientèle

Si le patron donne le ton, c’est la clientèle et le personnel qui font l’âme d’un bistrot de quartier. Alors que Le Métro accueille à l’occasion à sa terrasse Mme la Première Ministre Elisabeth Borne, Le Losserand Café est quant à lui le repère matinal quasi-quotidien de Mme la Maire Carine Petit. D’aucuns ne manqueront pas d’y voir le signe d’une plus grande proximité avec les habitants. Constance et proximité sont d’ailleurs les clefs de la réussite du Losserand Café. « C’est l’ADN de notre bistrot familial », nous dit Zizou. Cela fait en effet des années que l’équipe qu’il manage est la même en salle et derrière le bar. Un lien s’est immanquablement créé avec les habitués du lieu qui s’y sentent à l’aise pour plaisanter dans les limites du chaleureusement correct. « J’écris dans ce café et j’aime ce café avec une quasi passion non seulement pour ce que j’y observe mais également pour ce que les gens qui y travaillent me donnent, nous rapporte Marie. Tous sont merveilleux chacun à leur manière et je les aime plus que ma propre famille. Ils reconnaissent mon originalité et l’acceptent comme ils le font avec grâce avec tous leurs clients. Notre langage passe par l’humour car l’humour peut être la clef des coeurs. » « Ce qui me touche le plus, c’est la gentillesse, donc la noblesse, de toute l’équipe, renchérit Patrice. Leur théâtralité également ! ». Quels meilleurs témoignages d’une impeccable gestion de la clientèle pourrait-on donner ? De fait, tout le monde (ou presque) se sent bien au Losserand Café. Sa clientèle, très diverse mais néanmoins homogène, a pu compter parmi ses plus illustres éléments Cabu et quelques autres membres de la très regrettée équipe de Charlie Hebdo se rendant chaque mardi dans les locaux du Canard Enchaîné. Les gens qui se croisent au café finissent par se reconnaitre et à taper naturellement la discute autour des sujets d’actualités ou des évènement sportifs diffusés sur les six écrans de télévision disséminés dans le bar. Le tout dans le respect mutuel et sans jamais aucune agressivité, comme Zizou se fait fort d’y veiller.

Le rendez-vous des sportifs de tout poil

Ce patron de bar d’origine kabyle est arrivé à Pernety en 1995 pour y reprendre ce qui était à l’époque un bar-PMU-Loto de quartier dont il a conservé la décoration d’origine les premières années avant de décider de réaliser une première série de travaux en 2003. Le Losserand Café a fait à nouveau peau neuve après la Coupe du Monde de 2018, victorieuse pour la France. Son aspect actuel est celui d’une brasserie traditionnelle française où se retrouvent les gens de toutes origines : ceux qui vivent et travaillent dans le Quartier bien sûr, mais également de très nombreux touristes qui sont souvent les clients des hôtels alentour. Zizou a identifié plusieurs tranches de clientèle : les habitués du matin qui viennent boire leur café avant de se rendre au travail, les touristes du matin adeptes de la formule petit-déjeuner, ceux qui travaillent dans les bureaux alentour qui viennent pour déjeuner, ceux qui travaillent à distance sur leur ordinateur dans l’après-midi à proximité des lecteurs de livres et des joueurs de scrabble, et les amateurs de sports de la soirée. Le sport est, avec la bonne convivialité et le couscous du vendredi, la spécialité du Losserand Café. Zizou diffuse toutes les disciplines sportives et passe tous les matchs sans exception dans son grand espace de 120 m2 où il y a place pour plus de quarante tables. Et ça marche du tonnerre car la clientèle du Quartier répond présent, comme nous avons pu le constater dimanche dernier lors de la diffusion de deux matchs de la dernière journée de Ligue 1 ! Ce soir là, le Paris Saint-Germain a fait match nul (1-1) avec l’AS Monaco et l’OGC Nice a concédé une large défaite (0-3) sur son terrain face à l’Olympique de Marseille. De quoi réjouir le patron de bar car, même s’il se veut résolument éclectique et non-chauvin, Zizou a une préférence pour le football et un gros faible pour l’OM qu’il ne revendique toutefois jamais par respect pour les supporters des autres clubs de football français dont bien sûr ceux du PSG. Ce secret de polichinelle s’est pourtant suffisamment ébruité pour que le haut management de l’OM, dont le propriétaire Frank Mc Court et l’ancien président Jacques-Henry Eyraud, se pique l’année dernière d’un déplacement au Losserand Café pour assister à un match télévisé… Mais Zizou, qui n’est pas du tout un Ultra, tient absolument à continuer à afficher une neutralité footballistique de bon aloi. Il vous attend avec toute son équipe en ce mois de septembre 2022 pour vous faire passer la meilleure des rentrées !

Cliquez ici pour lire le poème que Basile, philosophe naïf et grand habitué du bar, a consacré à Madame Farida, la maman de Zizou (et Nayma).

Constance Malan : « J’écris bien quand je suis malheureuse ou amoureuse »

Constance au Square Alberto-Giacometti

Les poètes ne sont-ils que des plaisantins ? C’est ce que semble me suggérer Constance Malan qui a placé bien en évidence, au début de la pile de ses presque cinquante poèmes soigneusement imprimés sur format A4 et rangés dans une chemise cartonnée, un email envoyé par une amie intitulé « Jeux de mots » : « On  ne dit pas mon corridor, mais mon corps se repose. […] On ne dit pas jerrycan, mais je m’bidonne […] On ne dit pas un poète, mais un klaxon » […] ». A mi-chemin entre l’artiste revendiqué et le klaxon se trouve Constance qui habite la rue Léonidas dans le 14ème arrondissement de Paris depuis des années et qui écrit des poèmes depuis toujours au gré de ses humeurs et au fil de ses ruptures et de ses emballements sentimentaux. Rencontre au bar-restaurant Le Laurier.

Un journal intime et des poèmes retraçant la vie d’une grande amoureuse

Tous les textes qu’a écrits Constance Malan trouvent leur source dans son vécu personnel. Vers l’âge de treize ans, elle se décide à tenir un journal intime – qu’elle n’a jamais lâché depuis lors – pour exprimer son sentiment de solitude et raconter ses premiers émois amoureux contrariés par son jeune âge. « C’est en poursuivant ce projet de journal intime que je me suis arrêtée sur des phrases qui ressemblaient à des vers, se rappelle Constance. Son père, qui a créé une petite société d’édition en Irlande pour éditer ses propres nouvelles et traductions de Mark Twain et O. Henry, partage cet amour des mots et va lui mettre entre les mains de nombreux livres de poésie dont ceux de Supervielle qu’elle apprécie entre tous. Très bonne élève jusqu’en troisième avant de se laisser distraire par les garçons, elle apprend bien sûr aussi à l’école les poèmes de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud dont elle approfondit un peu les oeuvres par elle-même. C’est en première année de faculté de sciences naturelles à Orsay, alors qu’elle n’arrive plus à suivre les cours de mathématiques en amphi, qu’elle écrit ses premiers poèmes sentimentaux inspirés par un jeune homme dont elle est amoureuse et qui seront plus tard édités par son père dans un recueil très sobrement intitulé Poèmes. « Je crois que je n’écris bien que lorsque je suis malheureuse ou lorsque je suis amoureuse, nous confie Constance. D’ailleurs, le reste du temps, je n’écris pas… ». En froid avec sa mère qui n’accepte pas qu’elle veuille assumer son désir physique d’amour, Constance se retrouve livrée à elle-même dès l’âge de dix-huit ans. Elle enchaine les expériences professionnelles en intérim à Palaiseau avant de trouver refuge rue de la Gaîté dans le 14ème arrondissement de Paris alors qu’elle travaille pour une agence de location de voitures Gare de Lyon. Mais ce ne sont jamais ses aventures professionnelles qui lui inspirent ses créations littéraires. « J’ai surtout écrit pour raconter mes ruptures sentimentales ou bien les premiers émois d’une relation amoureuse, nous dit Constance. Car quand on est amoureux, on n’a pas le temps de s’arrêter pour écrire, on vit ce qu’on est en train de vivre. C’est quand l’autre est parti et que l’on se retrouve seule qu’on essaie un peu de se consoler en se disant ses quatre vérités. » C’est donc plus de quarante ans de poésie écrite entre 1976 qui est l’année de ses dix-sept ans et 2020, des textes « lus et relus à la virgule près » et « tous retravaillés à peu près bien », qu’elle nous met aujourd’hui entre les mains. Un éditeur potentiel qui lui aussi les a parcourus a pu prétendre qu’ils correspondaient plus à des chansons (!) qu’à des poèmes. Jugez plutôt !  Voici le poème préféré de Constance :

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Cadavres exquis et autres désirs de Daisy Le Dez

« On me demande ce que je veux dire ? Je dis : rien ! » Pourtant, Daisy Le Dez n’est pas du tout nihiliste car très consciente que « rien, c’est déjà quelque chose » (Raymond Devos). De tous les « riens » qu’elle dessine et peint à jet continu depuis dix ans, Daisy a fait une nouvelle exposition au P’tit Café sur le site de Notre-Dame de Bon Secours sis au 68 rue des Plantes dans le 14ème arrondissement de Paris. Nous nous y sommes rendus après avoir un peu tâtonné pour en trouver l’entrée et après avoir rencontré l’artiste au Village Terraza qui fait l’angle de la rue des Plantes et de la rue du Moulin Vert afin qu’elle nous explique un peu mieux ce que rien veut dire.

Une littéraire devenue peintre « par accident »

« La Bretagne me manque », nous répète Daisy en s’asseyant sur l’un des sièges peinturlurés du Village Terraza. A peine revenus d’une seconde escapade dans les Côtes d’Armor, nous la comprenons aisément… Cette brestoise de naissance se souvient avec nostalgie de son enfance dans la maison familiale située à trois kilomètres de Pont-Aven où sont venus peindre d’illustres artistes dont Gauguin et Sérusier. « Il y avait plusieurs tableaux de maîtres à la maison et aussi deux fusains de ma grand-mère et mon arrière grand-mère qui littéralement me fascinaient, se rappelle-t-elle. Le fait d’avoir baigné dans cette atmosphère-là participe sans doute de ma vocation de peintre car l’envie de peinture me vient depuis l’enfance même si je m’y suis mise beaucoup plus tard dans ma vie ». Car Daisy commence par écrire – beaucoup. Elle écrit des centaines de nouvelles dont deux seront publiées sous les titres Du vent dans les branches des cerisiers et Amours finis, amours infinis. Un jour qu’elle s’installe à son bureau, elle se met à esquisser quelques traits qui vont devenir son premier dessin et sa première peinture. Comme une lointaine réminiscence du célèbre Dormeur du Val de Rimbaud, cette première oeuvre représente un soldat à genoux touché par une balle dans le coeur et qui s’apprête à mourir. C’est le déclic de son insatiable envie de dessiner et de peindre qui va l’amener à orner de dessins les lettres qu’elle envoie en Bretagne à l’un de ses amis artiste-peintre alors qu’elle réside à la pension de famille des Thermopyles dans la rue de Plaisance du 14ème arrondissement de Paris. A peine un an après avoir commencé à peindre, Daisy a déjà de quoi exposer lors de la dernière édition 2013 du Festival des Arts de la rue Raymond Losserand organisé sous l’ère du Maire Pierre Castagnou. Elle réalise à cette occasion sa toute première vente d’une oeuvre intitulée Visage au corbeau. « Ce que je faisais à l’époque était très différent de ce que je fais aujourd’hui mais c’était déjà de la poésie, nous explique Daisy. Comme je viens de l’écriture, j’essaie de transcrire en peinture ce que j’aurais dit avec des mots. » La poétesse picturale se défend pourtant de pouvoir apporter une quelconque explication rationnelle à son oeuvre. Chacun peut y voir ce qu’il veut de la même façon que chacun comprend le mot d’un poème comme il en a envie. Il arrive même à l’artiste de construire ses oeuvres comme les poètes surréalistes procédaient pour composer leurs « cadavres exquis » : « Quand je suis en panne d’inspiration, j’esquisse plusieurs premiers traits avant de décider de commencer à poursuivre mon oeuvre à partir d’un trait particulier. Certaines fois, je commence à peindre les yeux fermés et je vois ce que cela donne. Et cela donne forcément quelque chose puisqu’il y a des traits et des couleurs. J’aimerais d’ailleurs tenter cette expérience collective qui consisterait à faire peindre un bout d’oeuvre par plusieurs artistes placés derrière des paravents pour finalement dévoiler une oeuvre complète ».

Se livrer sans aucune limite

Mais Daisy poursuit le plus souvent une idée précise qui est le produit du maelstrom formé par sa mémoire, son inconscient, ses rêves et ses fantasmes. Elle garde par exemple gravées dans sa mémoire les couleurs vert bouteille et marron couleur terre des tableaux de maitres de la maison familiale de son enfance, qu’elle va reprendre à son compte. « Je fonctionne absolument comme fonctionnent les artistes de l’art brut ou de l’art singulier et n’ai absolument aucun tabou ni aucune limite, ajoute l’artiste. Car c’est la liberté absolue qui doit s’exprimer. Ma seule limite est la limite de la page ou de la toile qui n’est pas extensible à l’infini. » Elle peut par exemple peindre des corps faisant l’amour, même si elle préfère suggérer les choses plutôt que les montrer, en laissant l’oeil aller au delà de ce qu’elle a peint par le pouvoir de l’imagination. Bien plus que par ses textes, Daisy a pourtant l’impression de se livrer et de se dévoiler complètement dans ses oeuvres picturales. « Il m’a d’ailleurs été bien plus difficile de montrer mes peintures que de lire mes textes en public, témoigne-t-elle. Le pas ayant été pris, il n’y a plus aujourd’hui aucun frein au rythme de sa production artistique : jusqu’à quatre ou cinq (!) dessins par jour quand elle décide de dessiner, ou deux toiles par jour lorsqu’elle décide de peindre. « En fait, je peins comme je tiens un journal en racontant ma journée, nous explique l’artiste. Ce qui m’amène à être aussi productive que Picasso qui a produit jusqu’à 60.000 oeuvres durant sa carrière. Depuis dix ans, j’ai dû produire environ 4.000 oeuvres au total, peut-être plus. » Daisy nous en donne chaque jour la primeur sur Facebook, mais il lui arrive aussi très souvent de participer à des expositions telles celles organisées par Patricia Michel dans le cadre de son association As de Coeur, par la Fondation Abbé Pierre (Festival « C’est pas du luxe ! ») ou bien encore ici et là dans certaines salles d’écoles des beaux-arts. Son exposition phare reste celle de 2015 qui a eu lieu tout au long d’un mois au bar-restaurant Le Laurier et à l’occasion de laquelle elle a vendu une dizaine d’oeuvres. « Je pense qu’il est important pour l’artiste de vendre, nous confie la peintre. Parce que c’est l’ultime reconnaissance qu’il puisse avoir de son vivant ». La vente ne constitue pour autant pas son moteur premier et Daisy continue de tracer son chemin quoi que l’on puisse dire de son travail qu’elle se sent aujourd’hui toujours en mesure de défendre même si elle est parfois habitée par le doute créateur. La peinture et le dessin sont en effet devenus deux éléments essentiels de sa vie qu’elle entend partager au maximum pour peut-être donner aux autres l’envie d’en faire autant. « Car plus nous serons d’artistes et meilleur le monde sera à condition que nous restions totalement libres de nos créations », conclut-elle. Voilà qui n’est pas parler pour ne rien dire !

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La parcelle oubliée du royaume de Michèle Leroy

Michèle Leroy devant la statue de Soutine

« C’était un petit jardin / Qui sentait bon le Métropolitain / Qui sentait bon le bassin parisien », chante Jacques Dutronc. S’il est un magnifique petit jardin, c’est bien le square Gaston-Baty sur lequel veille sans relâche Michèle Leroy, présidente de la SSGB (Association pour la Sauvegarde et la Protection du Square Gaston-Baty). Et l’on comprend très bien qu’elle tienne à ce square niché au coeur du Quartier Montparnasse-Raspail comme à la prunelle de ses yeux tant il est en tout point délicieux et charmant. Elle nous en a fait faire la visite circonstanciée ce jeudi 11 août 2022 un peu avant midi. A peine l’enchantement rompu, nous avons évoqué devant un verre au Café La Liberté l’ensemble des questions tournant autour de ce splendide îlot de verdure qui est aussi un puits de lumière et de culture.

Un joyau parisien dans un quartier voué au théâtre et à la culture

Est-il un triangle d’or (autre nom du triangle sacré) sensé développer des énergies, comme l’enseigne le savoir antique ? Evoque-t-il la fertilité universelle ou quelque autre principe féminin, comme le prétendent ceux qui possèdent un certain niveau de connaissances ésotériques ? Toujours est-il que le square Gaston-Baty est de forme triangulaire. Délimité par les rues Poinsot (à l’ouest), Jolivet et du Maine, il a été créé par décret du 2 décembre 1881 sur une surface d’un peu plus de 1000 m2 (1035 m2 très précisément). Il porte le nom de Gaston Baty (1885-1952) en l’honneur de celui qui dirigea entre 1930 et 1943 le théâtre Montparnasse tout proche. Ayant fait l’objet d’une rénovation complète en 2013, il est aujourd’hui planté de tilleuls et de houx taillés en cônes et est équipé d’une aire de jeux pour les enfants qui s’y sentent très en sécurité et dont les cris et les courses égayent les lieux. Sur le côté du triangle qui correspond à la rue du Maine trône une statue en pied, en bronze, du peintre Chaïm Soutine, par Arbit Blatas, datée de 1963 et signée sur le socle. Ont également ces dernières années été adjointes au square une fontaine (suite au vote d’un voeu émis par le conseil de quartier) et une très jolie boite à livres rouge qui ajoutent encore à la magie du lieu. Tout le monde, à vrai dire, aime le square Gaston-Baty. Les habitants du Quartier bien sûr qui y sont très attachés, mais également les personnels de service d’entretien et les jardiniers de la ville qui ont à coeur de le maintenir en très bon état. De toute façon, la SSGB, fondée en mai 2011 par Alain Chauvet, le surveille et le dorlote en permanence. Comme nous le rappelle Michèle, sa nouvelle présidente, l’association s’est donnée pour but « la sauvegarde, la protection et la mise en valeur du square Gaston Baty et de son environnement » (article 2 des statuts). Et Madame la Présidente bataille sans arrêt pour que ce qui est devenu son « pré-carré » puisse être en mesure de continuer à donner le meilleur de lui-même aux habitants du Quartier et à leurs enfants : elle signale le manque d’entretien de ses plantations ; elle se démène pour que le nombre de ses entrées soit réduit de six (!) à trois et que des bancs soient installés en lieu et place de certaines de ses quelque quarante chaises pour permettre le repos des SDF ; elle tente enfin d’organiser une fête annuelle des enfants qui a déjà été réalisée avec succès en 2019.

Michèle devant la nouvelle boîte à livres rouge

La pomme de discorde de la parcelle Gaîté/Jolivet

Mais son principal souci ne se situe pas dans le square Gaston-Baty lui-même, plutôt à sa périphérie est. Il concerne une petite parcelle de terrain actuellement laissée à l’état de friche : la parcelle Gaîté/Jolivet qui fait face au Café Gaîté et n’a pas fini de faire parler d’elle, comme le souligne l’édito du 34ème numéro daté de mars-avril 2022 de La Lettre du Square qui est la publication éditée par la SSGB à 1000 exemplaires environ pour assurer le lien entre l’association et les habitants du Quartier. Que va finalement devenir cette fameuse parcelle ? Elle est à l’origine un terrain privé que la municipalité avait acquis en 2017 par voie d’expropriation en se fondant sur une déclaration d’utilité publique motivée par la réalisation d’un immeuble d’habitation à vocation sociale de cinq étages et vingt-cinq logements assortis d’un local commercial. La SSGB, plébiscitée par les habitants consultés, a pour sa part pendant des années milité pour l’aménagement de cette aire en un espace vert qui se situerait dans le prolongement du square Gaston-Baty. L’idée a fait son chemin auprès des élus puisqu’en 2020, pendant la campagne des municipales, Madame la Maire Carine Petit l’a reprise à son compte. Patatras ! Lors du conseil d’arrondissement de novembre 2021, le projet d’espace vert est abandonné et la réalisation d’un immeuble remise au goût du jour. De format plus modeste que le plan initial, il deviendrait une pension de famille/maison-relais de 25 logements destinée à des personnes seules. La volte-face municipale rompant avec l’engagement pris auprès des électeurs trouverait sa justification dans la prise de conscience tardive de la Mairie que l’ex-propriétaire pourrait se retourner contre elle si elle ne respectait pas les clauses de la déclaration d’utilité publique. Un de ses adjoint s’est efforcé de faire oublier cette bévue en soulignant l’intérêt de l’existence de ce nouveau gîte pour les personnes isolées et précaires qui sont souvent des personnes en grandes difficultés sociales et en mauvaise santé. Par la voix de son représentant, le groupe écologiste s’est estimé piégé dans cette affaire, mais a tout de même approuvé la nouvelle orientation. L’opposition municipale représentée par M. Eric Azière n’a pas été convaincue par l’argumentation mise en avant pour justifier la dérobade municipale. A ses yeux, l’implantation d’une pension de famille à cet endroit serait un véritable sacrilège car elle contribuerait à changer la nature d’un quartier voué à la culture, au théâtre et à l’animation. Au final, une majorité hésitante mais disciplinée a donné son aval au projet et le Conseil de Paris a entériné la décision le mois suivant. La SSGB continue à bien sûr vivement contester ce choix. Elle rappelle que le projet de pension de famille va à l’encontre des engagements pris par tous les représentants des différents groupes du conseil municipal et que l’on ne peut pas prétendre défendre la vision d’une ville accueillante, verte et aérée et en même temps construire sur le moindre espace qui se libère. Alain Chauvet ajoute en guise de conclusion optimiste que l’immeuble en ruine qui a été démoli en 2018 à cet endroit aurait dû l’être dès 1913 (!) et que l’association dispose encore de quelques temps pour fourbir ses armes si la même sage lenteur prévaut toujours à l’Hôtel de Ville… « De grâce, de grâce / Monsieur le promoteur / De grâce, de grâce / Préservez cette grâce / De grâce, de grâce / Monsieur le promoteur / Ne coupez pas mes fleurs. »
Michèle Leroy et Alain Chauvet devant la parcelle de la discorde

Association pour la Sauvegarde et la Protection du Square Gaston-Baty (SSGB) – 10 rue Poinsot 75014 Paris – 01 43 22 60 98 – sauvegarde.square.gb@gmail.com.

Evelyne Bouëtel, amoureuse passionnée des mots

Evelyne, pilote d’avion : « Souvent, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot » (Balzac)

D’Evelyne Bouëtel et moi, qui est le plus amoureux ? Des mots, bien sûr ! Car Evelyne est en réalité pour moi une seconde maman, une marraine du Quartier à tout le moins. Elle repère les fautes d’orthographe et de syntaxe de mes articles et me permet de les corriger, elle me présente à de nouveaux personnages du Quartier pour les interviewer, elle me mâche le travail de rédaction de cet article en écrivant un texte bien plus intéressant dont vous ne pourrez bénéficier ici que de morceaux choisis, et elle va même jusqu’à m’affubler d’un nouveau nom : Tonneau Brouilly qui est l’anagramme exacte de Yann Boutouiller. Décidemment, on n’échappe pas à son destin ! Interview très poussée chez notre cher ami commun, Yves Marius André dit Gallas.

Itinéraire du dictionnaire Larousse à la page Facebook

Déjà toute petite, Evelyne Bouëtel aime les mots : la poésie, les dictées, l’orthographe et la grammaire. Elle n’est pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche et aucun livre ne traine à la maison, juste un quotidien ça et là dont le peu enviable sort sera de finir dans les toilettes au fond du jardin. Les distractions sont rares : la radio qui diffuse ses feuilletons à l’heure du dîner, des airs d’accordéon le dimanche matin et, les jours de chance, les sketchs de Pierre Dac et de Francis Blanche. Internet n’existe pas encore quand on lui offre son premier dictionnaire Larousse à l’âge de dix ans pour son entrée en 6ème. Evelyne décide d’arrêter ses études très tôt. Après la mort de son père, le BEPC en poche, elle prépare un BEP de sténo-dactylo correspondancière qui lui fait saisir l’essence commune des mots et des signes. Elle quitte son village d’Echouboulains en Seine-et-Marne à l’âge de 17 ans aspirée par Paris qui offre du travail. La radio toujours lui fait découvrir Pierre Desproges et Raymond Devos, deux magiciens des mots et des jeux de mots. Après 20 ans passés dans le 20ème arrondissement, Evelyne atterrit un peu par hasard dans le 14ème où elle réside depuis aujourd’hui 30 ans quelque part entre l’impasse Florimont, la rue Hippolyte Maindron et la rue du Château, des lieux hantés par le souvenir de Georges Brassens, de Giacometti et des artistes surréalistes. Baignant dans le 14ème artistique, elle se familiarise bientôt avec les livres et se tourne naturellement vers les poètes, les linguistes et les lexicologues, mais aussi les photographes, les sculpteurs et les peintres. Elle écume les expositions et les concerts, et suscite des rencontres – y compris sur les réseaux sociaux par la grâce desquels Claude Duneton, le célèbre auteur de Parler Croquant et de La Puce à l’oreille, va entrer dans sa vie. Ayant lu plusieurs de ses ouvrages et s’étant régalée de ses chroniques dans Le Figaro, elle décide en effet de lui consacrer une page Facebook après en avoir obtenu son accord par l’entremise d’un de ses amis ardennais chroniqueur à L’Avenir. L’écrivain et historien du langage, qui est totalement étranger à l’univers de l’informatique et du numérique, est à la fois très heureux et amusé de cette initiative. Les deux amoureux des mots sont sur le point de se rencontrer dans le pied-à-terre parisien de l’écrivain quand ce dernier est hospitalisé à Lille avant de décéder en 2012.

Au salon « Facebouquins » de 2009 avec Edith

De continuelles rencontres autour des mots

Alexandre Vialatte,  l’écrivain et traducteur de Kafka qui est aussi chroniqueur à La Montagne, fait également partie du Panthéon personnel d’Evelyne qui s’intéresse par ailleurs beaucoup à la généalogie en écoutant assidument l’émission de Jean-Louis Beaucarnot, l’auteur de Laissons parler les noms, sur Europe 1. Sur Geneanet, elle découvre le dictionnaire des noms de famille de Jean Tosti, une passionnante étude de la signification des patronymes. Elle apprend à cette occasion que Bouëtel est d’origine bretonne et signifie « boiteux » ou, au choix, « gardien de boeufs » ! Grâce à internet et aux réseaux sociaux, elle fait la découverte de nouveaux endroits dans le 14ème arrondissement et alentour : Le Magique de Marc et Martine Havet rue de Gergovie et surtout le Forum Léo Ferré d’Ivry-sur-Seine qui promeut des artistes peu médiatisés tels Yvan Dautin, Louis Capart, Gilbert Laffaille ou bien encore Michel Bülher. Elle y croise un jour Anne Sylvestre en compagnie de Matthias Vincenot, un jeune poète très prolifique qui organise des soirées Poésies et Chansons à la Sorbonne et plusieurs autres manifestations à Paris et en province où se retrouvent de nombreux artistes de talent. Une autre fois, elle rencontre à l’occasion d’une lecture à L’Entrepôt Simone Hérault, la voix de la SNCF et l’une des voix de FIP qui a également fondé Lire Autrement, la Compagnie de lecture publique. Evelyne n’en délaisse pas pour autant la radio en restant une grande fidèle des Papous dans la tête, l’émission de France Culture animée par Françoise Treussard, et également des chroniques du lexicologue Jean Pruvost sur France Bleu qu’elle aime aussi retrouver sur le site internet du Figaro. En 2009, elle décide d’aller à la rencontre d’Edith qui a initié le premier salon Facebouquins et est l’auteure du dico des gros mots cachés dans les mots. Ce ne sont pourtant pas les gros mots qui sont ceux avec lesquels Evelyne aime le plus jouer. Elle leur en préfère d’autres comme « hirondelle » et, de même qu’Anne Sylvestre, « coquelicot » et « libellule ». A l’exclusion toutefois du mot « retraite » (dont l’anagramme est « artérite »…) quand bien même la retraite lui a fait découvrir les joies du Scrabble qu’elle pratique tous les jeudis à 14h30 à l’Espace Maindron dans le cadre du Club Seniors de l’association Florimont animé par Danièle Rack. Elle y joue depuis aujourd’hui cinq ans au sein d’un petit club d’amatrices très férues de ce pacifique divertissement. Et pour la seconde fois cette année, elle a participé à la Fête mondiale du jeu qui s’est déroulée Place de la Garenne en face du Moulin à Café. Un nécessaire exutoire après un très ennuyeux confinement pendant lequel Evelyne n’est pourtant pas restée inactive puisqu’elle s’est attelée à la création de grilles de mots casés pour différentes associations et également à la parodie de refrains de chansons et de fables de La Fontaine dont celle du Masque et du Corbeau qu’elle a conçue en observant de sa fenêtre un corbeau visiblement complètement fasciné par un masque accroché aux branches d’un arbre. Gare aux vers boiteux !

LE MASQUE ET LE CORBEAU

Dans ma cité, sur un arbre, haut perché,

Un Corbeau intrigué par un objet bleuté,

Tint ce langage, à peu près :

« Hé ! Bonjour bel objet, seriez-vous un Masque ?

Que vous êtes joli ! peut-être un peu fantasque…

Sans mentir, si votre dérapage  

Se rapporte à votre fuselage   

Vous êtes le champion de l’atterrissage . »

A ces mots le Masque répondit :

« Que nenni ! Ne vois-tu pas que je suis souillé

Que par la fenêtre on m’a jeté !

Et qu’aux branches, je me suis accroché ?

Pourrais-tu m’aider et me délivrer ? »

 Aussitôt, le Corbeau s’envola, peur d’être contaminé…

Et c’est ainsi que le Masque souillé

Resta accroché durant de longues années…

Moralité :

Bien que sur la boîte il soit écrit « jetable »

et que jeter par la fenêtre soit confortable…

Chez toi tu garderas virus et détritus

Ta poubelle tu sortiras, même si ça te semble saugrenu !

—–

à bon entendeur, salut ! 😉

Jade Saint-Paul, peintre autodidacte de Paris, de la Martinique et du monde

Jade devant l’une de ses oeuvres et les magnifiques paysages de la Martinique

S’il y a un point commun entre l’art et l’amour, c’est bien celui du mystère de sa naissance. Il advient alors que rien ne nous y avait vraiment préparé et que l’on se croyait à mille lieux de le rencontrer un jour. Jade Saint-Paul nous en fait l’éclatante démonstration en peignant depuis un an et demi sans jamais avoir reçu aucune formation artistique et en suivant sa seule intuition de créatrice que son métier d’hôtesse de l’air avait jusqu’alors quelque peu contrariée. Le résultat est assez bluffant et n’a pas manqué de susciter l’enthousiasme de ses amis peintres et amateurs d’art qu’elle aime retrouver dans son 14ème arrondissement d’adoption entre deux vols de par le monde. Rencontre à la terrasse du Laurier, le repère des artistes-peintres du Quartier Pernety.

Effet artistique collatéral du Covid-19

C’est après le confinement dû à la pandémie de Covid-19 que, « du jour au lendemain », Jade Saint-Paul s’est mise à peindre. « Ca m’est venu comme ça », se rappelle-t-elle. Sans doute le fréquent contact de ses voisins peintres du Quartier Pernety pendant cette douloureuse épreuve d’enfermement obligatoire y est-il quand même un peu pour quelque chose : celui de Jean-Pierre Torlois, son voisin immédiat de l’immeuble de la rue Bénard où elle habite à l’époque ; celui de Dominique Cros, qui vient très souvent rendre visite à Jean-Pierre ; et celui de Marie-Laure Fadier qu’elle croise également régulièrement sur la Place Flora Tristan lors de salutaires apéros collectifs plus ou moins licites qui ont lieu sur la terrasse vide de tables et de chaises de L’Imprévu. « Sans que je m’en rende vraiment compte, contempler leurs oeuvres et les entendre parler peinture et pastel a provoqué chez moi, quelques mois après, un déclic qui m’a poussé à libérer mon énergie créatrice et les potentialités artistiques que mon métier d’hôtesse de l’air m’avaient longtemps amenées à refouler », témoigne Jade. Elle se souvient toute petite avoir pratiqué la danse classique et de quelques velléités pour rentrer au conservatoire de danse de Montpellier en butte aux exigences de la carrière militaire de son père qui est également musicien et artiste peintre à ses heures perdues et qu’elle va accompagner lors de ses différentes affectations en Afrique. De retour en France, elle entreprend des études littéraires dans le cadre desquelles elle choisit l’option théâtre qu’elle va pratiquer au théâtre Olivier Py d’Orléans. « Je pense que tout cela se rejoint, affirme Jade. Durant le confinement pendant lequel je m’ennuyais énormément puisque j’étais littéralement clouée au sol au même titre que les avions, un ami du Quartier m’a prêté un clavier sur lequel je me suis exercée huit à dix heures par jour ! Mon besoin de m’exprimer artistiquement d’une manière ou d’une autre s’est finalement cristallisé autour de la peinture ». Notre artiste autodidacte choisit alors pour signer ses oeuvres son deuxième prénom, Jade, qu’elle accole au nom de jeune fille de sa mère, Saint-Paul, pour se faire connaître en tant qu’artiste.

Influences africaines dans cette oeuvre « semi-figurative »

Inspiration martiniquaise, parisienne et… mondiale

Jade Saint-Paul affirme n’avoir « aucun plan » lorsqu’elle se met à peindre : « J’ai peut-être des idées de couleurs, mais c’est tout ». C’est donc son inspiration du moment et sa spontanéité guidée par sa seule intuition qu’elle projette sur ses toiles. C’est seulement « après coup » qu’elle réalise qu’elles sont en réalité l’écho de certaines périodes de sa vie ou de choses qu’elle aime et qui ressortent au bout de ses pinceaux sans même qu’elle y pense. « Si j’ai commencé par peindre des choses très colorées, c’est que je vivais en Martinique à cette époque, se rappelle Jade. J’ai été inconsciemment inspirée par les couleurs de la maison dans laquelle j’habitais, aussi bien celles de l’intérieur (plutôt ocres) que celle de l’extérieur (bleu turquoise). J’ai aussi réalisé des toiles qui sont des mélanges de vieux rose, de noir et de beige et je me suis rendu compte que le vieux rose était une réminiscence heureuse du tutu de ma prime jeunesse de danseuse classique. » Telles des madeleines de Proust, les couleurs qu’elle utilise évoquent donc parfois des micro-évènements qui font ressurgir d’heureux souvenirs de son enfance ou de son adolescence itinérantes marquées par les différents pays où elle a vécu au gré des affectations de son père militaire. D’où les influences africaines de certaines de ses oeuvres. Mais sa production artistique est aussi le reflet de son actuel métier d’hôtesse de l’air qui continue à la faire voyager à travers le monde et de son grand écart permanent entre la Martinique et Paris qui sont ses deux lieux de résidence. Jade est un réalité un véritable caméléon dont les couleurs de l’inspiration épousent l’endroit dans lequel elle exprime ses talents de peintre : « Ce que je fais en Martinique est très différent de ce que je fais à Paris qui est plus contemporain, plus épuré et qui n’utilise pas les mêmes couleurs. Et depuis que j’ai eu l’occasion de voir le mur de la Havane, j’aime travailler la texture de la matière que j’utilise, mettre des couches de différentes couleurs et les racler pour leur donner un effet altéré ».

Technique de plus en plus pointue

Sous les encouragements de ses amis peintres du 14ème arrondissement, Jade perfectionne en permanence sa technique et multiplie les tentatives en véritable touche-à-tout de la peinture. « J’ai commencé par faire de l’acrylique et de l’abstrait parce que je pensais ne pas savoir dessiner, se souvient-elle. Puis, j’ai tenté le pastel, ce qui m’a également beaucoup plu. J’ai non seulement testé différents médias, mais également différents supports (papier, papier kraft, papier à aquarelle, papier journal, papier à musique, etc.). Et après la peinture abstraite, je me suis mise au portrait, puis au nu. Quand je vois ce que j’ai produit en autodidacte depuis presqu’un an et demi, je pense que j’ai parcouru par moi-même le chemin d’initiation à la peinture et au dessin que j’aurais pu faire dans le cadre de véritables cours d’art. Aujourd’hui, mon goût est presque déjà formé et je sais ce que j’aime et prends plaisir à faire (travailler la texture, la transparence, etc.) ». Néanmoins, dans le but d’affiner et de préciser encore sa technique, Jade s’est inscrite aux cours des Ateliers des Beaux-Arts de Montparnasse qui débuteront en septembre prochain. Ils l’aideront à surmonter certains blocages qu’elle ressent de temps à autre dans sa progression et aussi à monter en puissance dans ce second souffle artistique de sa vie – mais au risque (bien réel) de brider sa spontanéité… Sans attendre de nouer à cette occasion de nouvelles relations avec les artistes locaux, notre impatiente croqueuse d’art et de vie a déjà exposé au Café culturel Paradol de la Porte de Vanves dans le 14ème arrondissement de Paris et le fera encore en 2023 en Martinique, son autre pays de coeur et d’adoption. Le succès est au rendez-vous puisque Jade a déjà vendu sa première toile à un collectionneur d’art bien connu des Amis de la Place Flora Tristan qui lui ont été d’une très grande aide pour l’aider à déterminer sa cote, et puisqu’elle enregistre également maintenant ses premières commandes. Soulages n’a plus qu’à bien se tenir !

Cliquer ici pour accéder à la page Instagram de Jade Saint Paul.

Patrice Meynier : « Il faut toujours faire comme si les gens allaient devenir écrivain »

Les ateliers d’écriture sont légion dans le 14ème arrondissement de Paris. Quoi de plus normal quand on pense que notre arrondissement a abrité ce qui en fut leur lointain prédécesseur : l’atelier du 54 rue du Château, haut lieu du Surréalisme, dans lequel Prévert et ses amis auraient donné le nom de « cadavre exquis » au jeu des petits papiers ? Un siècle plus tard, les ateliers d’écriture font toujours recette. Nous avons rencontré au Losserand Café Patrice Meynier qui en fut un animateur à plein temps pendant vingt ans.

Moment de partage et de fraternisation

C’est à Paris-Ateliers, anciennement ADAC, que Patrice Meynier a exercé entre 1992 et 2012 son activité d’animateur d’ateliers d’écriture. Il a principalement officié en face du Forum104 de la rue de Vaugirard qui est un espace de rencontre culturel et spirituel animé par les Pères Maristes. « Je me suis retrouvé à pratiquer ma discipline en face d’un grand maître bouddhiste dont je partageais les mêmes horaires. Je ne sais pas qui a influencé qui », se rappelle-t-il avec humour. Il a bénéficié au préalable d’une formation dispensée par les Ateliers d’écriture Elisabeth Bing, une association pionnière du développement des ateliers d’écriture dans notre pays, qui est aujourd’hui fermée et dont il a longtemps été le seul animateur homme. C’est par l’intermédiaire de cette association qu’il a pu exercer ses talents d’animateur d’ateliers d’écriture au CNAM de Paris au contact d’ingénieurs, à l’Université Mohammed-V de Rabat au contact d’étudiants, mais aussi à la Prison de Bois d’Arcy pour des prisonniers ou bien encore chez Renault au bénéfice de salariés. Patrice est en réalité autant un animateur qui met en place les conditions d’une production qu’un formateur qui délivre un retour sur les textes produits en permettant leur modification et leur amélioration ultérieures. « Se contenter de seulement animer un atelier d’écriture n’est pas très compliqué puisqu’il suffit de s’inspirer de propositions dont on peut facilement trouver des exemples sur internet à défaut d’en inventer soi-même, nous précise l’animateur-formateur. La plus galvaudée d’entre elles est le Je me souviens de Georges Perec qui est un magnifique travail de l’écrivain mais sur lequel on peut bien sûr se casser les dents lorsqu’on s’y exerce. » Tout le monde peut d’ailleurs librement s’improviser animateur d’ateliers d’écriture puisque l’activité n’est pas réglementée même s’il en existe des formations universitaires à Strasbourg et à Aix-en-Provence. La formation qui fut un temps délivrée par les Ateliers d’écriture Elisabeth Bing reste malgré tout une référence dont le label constitue un gage de très grande qualité. « Ma conviction est néanmoins que l’on ne peut faire écrire que lorsqu’on écrit soi-même », nous confie Patrice. C’est pourquoi les meilleurs ateliers sont sans doute ceux des écrivains qui ouvrent le leur propre aux autres en essayant de transmettre leur questionnement et leur recherche sur l’écriture plutôt que délivrer un savoir-faire qui reste personnel et donc un peu arbitraire. » De fait, les ateliers d’écriture qui se tiennent par exemple chez Gallimard constituent de très appréciables compléments de salaire pour les écrivains qui ont du mal à vivre de leur plume mais ne donnent pas forcément à leurs participants un passeport pour être un jour publiés par cette prestigieuse maison d’édition… Car l’écriture est et restera une pratique de terrain, un questionnement et une recherche qui n’est pas susceptible de faire l’objet de cours délivrés ex cathedra. D’où la nécessaire posture de l’animateur délivrant ses propositions à ceux qui participent à ses ateliers. Tel un acteur qui joue un rôle qu’il s’est vu confier, il est le « pôle froid » de sessions pendant lesquelles s’échange beaucoup de chaleur humaine. Car les ateliers d’écriture bien conduits permettent à leurs participants de passer de très bons moments de partage d’expériences parfois intimes qui favorise la désinhibition de l’assistance et la fraternisation au delà des étiquettes sociales ou des clivages politiques. En plus de cet aspect humain que Patrice juge irremplaçable, l’exercice peut aussi amener certains à véritablement prendre goût à l’écriture et faire de cette activité une passion qui viendra habiter leur existence. « Certains finissent même par écrire des livres », nous assure-t-il. Elisabeth Bing nous donnait d’ailleurs pour exigeant précepte de toujours faire comme si les gens allaient devenir écrivain ».

Les très grandes potentialités des ateliers d’écriture

L’atelier d’écriture répond également à un désir d’expression de la sensibilité et de l’émotion qui a longtemps tout particulièrement pu concerner un public féminin dans la mesure où le désir des hommes se porte lui plus spécifiquement sur la maitrise des techniques de l’écriture. Enfin, de même que pratiquer un instrument de musique, il peut être vécu comme un simple loisir ou un divertissement qui peut, le cas échéant, déboucher sur la création artistique. Même s’il n’en vit plus professionnellement, Patrice est toujours actif dans le 14ème arrondissement dans le cadre d’ateliers d’écriture organisés au Château Ouvrier. C’est d’ailleurs à l’occasion d’un atelier d’écriture de chansons animé par Chantal Grimm au sein de son association des Ecrivants Chanteurs qu’il a rencontré une rédactrice-en-chef travaillant au Figaro qui lui a permis d’y faire un premier stage de rédacteur-réviseur et de commencer à apprendre sur le tas ce qui est devenu son métier actuel. L’utile s’est donc joint à l’agréable pour lui ouvrir les portes d’un secteur dont l’accès reste le plus souvent réservé à celles et ceux qui peuvent bénéficier d’un réseau relationnel personnel. Patrice fait maintenant partie depuis plus de quinze ans de l’équipe de correcteurs du prestigieux quotidien national français qui n’a pas encore fait l’économie de cette fonction back-office longtemps marquée par la culture anarcho-gauchiste des ouvriers réunis au sein du Syndicat du Livre CGT. Nombreuses sont les anecdotes sur les coulisses de l’univers de la presse qui ont de tous temps alimenté les fantasmes des écrivains en herbe. L’ancien animateur d’atelier d’écriture est lui même « écrivant » depuis plus de trente ans. Il a à son actif un roman non publié dont la rédaction lui a procuré énormément de plaisir et de nombreux textes courts et de chansons qui ont été mis et musique et interprétés par une bande d’amis qui se produit notamment à L’Atelier du Verbe, un petit théâtre de la rue Gassendi. Patrice a d’ailleurs gagné le prix d’un concours national de chansons grâce à un texte mis en musique par le pianiste du groupe breton Tri Yann. Ainsi fut créée Coq en toc (cliquez ici) qui lui assure la considérable estime de toute la basse-cour littéraire des Ecrivants Chanteurs du 14ème arrondissement de Paris… « Ecrire permet de bouger dans sa vie, d’apprendre quelque chose et même de donner sens à son existence, conclut Patrice. Car écrire nous fait tout simplement sentir vivant. Les ateliers d’écriture que j’ai préférés animer sont de loin ceux dont les participants ont retiré une utilité pour leur vie personnelle. Ceux-là m’ont rempli de joie et même si ce sentiment n’a été que fugace, il s’approchait sans doute du bonheur… ».
Cliquez ici pour lire les chroniques de Patrice Meynier sur Ventscontraires.net, la revue en ligne du Théâtre du Rond Point.

Hafid Aboulahyane, en crabe vers le 14ème arrondissement

Hafid Aboulahyane, un acteur-réalisateur qui a mangé du lion !, Place Denfert Rochereau (photo YB)

Le plus court chemin n’est pas toujours la ligne droite. Hafid Aboulahyane, le réalisateur et acteur principal du court métrage La marche des crabes, n’a aujourd’hui qu’une idée en tête : revenir habiter dans notre arrondissement de cinéma où il a déjà vécu entre 2010 et 2020. Nous l’avons rencontré à l’Osmoz Café, notre bar-restaurant et café-concert fétiche de la rue de l’Ouest pour faire le point sur son parcours et pour qu’il nous explique pourquoi il est resté si attaché au 14ème arrondissement.

Acteur, scénariste, réalisateur, producteur et… écrivain !

Après avoir grandi dans la cité des Ulis dans l’Essonne, Hafid Aboulahyane, également connu sous le nom de scène de Hafidgood, fait sa première incursion dans le monde du cinéma en 1995 en interprétant le rôle d’un élève de Gérard Depardieu dans le formidable film de Gérard Lauzier intitulé Le Plus Beau Métier du monde. Il tient par la suite quelques rôles mineurs dans le cinéma et la télévision (Navarro, Quai n° 1) où il occupe le plus souvent des emplois de « racaille ». Les propositions de rôles se faisant de plus en plus rares, il change son fusil d’épaule et devient scénariste. Son sujet (son rêve secret ?) : la candidature aux élections législatives d’un jeune de la cité ! Un très sympathique court métrage réalisé sur ce thème par Guy Bardin et intitulé Les temps changent sort en 2004 (cliquez ici). Hafid finit par créer sa propre société de production en 2005 qu’il baptisera Hafidgood Productions et dont l’objet est de « produire des courts métrages et des documentaires de jeunes talents issus de la banlieue ». Son premier film produit est un court métrage très abouti intitulé Le poids du silence (2005) réalisé par David Benmussa et dont il est le scénariste et acteur aux côtés de Jacques Weber (cliquez ici). Sortiront par la suite plusieurs autres courts métrages auxquels Hafid participera en tant qu’acteur, scénariste, réalisateur ou producteur, notamment La marche des crabes (2009) qui raconte l’histoire d’amour de Sammy, un jeune paraplégique qui rencontre la belle Sarah au cours d’un mariage. Le film fera partie des sélections officielles de plusieurs festivals cinématographiques français et internationaux. Après ce court métrage au titre prémonitoire, Hafid fait un nouveau pas de côté et se métamorphose en écrivain. A l’origine du roman intitulé 31 février qui va sortir chez Plon en 2014, il y a le scénario d’un long métrage sur lequel il travaille et qui raconte l’histoire de trois pieds nickelés désireux de s’enrichir dans l’immobilier au Maroc. Un producteur en vue s’y intéresse quelque temps et en rachète les droits avant de finalement annoncer à Hafid qu’il renonce au projet au motif qu’il ne bénéficie pas d’une notoriété cinématographique suffisante et qu’il n’est pas fait pour la comédie (!). « Ce projet qui m’a pris dix ans de ma vie m’a soudainement filé entre les doigts », se rappelle-t-il un brin amer. Il faut croire que notre scénariste n’a pas encore tous ses quartiers de noblesse pour pouvoir prétendre réaliser un film important dans le milieu très endogamique du cinéma… Mais il en fallait bien plus pour le décourager puisqu’il prépare aujourd’hui un nouveau projet de comédie en court métrage s’intitulant Un monde meilleur qui raconte l’histoire d’un couple mixte attendant un premier enfant qui n’est pas très enthousiaste à l’idée de faire ses premiers pas dans la vie. Figurent à l’affiche quelques acteurs connus dont Hafid ne nous dévoilera toutefois pas les noms. « C’est un préachat France 2 dont je suis très fier qu’il soit produit par Franck Carle qui dirige La Terre Tourne et qui a des convictions écologistes très affirmées », nous révèle Hafid. J’aimerais aussi à l’avenir, en plus de réaliser un premier long métrage, essayer de faire des choses dans le 14ème arrondissement de Paris. Je souhaiterais tout particulièrement monter une sorte de café associatif qui relierait les artistes et aussi les personnes âgées puisque c’est devenu l’une de mes préoccupations principales depuis un drame que j’ai vécu dans ma vie personnelle ».

Réinvestir le 14ème artistique et social

Si les contraintes de la vie professionnelle nous amènent à faire des pas de côté pour continuer à avancer sur notre chemin de connaissance, on peut aussi marcher en crabe dans sa vie personnelle – par exemple en changeant de domicile. Hafidgood a quitté le 14ème arrondissement en 2020 après y avoir vécu pendant dix ans. Pourtant, ce ne sont pas les mêmes « vibes » qu’il ressent à Ménilmontant où il a emménagé. « Je pensais que j’allais m’épanouir dans le 20ème car Ménilmontant est également un quartier sympathique et vivant, mais je me suis rendu compte que je ne suis plus dans le tempo de ce rythme là, nous confie le réalisateur. Sans doute parce que j’ai pris un peu d’âge et que cela m’a amené à faire quelques bilans personnels, je lui préfère le côté discret, tranquille et villageois du 14ème qui agit aujourd’hui sur moi comme un aimant. Je suis véritablement tombé amoureux de cet arrondissement qui a une très forte identité artistique et une véritable tradition de cinéma. J’ai plein de connexions ici : des réalisateurs mais également plein d’autres artistes, notamment des peintres qui m’ont ouvert les portes de leur atelier. Je suis en train de tout faire pour essayer de revenir car je kiffe énormément le Quartier Pernety, la rue de la Gaîté, la rue Daguerre, la rue Didot, etc. Je m’y sens complètement dans mon élément et je voudrais m’y investir pour m’y rendre utile à quelque chose ». Hafid se souvient avec nostalgie de son arrivée il y a 12 ans rue Bardinet dans l’arrondissement de Brassens et de tant d’autres immenses artistes. Il est aujourd’hui persuadé qu’il ne quittera plus cet arrondissement de Paris une fois qu’il y sera revenu et qu’il y finira ses vieux jours. « J’ai vraiment le feeling avec le 14ème que j’ai sillonné de long en large et j’ai envie d’y faire des tas de choses aussi bien au niveau artistique qu’au niveau social qui sont deux niveaux que j’ai envie de mêler étroitement – avec également un angle particulier sur les personnes âgées, poursuit avec enthousiasme Hafid. J’ai pour projet précis de créer une association qui dénonce et combat le harcèlement moral au travail au travers d’ateliers artistiques d’improvisation, de vidéo et de cinéma, en faisant intervenir des gens qui raconteraient leurs expériences personnelles ». Nous ne doutons pas que notre très sympathique Quatorzien de coeur saura se faire accepter et coopter dans l’arrondissement inclusif en diable de Mme la Maire Carine Petit !

Les exquises Esquisses de Marie Burgat, écrivaine de Pernety

Comme souvent les artistes de grand talent, Marie Burgat est à la fois un peu sauvage, timide et extrêmement modeste. Elle est pourtant déjà l’auteure de trois ouvrages publiés : L’Amérique était sous nos pieds (L’Harmattan, 2011), Résurgence de la parole (auto-édition, 2018) et A chaque pas dans la neige fraîche (L’Harmattan, 2019), qui l’ont hissée au rang de figure emblématique du Quartier Pernety. Elle est aussi parolière de chansons et monte avec ses amis musiciens et interprètes des récitals autour de ses textes à L’Atelier du verbe, un théâtre de la rue Gassendi. Nous l’avons rencontrée à la terrasse de L’Envie, le café-restaurant de la rue Pernety, quelques mois après la sortie du double CD intitulé Esquisses qui est une anthologie en deux tomes de vingt-six de ses chansons.

La femme écrivain, « créature unique de Dieu »

« Ni photo, ni magnéto ! », nous a prévenu Marie avant notre interview, qui ne tient pas non plus à trop parler d’elle-même. Il nous aura fallu pas moins de deux entrevues à la terrasse de L’Envie pour commencer à apprivoiser l’écrivaine et à lui donner envie de nous en dire plus. Mais qu’aurait-elle au juste à dire de plus que ce qui est déjà contenu dans son oeuvre ? Puisqu’il n’y a, parait-il, de livres qu’autobiographiques, lisons-les pour en découvrir l’auteure ! Force est pourtant de reconnaître qu’il n’est pas toujours facile de se plonger dans les textes denses et foisonnants de Marie. Le plus accessible d’entre ses livres est sans doute le premier paru intitulé L’Amérique était sous nos pieds (2011) qui réunit « Trente-deux histoires » témoignant d’un sens aigu de l’observation tout en laissant transparaître la vocation de poétesse de la nouvelliste. Résurgence de la parole (2018) nous en fait voir de toutes les couleurs puisqu’il réunit les Poèmes rouges, les Poèmes verts et les Poèmes bleus de Marie ainsi que des extraits de la correspondance qu’elle a entretenue un temps avec Anaïs Nin. La préface de ce second livre nous apprend que son auteure a exercé vingt-sept (!) métiers différents (maquilleuse à Canal+, soignante en psychiatrie, assistante d’un magicien, réceptionniste dans un hôtel, enseignante en alphabétisation, vendeuse de jouets, assistante de réalisation, gérante de boutique de parfums, animatrice d’ateliers d’écriture,…) qui l’ont « convaincue qu’on ne sait jamais d’où la beauté va surgir ». Peut-être surgit-elle parfois à la fin d’une nouvelle comme celle intitulée Récréation qui figure à la page 33 de son premier ouvrage : « […] Et le sixième jour Dieu créa… la femme écrivain. Celle-ci n’était ni grande ni petite, ni belle ni laide, ni jeune ni vieille. Elle n’était ni gentille ni méchante, ni bavarde ni effacée, ni riche ni pauvre; mais elle était tout cela à la fois. La femme écrivain était une créature unique, et Dieu l’aima au premier coup d’oeil ; car il savait qu’il n’avait pas raté sa création et qu’il la donnerait en cadeau à l’homme. Et que lui-même ne s’en lasserait pas ».

Perles et bijoux

Mais la femme écrivain n’est jamais très sûre d’elle-même malheureusement. Pour être certaine de ne jamais lasser l’homme, elle préfère se parer de perles et de bijoux qui chez Marie Burgat prennent la forme de chansons dont elle compose les paroles. Chansons humoristiques, décapantes et déjantées, chansons poétiques et lyriques, chansons tendres sur les amours qui commencent et parfois finissent, Marie en a créées des dizaines avec ses amis musiciens et interprètes qui l’aident à en monter des récitals à L’Atelier du verbe, un petit théâtre de la rue Gassendi. « Je n’ai pas honte de dire que nous rencontrons beaucoup de succès », nous précise l’écrivaine. Sans doute le sens de l’humour et de l’autodérision de Marie ne manque-t-il pas d’y contribuer. Ceux qui confondent poésie et guimauve en seront pour leurs frais car la tonalité générale du double album intitulé Esquisses qui compile vingt-six de ses chansons est plutôt aigrelette. Tout le monde en prend pour son grade, y compris l’auteure elle-même. Les hommes sont bien sûr les premières victimes de sa plume acérée en application du principe « qui aime bien, châtie bien » (par exemples, dans « Eux » servie par la voix de Fabienne Moachon sur une musique de Quentin Martel ou bien dans « Tu m’agaces » composée et interprétée par Chantal Grimm). « Âne gris – Ouistiti » (mis en musique par Ravachol Giscard), qui est peut-être le « tube » de ce double album puisqu’il a donné lieu à la réalisation d’un clip (voir ci-dessous), fait alterner Elle et Lui dans un dialogue bien plus comique que glamour. L’ironie fait place à l’autodérision dans « J’aime ça », « Rêves dans le miroir » ou « Je m’aime » (musiques de Quentin Martel). Mais l’émotion est également bien présente, par exemple à l’évocation de l’existence « transparente et effacée » de la grand-mère de l’auteure dans « Invisible » (musique de Michèle Garance). Dans bien d’autres chansons encore qui font la part belle à l’amour et que sert le plus souvent la voix de Fabienne Moachon, Marie exprime par une écriture poétique toute en nuances sa grande sensibilité et sa clairvoyance dans la fine analyse de ses émotions et de ses sentiments. L’écrivaine, qui est définitivement « assez aimable pour être aimée » (« Assez aimable », musique de Quentin Martel), réussit l’exploit de redonner goût aux chansons à texte à ceux qui l’avaient perdu – ou même jamais eu. Souhaitons qu’elle n’en restera pas là et que sa rage d’écrire donnera naissance à d’autres pépites, comme on transforme en or le plomb du quotidien. Car aucun bijou ne sera jamais assez belle parure pour « la femme écrivain, créature unique de Dieu » !

Pour acquérir Esquisses au prix de 15 euros, vous pouvez envoyer un mail à Marie (marieburgat@yahoo.fr).

Un extrait d’A chaque pas dans la neige fraîche (page 86) que l’on peut sans doute utilement rapprocher de la première nouvelle de L’Amérique était sous nos pieds intitulée « Mon ange… » :

« J’aimais ma mère et elle me le rendait bien. Elle était très maternelle. Aussi quand un jour elle m’appela « maman » je fus désarçonnée. Je la regardai et vis qu’elle avait rapetissé, était habillée d’une robe gaufrée rose et de petites chaussures blanches avec un noeud dans ses cheveux bouclés. Seul son visage n’avait pas changé.

Maman, hurlai-je, où es-tu passée ? Je vis qu’elle avait l’air furieuse. Elle monta sur la table et tenta de m’administrer une fessée. Mais elle me manqua. Moi, j’avais grandi et mes vêtements étaient trop petits pour moi. Nous étions toutes les deux ridicules. Je lui proposai alors un pacte.

Jurant de nous séparer pour toujours nous retrouverions notre dimension. Aussitôt nous fûmes à notre taille, nous nous serrâmes la main froidement et ne nous revîmes jamais. »

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